‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 65 sur 181 · La Poltliquc Rcll^^icusc, p · texte numérisé non relu

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au contraire le monde huguenot français à l'Allemagne (par la Suisse), à la Hollande, à l'Angleterre... ^ ^^ ,

Ce sont des faits, M. Maurras veut qu'on les constate, et non qu'on en cherche la cause. « C'est une manie bien libérale d'évoquer le fantôme des responsabilités oii cette notion n'a que faire. Il est toujours facile de charger Louis XIV, d'inculper Coligny. » L'Ulysse de Martigues, le « monstre de souplesse ! » C'est peut-être dans l'histoire de France du P. Loriquet, en deux petits volumies non signés où ne se trouve pas malheureusement la phrase fameuse, qui au moins eût été spirituelle, sur Buonaparte, ou bien c'est dans le manuel de Mélin que j'ai lu autrefois que les huguenots, lors de la Révocation, « ne rougirent pas de porter à l'étranger les secrets de notre industrie ». De la même encre M. Maurras leur reproche les chaussées, les passerelles, les levées de terre qu'édifia Louis XIV avec son confesseur pour Vauban. — A quoi bon chercher des responsabilités quand il n'y a qu'à constater des faits ? Ou plutôt faisons un marché. Qu'on ne parle pas de Louis XIV et je ne parlerai pas de Coligny. Et j'y aurai du mérite, car vous n'ignorez point que ce scélérat... — Pardon. Coligny date de l'époque où les protestants et les catholiques se battaient. Les guerres de religion furent atroces de part et d'autre, et je conviens que les protestants furent politiquement plus coupables, en ce qu'ils les commencèrent. Je conviens que la monarchie devait surveiller et contenir des turbulents qui d'ailleurs, une fois matés par Richelieu, avaient cessé d'être dangereux. Mais enfin l'Edit de Nantes et celui d'Alais avaient avait donné à ces fractions de la famille française une charte de paix religieuse. La monarchie de Louis XIV a rompu cette charte, elle a causé par la Révocation une partie des malheurs de la France. La Révocation s'est traduite par les ruines matérielles que vous savez. Elle s'est traduite par des ruines sociales : les émigrés protestants appartenaient aux classes moyennes, garantie de stabilité pour un Etat, comme le protestantisme est lui-même une classe moyenne de la religion, de la pensée et de la culture, également éloignée de certains som.mets et de certains bas-fonds (il est intéressant que le protestant Guizot ait été le théoricien politique et le ministre de ces classes). Elle s'est traduite xpar une ruine diplomatique et militaire qui a arrêté net l'arrondissement de la France vers l'Est. Comme le ditSorel, elle « unit l'Empire à l'Empereur... Les catholiques d'Alle-

L La Politique Religieuse, p. 43.

LE PROTESTANTISME

magne demeurèrent unis à la maison d'Autriche, et les protestants se joignirent à eux. La terrible guerre qui désola l'Europe de 1688 à 1697 vit l'Empire coalisé et l'Europe liguée contre la France. Louis XIV y perdit la Lorraine... Il y perdit aussi les alliés de la France en Allemagne ^ >' mal remplacés par la clientèle de l'électeur catholique de Bavière qui ne donna jamais que des mécomptes. Fléchier pouvait dès lors voir dans l'Oraison funèbre de Turenne « l'Allemagne, ce vaste et grand corps composé de tant de peuples et de nations différentes, déployer tous ses étendards et marcher sur nos frontières pour nous accabler par la force après nous avoir effrayés par la multitude ». La Révocation fut le « pouvoir fédérateur » de l'Allemagne. Nous sentons encore aujourd'hui les conséquences de cette grande erreur monarchique. Dès lors, au cas où il serait vrai que le protestantisme français représenterait un élément national mal rejoint aux autres, est-il juste d'en accuser ce protestantisme lui-même qui est ce que l'a fait une politique dont il a été le premier à souffrir ? Est-il juste de séparer les effets de la cause ? M. Maurras se méfie des protestants à cause des rancunes historiques qu'ils ont conservées contre l'ancienne France. Singulière façon d'y remédier que de chercher à y ajouter d'autres rancunes « en extirpant, non pas les hommes protestants qui sont de nos frères, mais l'esprit protestant, qui est notre ennemi et le leur ^ ». Ainsi un candidat déclarait qu'il faut demander moins au contribuable et plus à l'impôt. Observez qu'une cause d'antagonisme social fâcheux est, en France, précisément ce même raisonnement appliqué à l'aristocratie française. On lui reproche les rancunes historiques qu'elle « doit » avoir contre la France de la Révolution. Au : « Le protestant sera toujours le protestant » répond un (* Les blancs seront toujours les blancs ». On contribue à créer soi-même le mal que l'on dénonce, et l'on y contribue volontiers. Brunetière, dans une discussion avec Yves Guyot, se plaint d'un procédé de polémique qui consiste à répondre non pas à ce qu'a dit son adversaire, mais à ce qu il serait nécessaire qu'il eût dit pour qu'on lui répondît victorieusement. (Il me semble d'ailleurs que toute discussion glisse nécessairement sur cette pente savonnée.) Etendez cette méthode à la vie politique, et reprochez à un groupe les sentiments qu'il doit avoir pour justifier votre vigilance civique... ,

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