‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 21 sur 181 · UN RÉALISME · texte numérisé non relu

UN RÉALISME

publique sans une doctrine. )^ M. Maurras, réaliste positiviste, et plus fervent lecteur de la Synthèse Subjective que du Génie du Christianisme, aurait volontiers ajouté « mais pas de doctrine possible sans une réalité ». Cette réalité iM. Barres la voyait en la Terre et les Morts. (Le sous-titre d'une conférence ainsi dénommée était : Sur quelles réalités fonder la conscience nationale.) Chaque Français était invité à imiter selon ses moyens l'Homme Libre, à retrouver et à sentir sa Lorraine, à monter sur sa colline de Sion et à se discipliner dans les cimetières. Cette voie individualiste n'est point celle de M. Maurras. La réalité sur laquelle peut se fonder une conscience nationale est pour lui une réalité aussi matérielle que le Bottin des départements, et d'un ordre analogue, à savoir l'intérêt national. Tout le monde peut figurer dans le Bottin, mais pour le savoir lire il n'était pas inutile à Amouretti d'avoir passé par Fustel de Coulanges. Ainsi l'intérêt national implique non pas d'abord une conscience nationale, ce qui peut être une abstraction métaphysique, un terme tout personnel dont on étiquette une nation, — mais bien une personne nationale, un « chef historique, capable de représenter dans le temps et dans l'espace l'unité durable et cohérente de la nation ^ ».

— Hum ! Et vous appelez cela du réalisme, et vous compromettez dans cette idéologie les fonctionnaires des finances ? Que M. Maurras n'a-t-il suivi Amouretti à Cannes chez Fustel de Coulanges ! Que n'a-t-il pris la suite des Institutions Politiques de i Ancienne France et porté comme une lampe pieuse son zèle monarchique dans une histoire de notre formation nationale ! La réalité, la monnaie métallique, c est la monarchie du passé. La chimère, l'inconvertible assignat c'est la monarchie de demain. Le Philippe du Jardin devenu le Sturel des Déracinés fondait sa construction de la conscience nationale sur cela que Descartes prend pour fondement de la connaissance philosophique, à savoir lui-même. Le culte du Moi, voilà un Cogita fort présentable, et tout un nationalisme complet peut sortir des méditations de Jersey et d'Haroué, comme une ontologie et une physique sont sorties du poêle cartésien. Cet hippodrome suburbain dont il se propose, aux dernières pages du Jardin, de demander la concession, Philippe Ta trouvé dans la Lorraine, dans la France, et nul aujourd'hui ne figure à plus juste titre que lui dans la tribune des propriétaires. Mais tout n'indique-t-il pas que les espérances de M. Maurras, pelousard ingé-

nieux et malchanceux, sont destinées à demeurer, comme on dit, dans ies choux ? Je crois bien que c'est dans le premier numéro de la fameuse Cocarde barrésienne que Tristan Bernard, après diverses hypothèses sur l'origine du singulier chifïre 8 dont le prétendant fait suivre son prénom de Philippe, s'arrêtait finalement à celle-ci : ce chiffre indique comme celui du betting les chances qu'a le prince de ne pas parvenir au trône, il croit d'une unité à chaque génération, c'està-dire à chaque échec, depuis le premier de la famille dénommé, dans le langage de la cote, Philippe-Egalité. M. Barres, qui a déjà été malheureux avec le cheval entier dont Renan, au début du Jardin, parlait à ChinchoUe, a perdu le goût d'aventurer sur des outsiders les destinées du nationalisme français.

— Pardon ; le vrai réalisme, qui se fonde sur la solidité d'un roc intérieur, le vrai système inspiré du Cogito, n'est-il pas précisément celui de M. Maurras ? Prendre pour base de l'adhésion à un système politique ce qui motive le pari pour un cheval de courses, à savoir ses chances, n'est-ce pas la faire dépendre de ce qu'il y a de plus fragile, de plus misérable, et en somme de plus extérieur à soi-même, à savoir l'assentiment d'un public, l'approbation de l'incompétence ? Le réalisme consiste à apercevoir clairement la vérité, une fois saisie à l'éclaircir, à l'ordonner, une fois claire et ordonnée à la propager, à la faire passer dans le réel et le pratique. Des gens « croient faire l'union en répétant : Unissons-nous, — sans prendre garde qu'on ne s'unit pas en l'air et que la volonté de s'unir ne suffit pas à réaliser l'union : cette union qu'ils célèbrent suppose l'adoption d'un programme d'idées communes ; mais, ce programme, quel qu'il soit et quel qu'il puisse être, sera toujours, de sa nature, par ce qu'il contiendra et ne contiendra pas, l'élément diviseur, irritant et débilitant par excellence, — à moins que, par sa simplicité, par sa force, il ne tende uniquement à rendre impossible la division, — c'est-à-dire à moins qu'il ne pose d'abord, comme un principe indiscuté, la réalisation préalable du facteur matériel de notre unité, et, donc, qu'il ne commence par stipuler l'établissement de la Monarchie ^ ». Démonstration élégante et dont le nerf est celui de la preuve ontologique. L'argument consiste à tirer par voie d'analyse et par conversion d'identités le réel du logique, — démontrer que l'idée de Dieu se convertit automatiquement en l'être de Dieu, — la réalisation de l'union nationale en

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