B A U A NI IN
^lais je dois le prévenir aussi des dangers qu'il va counr. Mon cher garçon, vous avez devant les yeux madame Aubrav
VALM OH K A u, s'inclinant.
Ah !
■ Cl ne vous apprend pns grand'chose. Madame Aubrav est une honnête femme dans la plus grande et la plus noble acception du mot.
VA LMOREAU.
Ah! madame, laissez-moi vous regarder, vous contempler, vous admirer. J'adore les honnêtes femmes, parce que...
MADAME AUBRAV.
11 y a une raison?
VALMOREAU.
11 y en a même deux. La première, c'est qu'^m doit le= adorer, et la seconde, c'est qu'on peut dire tout ce qu'on veut devant elles, elles rougissent bien moins que les autres.
MADAME AUBRAY
C'est qu'elles ne comprennent peut-être pas tout ce qu'on dit.
Il va douze ans, je sortais d'une grande épreuve: je ne rêvais que vengeance, meurtre, suicide. J'ai rencontré madame; elle m'a appris la patience, le courage, le travail quand même. De ma fille, qui n'avait plus de mère et que son {;ère détestait par moments, elle a fait sa fille à elle. Si je suis bon à quelque chose, si je suis utile à quelqu'un, si je ris encore de temps en temps, si j'ai pu plaisanter tout à l'heure avec vous, c'est à elle que je le dois. Ce n'est pas une femme, c'est un ange.
MADAME AUBRAY
Voyez comme Barantin résume simplement les choses!... Quelle définition claire I Un ange! Ce n'est qu'un mot et ça dit tout.
BARANTIN.
Oui, un ange... dont vous avez les quali es et les défauts.
VALMOREAU.
Quels sont les défauts des anges?
BARANTIN.
De ne pas être assez de ce monde; madame Aubray croit trop au bien.
VA LMO RE AU
C'est abominable.
MADAME AUBRAY
Vous déjeunez avec nous, monsieur; je veux vous expliquer ce que vos cinq cenrts francs vont devenir.
VALMOREAU.
Je suis à vos ordres, madame.
Du reste, il est dans un bon moment pour laisser exploiter sa bienfaisance, il est amoureux.
MADAME AUBRAV.
Bravo !
BARANTIN.
Et il compte sur vous pour avoir des renseignements.
MADAME AUBRAV.
Sur moi?
VALMOREAU.
Oh! madame.
MADAME AUBRAY
Est-ce que je connais la personne?
BARANTIN.
Elle habite Saint-Valery. Il faut vous dire que ce garçon, qui est un charmant garçon du reste, est un des plus mauvais sujets qui existent. Il aime toutes les femmes.
-ACTL l'Hi:M[i:H. 49
.MAI) A mi: aubuav.
Tiiiil mieux! il faut aimer n'importe qui, niiuiiorie quoi, . importe comment, pourvu qu'on aime.
VA LM OR EAU
Parfait! Alors, madame, connaissez-vous une petite dame blonde, qui a un enfant, une femme de chambre et un ca[tulet bleu-^
MADAME AUBRAV.
Et qui \ienl jouer du piano ici tous les jours?
BARANTIN. ,
Pas très-l.>ien.
MADAME AUDRAV.
Entre dix et onze heures?
.Justement.
MADAME AUBRAV.
Je vais la connaître probablement aujourd'hui; j'ai à la remercier d'une gracieuseté qu'elle vient de me faire. Elle jouait hier un air tout a fait original, mon fils désirait avoir cet air. j'ai prié le directeur du Casino de demander à cette dame où je pourrais me le procurer; elle lui a répondu qu'il n'était pas gravé, et elle vient de m'en faire remettre le manuscrit à l'instant. Je vais causer avec elle quand elle va venir, je me renseignerai, et. si vous l'aimez...
VALMOREAU.
J'en suis fou.
BARA>'TIN
Depuis liier. onze heures moins le quart.
MADAME AUBRAV.
L'heure n y fait rien: n'est-ce pas, monsieur?
VALMOREAU.
Rien du tout.
iO LES IDÉES DE MADAME AUBRAY.
Eh bion, puisque vous l'aimez, si elle est veuve, je vous présenterai à elle, et, si elle veut se remarier, vous l'épouserez.
VALMOUEAU.
Oh ! c'est beaucoup, tout ça.
MADAME AUBRAV.
Je ne puis pourtant pas faire moins, (a CamiUe et à Lucienne qui onlrent.] D'oÙ veOCZ-VOUS?