‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 32 sur 181 · I. îd., p · texte numérisé non relu

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Libre constituée avec sa maxime de sentir le plus possible en analysant îe plus possible. Contradiction évidemment, mais nécessaire pour fournir le sel ou le goût d'amertume indispensable au genre. — Ensuite il fallait que l'exemple de ses prédécesseurs le gardât de leur redite. Cette littérature était devenue cliché. Elle se matérialisait en des formules. Avec Sainte-Beuve, avec Renan, elle se confondait avec la critique, et la critique ne fournit qu'une vie intérieure, une vie extérieure et même une vie intellectuelle à deux dimensions, comme un espace sans profondeur. Chateaubriand, Sainte-Beuve, Renan et leurs confrères des ordres mineurs comme Benjamin Constant pouvaient servir d'intercesseurs, il fallait les dépasser et être soi. — Enfin il était bon qu'un autre Génie que le Génie religieux fût produit à la lumière. Génie du Christianisme, Génie de Port-Royal, Génie de l'histoire religieuse s'étaient succédé sous ces trois visages, un peu fraternels, de sensibilité et d'intelligence. Il n'y avait pas eu de Génie de la France au XIX^ siècle parce qu'on vivait dans la France intérieure et qu'on la respirait : on n'avait pas à la considérer d'une digue, — pas plus qu'au XVII® siècle on n'eût cherché le Génie de la religion alors que la religion était une chose vivante, dramatiquement et intensément éprouvée. Le nationalisme de M. Barrés, avec les fonds très riches qui le rendent la plus délicate des œuvres d'art, constitua un Génie de la France, vue des plus différentes digues, — non seulement de la colline de Sion, mais de ce fauteuili de V Homme Libre hors duquel on ne peut penser noblement, du musée ethnographique qu'est le Palais-Bourbon, des nostalgies grecques et de bien d'autres choses encore, généralement de l'individualisme des Irois Idéologies.

Vous séparerai-je ici de Barres ? Non. Le Génie de la France, le nationalisme français ont en lui et en vous, comme la France ellemême, leur Nord et leur Midi, leur ionique et leur dorique, leur brève et leur longue. Vous avez joint au Génie de la France un magnifique Génie du Catholicisme, et ce sont ces deux belles Idées que ce livre que j'écris m'aidera à regarder de plus près. Mais la littérature des Génies, la loi même du genre, exigeait que vous vissiez l'ordre dont vous êtes les beaux prophètes — ces Prophètes du Passé dont parlait Barbey — l'un avec les yeux du « fameux individualiste » et l'autre avec les yeux du « petit anarchiste ».

M. MAURRAS. — Monsieur, un philosophe, M. Palante, a écrit un livre qui s'appelle Combat pour Vindividu. A la bonne heure !

LA DIGUE DE MARTIGUES

Voilà un titre clair, qui annonce un sens. Toute mon œuvre écrite, — mes livres, — toute mon œuvre vécue, V Action Française, sont un combat contre l'individu. Mon Pour un de politique monarchiste est un Contrun de philosophie sociale. Lisez dans la Politique Religieuse notre réponse au Correspondant,..

MOI. — Parfaitement. En annonçant qu'il luttait pour l'Individu, M. Palante a suivi le pont aux ânes. L'mdividualisme qui ne se nie pas raffine bien peu, et il est mcapable d'enfanter des Génies. Il faut tourner le dos au soleil levant pour être le premier à le voir, qui dore les crêtes des montagnes. Vos Génies sont plus complexes que ceux de Chateaubriand, mais ils suivent le même schéma. Il leur fallait ces deux points de vue de la digue et de la ville. C'est de la digue que vous voyez le mieux, que vous voyez seulement le crépuscule du soir et le crépuscule du matm asseoir au- dessus du marais dont l'haleine à peine les vaporise ces deux parfaits et immobiles Génies sur les hauteurs d'Aristarchè.

Et vous obéissez ici simplement aux lois de l'Intelligence, à ce qui ordonne, définit et abstrait. Félix culpa quœ talem meruit redemptorem... Aux racines du christianisme de Chateaubriand il fallait pour qu'il s'épurât en Génie la Révolution. Aux racines de l'ordre et d'Aristarchè, une vision et aussi une sensation intérieure et importune du vague et du désordre, du chaos et de la mort. J'aime et j'admire les beaux courants aériens qui conduisirent au XIX^' siècle toute cette pensée française vers une philosophie des hauts lieux. C'est des derniers gradins du Jura que Michelet, le grand précurseur, disposait en 1831 son panorama intelligent de la France. Comme vous l'avez dit : « Le genre humain est le principal bénéficiaire de la divine économie qui distribua les hauts lieux. De quelque façon que 1 on nomme ce génie, celui qui tailla et mesura leur stature, disposa leurs précipices et leurs gradins, sera loué des hommes auxquels il façonna le vrai socle de leur pensée. »

M. MAURRAS. — D'une pensée qui est de l'action condensée et qui rayonne en action. Le trait net, l'éclat et la densité appartiennent à la faucille du moissonneur autant qu'à la lumière du croissant nocturne. Ne confondez pas avec le sentimentalisme d un Chateaubriand ni même avec l'infinie curiosité humaine d'un Sainte-Beuve le souci actif et positif de chercher dans la plus grande généralité ce qui est spécial à tout. Aussi bien pourriez-vous appeler le Cours de philosophie positive un Génie des sciences qui se promènerait dans le cimetière

des sciences, y cherchant comme Chateaubriand de grands spectacles ou comme M. Barres une disciphne. .

MOL — Ce ne serait point si ridicule... Mais alors nous disputerions sans fin, à moins de finir par disputer sans raison. Les ombres qui grandissent du sommet des montagnes nous ramènent au repos. Retenons si vous voulez bien que vous avez apporté de latmosphère provençale ou que vous installez en elle par une harmonie préétablie le goût et l'usage des idées claires, solides et bien découpées. Ne scrutons pas leur origine, ne cherchons pas d*où vous les voyez, mais comment vous les voyez, acceptons-les comme une sculpture grecque « idée d'une extrême richesse de mouvements, de passion, d élans et de forces, mais arrêtés, mais définis étant à leur comble ■"• ^K

LE STYLE

Pour aller de la sensibilité aux idées d'un auteur, le chemin le meilleur et le plus agréable c'est la ligne de son style. Le style c'est l'homme, nous disons nous d'abord pour nous encourager. Mais ensuite c'est l'homme tout entier que nous arrivons à définir comme un style.

Aucun style ne se tient, plus que celui de M. Maurras. dans le sillage de la pensée qui lui donne naissance. Il s'est formé un peu moins vite que celui de M. Barres. Sa première œuvre, le Chemin deParadis, est écrite dans une forme grêle et tendue, encore en état de croissance adolescente. Il atteint son point de maturité, de tièdes et riches couleurs qu'il ne retrouvera pas toujours, dans cette Anthinea qui occupe chez lui à peu près la place de Du Sang, de la Volupté et de la Mort chez M. Barres. Telle page sur la Corse vue de la mer ^

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