ACTE DEUXIEME
lu peux. Il faudrait d'abord le laisser tranquille. Et puis qu'esl- •ce que tu lui donnes à manger?
LUCIENNE
Du jaune d'œuf battu avec du lait.
Ce n'est pas ça du tout.
LUCIENNE
Quoi, alors?
Donne-lui du cœur de bœuf et, dans quelque temps, du ♦ bènevis et des baies d'aubier.
LUCIEN N E
Il ne mourra pas. tu es sûr?
Il vivra parfaitement. Il chantera, il sifllera, il parlera. Cost li^ plus amusant de tous les oiseaux: seulement, il est de cette année et il faut des précautions.
LUCIENNE
Aura-t-il des petits?
CAMILLE
Certainement.
LUCIENNE
Quand ça? . .
c AMILLE.
L'année prochaine.
LUCIENNE
Ce pauvre chéri, comme il me regarde!
CAMILLE
Il te connaît déjà?
LUCIENNE
Certainement, il me connaît.
CAMILLE
Et il t'aime?
LUCIENNE
Il m'aimera parce que je l'aimerai bien.
Comment l'aimeras-tu?
LUCIENNE
Comme on aime. Il n'y a pas deux manières d'aimer.
CAMILLE
Tu n'aimes pourtant pas ton bouvreuil comme tu aimes ton père, ma mère ou moi.
LUCIENNE
Je ne l'aime pas autant, voilà tout.
CAMILLE
Pourquoi?
LUCIENNE
Parce que je pourrais avoir beaucoup d'autres oiseaux comme lui, et que je ne peux avoir qu'un père comme le mien, une tutrice comme ta mère et un mari comme toi, puisque tu dois être mon mari. Cependant, il me semble que le sentiment que j'éprouve pour vous quatre est de la même nature. Seulement, j'ai besoin de vous et il a besoin de moi, et je l'aime un peu comme vous m'aimez. 1^ vois que c'est toujours la même chose.
CAMILLE
Mais, s'il fallait le tuer pour nous sauver la vie, à ton père, h maman ou à moi, qu'est-ce que tu ferais? -
LUCIENNE
Ça ne peut pas arriver.
CAMILLE
Supposons!... s'il le fallait?
Ce serait affreux, pauvre petite bête! Je l'embrasserais bien, je lui demanderais pardon, je pleurerais beaucoup, et puis je 1.^