‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 119 sur 338 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LIONEL, SIDOXIE

Madame, il y a des situations qui s'expliquent d'ellesmêmes et n'ont pas besoin de commentaires. Si j'avais fait à un homme une de ces offenses sur lesquelles on ne peut revenir, il me resterait du moins à lui offrir la réparation usitée entre gens d'honneur; qui risque sa vie paye sa dette. Vis-à-vis d'une femme le cas est plus embarrassant. Je ne puis que reconnaître mes torts et vous en demander humblement pardon.

SIDONIE

Monsieur, il est facile de dire : je me battrais, quand il n'y a pas à se battre. Il est facile de dire à une femme indignement trompée , indignement outragée : madame, si vous étiez un homme, je vous tuerais pour réparer ma faute. Mais la femme peut répondre : monsieur, vis-à-vis d'un homme, vous n'auriez pas osé, vous n'oseriez pas

LIONEL

Madame, si les injures peuvent soulager votre ressentiment, soit! dites-m'en à votre aise. Je ne veux pas vous disputer cette satisfaction, la seule que je puisse vous offrir.

SIDONIE

Je compte bien m'en donner une autre : la vengeance.

LIONEL

La vengeance ?

SIDONIE

Tenez! vous avez déjà peur.

Pas pour moi. Si lâche que vous veuillez bien supposer un homme à qui vous faisiez naguères l'honneur de l'aimer un peu, je n'en suis pas encore à trembler à l'idée du petit poignard qu'une Française pourrait porter dans sa poche, en souvenir des jarretières andalouses.

SIDONIE

Rassurez-vous donc tout à fait. Je n'imite pas plus les grisettes de Paris que les manolas de Séville, et ma poche ne recèle pas la moindre petite bouteille de vitriol. Pourquoi même en vouloir à une rivale, heureuse à mes dépens, sans doute, mais innocente démon malheur? Non. C'est sur l'offenseur que doit retomber

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