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LE POUVOIR SPIRITUEL
rois de Prusse ouvraient, comme leur basse-cour à la volaille fugitive des voisins, leurs états aussi bien aux protestants persécutés par Louis XIV qu'aux Jésuites dissous par Ganganeili, ils colonisaient et construisaient la Prusse en prenant le contre-pied des Français et des Romains de leur temps. Et îorsqu'Auguste Comte a voulu donner à l'un des treize mois positivistes un nom qui symbolisât l'Etat moderne, ce n'est point le nom de Louis XIV qu'il a choisi, mais celui de Frédéric II. N'est-on pas toujours, en bonne politique, le « plagiaire » de quelqu'un ?
Il y a dans les Amitiés Françaises un chapitre délicieux sur les démêlés d'un petit garçon avec son institutrice allemande au sujet de l'âme des bêtes. Et M. Barres conclut : « Magnifique document sur l'origine des guerres de religion ! Une fois de plus la répugnance à accepter une étrangère se doublait de prétextes théoîogiques. » M. Maurras a inversement doublé sa théologie d'une répugnance nationaliste à accepter l'étranger tel que son flair le subodorait en chaque sectateur de Calvin. La lutte qu'il engage est une lutte d'idées, et l'enjeu de cette lutte est le pouvoir spirituel français. Cette question, posée par Saint-Simon et Comte, de pouvoir spirituel, M. Maurras l'a profondément reprise et suivie, et c'est du point de vue de ce pouvoir seulement que nous apercevrons les vraies raisons qu'il a eues de « liguer » contre le protestantisme.
LE POUVOIR SPIRITUEL
L'idée d'un pouvoir spirituel, ou plutôt le problème du pouvoir spirituel, semble avoir occupé depuis longtemps M. Maurras. Expliquant une phrase qui, dit-il, ne correspond plus à sa pensée, au sujet de « la fâcheuse scission intervenue à l'ère chrétienne entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux ^\ il l'explique ainsi : ^< Ce que j'ai le plus admiré de l'unité antique, ce n'était pas son étatisme, c'était sa théocratie, où c'était l'ordre religieux qui absorbait l'ordre civil. ^^ (Etrange.
Les collèges sacerdotaux n'avaient à peu près aucun pouvoir politique dans les cités antiques. Le mot comme la chose de théocratie répugne absolument à la langue grecque et à l'Etat grec. Le Thésaurus d'Estienne ne cite qu'un exemple du mot OsoxpaTia, employé pour la première fois par l'historien Josèphe dans son livre contre Apion lorsqu'il veut exprimer en un terme grec le caractère essentiel de l'Etat juif. Et c'est du côté de cet Etat juif seulement que peut se donner carrière l'admiration de M. Maurras pour la théocratie. Mais passons). Il ajoute : « C'est de mes plus anciennes lectures de Lamennais que m'était peut-être restée, entretenue par les fantaisies fumeuses de Renan, cette inclmation à un gouvernement direct de l'esprit pur, qui, en dernière analyse, devait imposer a notre planète un système analogue à celui des Jésuites du Paraguay ^. » Illusions qui s'évanouirent, dit-il, devant « l'usurpation juridique et politique des Intellectuels ». L.' Avenir de F Intelligence « montre en vingt endroits la différence qu'il faut faire entre les fonctions d'influence qui sont propres à la lumière intellectuelle et l'action matérielle et morale de l'autorité ».
Auguste Comte avait fait cette distinction que la courbe de sa vie intellectuelle et politique a permis à M. Maurras de retrouver. M. Maur. ras nous dit qu'il a été de l'une de ces conceptions à l'autre, de celle d'un pouvoir spirituel avec la force temporelle à celle d'un pouvoir spirituel réduit à l'ascendant lumineux de l'intelligence. En réalité il a oscillé et toute idée du pouvoir spirituel doit osciller de l'une à l'autre.
M. Bougie, ayant un jour défini le mouvement démocratique « la volonté de conformer de plus en plus, en poussant aussi loin que possible le respect des personnes, l'organisation sociale aux vœux de l'esprit », M. Maurras observe : « Il manque une majuscule à ce dernier mot qui est tiré de V Apocalypse. » C'est « une formule de mysticisme ». L'idée du pouvoir spirituel selon Comte et M. Maurras serait, au contraire, semble-t-il, de conformer et d'adapter les vœux de l'esprit à l'organisation sociale, ce qui implique une organisation de l'esprit ; le terme étant sans majuscule entendu au sens d'intelligence humaine. Le pouvoir spirituel serait donc non le pouvoir de l'esprit, mais le pouvoir d'un système spirituel. Un système, c'est-à-dire un ensemble organique de vérités, de principes, et non un droit de l'esprit à remettre