Antoinette, Clémence, Reb^cca
ANTOINETTE
Le voilà jugé! puis, M, Ciavières, qui n'est ni beau, ni laid... ni jeune, ni vieux... ni spirituel, ni sot... ni blanc ni noir... ni ceci, ni cela, ni autre chose que lui-môme, et c'est déjà trop...
REBECCA
Vous êtes sévère !
ANTOINETTE
Mettons que ce n'est pas assez!... et je ne vois plus pour mériter l'épithète de Louise que le troisième, qui est précisément M. de Nantya... Donc, c'est lui! Donc j'arrive à point et nous allons dire du bien de M. de Nantya... ce qu'il fallait démontrer!
CLÉMENCE
Mais voulez- vous bien vous faire!
ANTOINETTE
Pourquoi?
REBECCA, descendue, souriant.
Ah! voici \ei pourquoi d'Antoinette qui vont recommencer!
LOUISE, de même.
Mademoiselle pourquoi!
Dame! Je sors du couvent, moi, et il faut bien demander pour savoir.
CLÉMENCE
Il est des choses que vous n'avez pas à savoir!
ANTOINETTE
Oh! ma grande sœur; là... — Madame de Maintenon! — Eh bien! je ne veux plus qu'on parle bas devant moi, comme lorsque j'étais petite fille, et j'entends que l'on me dise tout; comme à Louise qui a mon âge!
LOUISE, avec importance.
Oh! mais moi, je suis mariée, c'est bien différent!
ANTOINETTE
En quoi?
ACTK I'i;i:mii:i{. 9
n KHKCC A . <;oiiri.nit.
AI)! f'pst m (pioL miiinloruint ?
AN TOI m:tte.
Enfin, vous vous moquoz île moi ; m;ii?î cela m'est é.£:al , cl jo continue sur le com[)te de ce monsieur,
CLKMKNCr:.
Encore?
AN TOI NKTTi: .
Et 'pourquoi c;ictierais-je que depuis six mois qu'il est question de me marier, celui-là est le premier, le seul, sur qui mes regards se soient arrêtés avec complaisance?
CLIÎMKNCE.
Allons, voilà ses regards qui s'arrêtent avec com[)lais;mce sur M. de Nanlya!... Mais il n'est venu qu'à tilre de voisin et d'ami, et jamais de prétendant!
ANTOIN ETTK.
Ilélas! je le sais bien; — j'aurais dit oui si volontiers!
CLÉMENCE
Mais en vérité, Antoinette, vous me ferez rougir pour vous!
ANTOINETTE
De ce que je suis franche?... Aimoriez-vous mieux, petite sœur, que je dise : je le trouve laid, disgracieux et mal appris ! Sa vue me crispe, et je ne saurais entendre craquer ses pas sur le sable, que je ne me sauve tout au fond du parc? .Mon Dieu, je veux bien, moi, je dirai tout cela, si vous voulez!.,, mais comme je mentirai !
REBECCA
El que trouvez-vous donc en lui, mignonne, qui force votre inclination à ce point?
ANTOINETTE
Oh! mille choses!... mais surtout! — c-ir j'y ai bien réfléchi, allez!... surtout... Avec importanpo.) SCS idécs sur la vie qui sont tout à fait d'accord avec les miennes!
LOUISE, railleuse.
Oh! les idées d'Antoinette sur la vie!
ANTOINETTE, importante.
Mais...
Vous avez assez causé avec lui ?...
ANTOINETTE, l'interrompant.
Non ! m;iis je l'ai étudié !...
TOUTES TROIS, souriant.
Oh! oh!
ANTOINETTE
Oh ! je sais bien, vous mo croyez légère, parce que je dis un peu tout ce que je pense, à l'aventure ! mais je ne suis pas légère du tout. Ainsi je connais tout le p.nssé de M. de Nantya!...
REBECCA
Et ce passé?...
ANTOINETTE
Oh! c'est bien simple!... [1 a vingt-deux ans — c'est sa mère qui l'a élevé — c'était une très-belle dame, qui vivait retirée dans sa terre, ne voyant personne que le curé, — et jamais son mari qui était à Paris, parce qu'ils étaient séparés... J'ai demandé pourquoi... mais on n'a pas voulu me le dire...
REBECCA
Je m'en doute bien.
ANTOINETTE
Pourquoi ?
CLÉMENCE
Parce que c'est une chose qu'on ne dit qu'aux dames!
ANTOINETTE
Louise me le dira alors! (a Louise.) Tu me le diras, n'est-ce pas? — Après la mort de sa mère, M. de Nantya s'est mis à faire valoir sa terre, en vrai gentilhomme campagnard ; il vend ses fourrages, il coupe ses bois et ne passe à Paris que deux mois, tous les ans, en plein hiver, ce qui est charmant... parce qu'on va au
ACTF. PRKMIHH. 11
spectarlo que j'adorerai dès qu'on me l'aura fait voir une
foisl...
LOUISK, l'interrompnnt.
nt le reste du temps à la rampa.^ne?
ANTOINETTE
Je crois bien ! Moi qui aimerais tant à être fermière!
CLÉMENCE
Elle est folle!
ANTOINETTE
Oh! que non! — Je veux un mari campagnard, comme moi, et quand je compare M. de Nantya si calme, avec ses manières si loyales et si franches, à tous ces empressés qui, l'autre soir, au bal de la Préfecture, faisaient la cour... à ma dot, il me semble que je sors d'une rue bien étroite où l'on se bouscule, et que je me trouve en face d'une belle prairie où mon regard se repose. — C'est bien large, bien frais , bien ouvert, et je reste là à regarder, en me disant : ah! que je suis bien là!... ah! que je suis donc bien!...
CLÉ.MENCE
Mais quelle enfant gâtée! mais c'est énorme, ce que vous dites-là!
ANTOINETTE, gaîment.
Oh bien! laissez-moi le dire ici, ou je le crierai tout haut dans ma chambre !
Et ce que vous parlez de crier, mon cœur, le diriez- vous à M. de Nantya lui-même?
ANTOINETTE
A lui?... Oh! non!... Voyons...
REBECCA
Pourquoi?
ANTOINETTE
Oh! mais parce que... Cela se sent enfin! ce ne serait pas bien.
CLÉMENCE
Donc, il y a des choses qu'il faut comprendre, sans les expliquer.
ANTOINETTE
Peut-être, oui!... Pourquoi?...
Ail! bien, elle est incorrigible!