‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 94 sur 181 · I. La Politique Religieuse, p · texte numérisé non relu

I. La Politique Religieuse, p

L'IDÉE DE L'UNITÉ

romaine de clergé qui veille professionnellement sur l'unité de foi et 1 orthodoxie des doctrines. Aucun esprit ne touche des bornes spirituelles qui le refoulent et le meurtrissent. Cette liberté est-elle le résultat du polythéisme, ou le polythéisme était-il donné aux Hellènes dans leur besoin même de liberté spirituelle ? Même réponse que tout à l'heure. Enfin le moyen âge chrétien a exclu, il est vrai, les formes de la divergence religieuse ; mais la diversité des dévotions, le culte de milliers de saints, la multitude et l'opposition des sectes philosophiques, les luttes religieuses, soit sur des questions de personne soit sur des raisons de dogm.e, ont maintenu à l'intérieur du christianisme la riche multiplicité, la vie ardente et touffue du monde antique. Le « à très bon droit » de M. Maurras signifie peut-être bien que les sociétés auraient dû exclure ces divergences, qu'elles ont eu le malheur de ne pas l'avoir fait suffisamment, et qu'elles en sont mortes. Louer quelqu'un d'avoir fait ce qu'il aurait dû faire et n'a pas fait, c'est peut-être un m.oyen de l'amener à le faire, — à condition qu'il en soit encore temps.

Et pourquoi ne serait-il plus temps ? M. Maurras a une politique religieuse. Il a même écrit sous ce titre un livre qui est un chef-d'œuvre. Or sa politique religieuse ne me paraît pas différente de celle qu'il eût souhaitée chez les empereurs, en des lignes qui furent souvent'incriminées, lorsqu'il leur reproche d'avoir été de mauvais tuteurs du paganisme expirant. La Politique Religieuse comme ï Enquête sur la Monarchie propose les moyens par lesquels l'Etat se montrera bon tuteur des biens spirituels qui nous restent et sauvera au moins les lambeaux ou les fantômes de l'unité perdue.

« Déchus de ce bonheur », l'unité religieuse, M. Maurras et les siens ont cherché « une trace, une ombre, un reflet ^\ une unité du second degré que voici : « Les hommes qui ne s'accordaient pas sur le point de savoir si le catholicisme^est le vrai, ont reconnu qu'il est certainement le bien. » Dès lors l'unité du second degré ne pourra se faire que sur le terrain du bien ». Il ne peut pas être question d'extirper par le fer ou le feu nos sujets de grand désaccord : le souci du bien public ne le permet que dans les cas où l'arrachement se ferait sans produire de plus grands maux, dont le risque est ici certain. » Observons que M. Maurras accueille un peu froidement une autre unité religieuse qui serait plutôt du troisième degré, celle qui se ferait non sur le vrai ni sur le bien, mais sur le beau, celle qui reconnaît que le catholicisme c'est le beau, celle du Génie du Christianistnc et do la Grande PittJ des

Eglises de France. Les pages de Trois Idées Politiques classent en la bousculant un peu cette idée romantique.

L'Etat, reconnaissant que le catholicisme est le bien, ne proposera ni contre lui, ni sans lui, ni avec lui, aucun autre bien : il n'aurait à le faire que s'il se chargeait de l'éducation, mais, dans l'Etat restauré de M. Maurras, « du service de l'Etat les maîtres de l'enseignement secondaire passeront sans secousse au service des familles, qui sont souveraines en matière d'éducation « ^, et l'enseignement supérieur sera libre. Dès lors aucune des trois causes qui l'amenaient à exercer un pouvoir spirituel ne subsistant, « il semble que l'Etat moderne, délivré des fardeaux et des responsabilités de l'éducation, n'ait désormais aucune raison précise d'enibrasser une foi religieuse et philosophique plutôt que la foi opposée. Mais des causes fort énergiques (le sentiment, la tradition, la somme de grands intérêts nationaux) l'inclineraient non seulement à respecter le catholicisme, m.ais à le distinguer et a l'honorer, comme la plus ancienne et la plus organique des réalités nationales ». Le distinguer cela signifie le distinguer des autres, et l'honorer c'est l'honorer contre les autres. Si l'Etat perdait l'habitude de tracasser, il ne serait plus l'Etat : « Devant une secte d'iconoclastes ou de skoptsky, de mormons et de quakers, il est bien difficile de nier le droit de l'htat à certaines appréhensions. On ne peut donc lui dénier non plus le devoir de se mettre en défense et d'exercer une surveillance ferme et discrète. Telle est sa charge, et, si l'Etat français l'exécute bien, les protestants, les juifs et les déistes seront vite placés dans I impossibilité de lui nuire. Ils y seront d'autant plus impuissants que 1 Etat se sera mieux efforcé de s'appuyer sur les groupes archistes^ traduisons : ceux qui enseignent la nécessité de l'organisation politique et morale... groupes politiquement fédérés, dogmatiquement hostiles : les catholiques d'une part et d'autre part les athées, les païens et les positivistes ^ «. Ces quatre groupes fédérés vont donc remplacer au spirituel les « quatre Etats confédérés ».

Mais l'amour du rythme quaternaire paraît imposer a M. Maurras bien des fausses fenêtres, et les trois derniers groupes archistes ressemblent un peu aux deux consuls figurants dont la présence sauvait tant bien que mal aux côtés du Premier Consul la forme républicaine. Nous ne les rencontrons pas très souvent dans nos promenades. Les

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