‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 270 sur 338 · JI 0 R T E M E R · texte numérisé non relu

JI 0 R T E M E R

Voilk donc pour la première partie de la journée; le re.->le de l'après-midi... j'ai travaille un peu pour moi : quelques visites, sans oublier pour M. de Chavenay certain prospectus qu'il avait

62 LES VIEUX GARÇOiNS.

désiré des mines de houille de Saint-Florent, (n lui donne le prospectus.)

CHAVENAY.

Mille remercîments !

M 0 R T E M E R , debout.

Ni les billets de concert de madame de Troènes! {Mme jeu pour

les porter à Louise.)

LOUISE

Moi aussi?

MORTEMER

Ni ce fameux portrait introuvable du général-sud Beauregard, pour la collection de M. Du Bourg.

DU BOURG, à qui il remet le portrait.

Ah! monsieur!

CLÉMENCE

Enfin, le soleil... il a des rayons pour tout le monde!... Et à cinq heures, vous êtes rentré chez vous?...

MORTEMER, reprenant sa place.

OÙ m'attendait une aventure assez neuve.

REBEGCA.

Allons donc, voilà l'histoire!

MORTEMER, se reprenant.

C'est-à-dire, m'attendait!... non! pardon! Ce n'est pas à moi positivement que la chose est advenue, mais à l'un de mes amis ; seulement, j'étais là!

LOUISE, REBECGA, CLEMENCE.

L'histoire! l'histoire!

MORTEMER

Oh! mais ce n'est rien!... Il n'y a pas de demoiselles?...

CLÉMENCE, inquiète.

Est-ce donc?...

MORTEMER, vivement.

Oh!... toujours possible, madame, avec moi; mais enfin la présence des demoiselles n'est pas indispensable.

A CI H i)i;r\ii:MK. 63

HKBKCCA.

On vous ôcoulo!

M0RTI:M1:R, galmcnt.

Un monsieur que j'appellerai M. C..., épouse, il y a un an, maflame B..., jolie femme, un peu coquette, déjà veuve d'un premier mari. Madame B... meurt à son tour, et, dans ses papiers, M. C... découvre toute une correspondance entre la défunte et mon ami que j'appellerai A.... Il arrive chez celui-ci, tantôt, comme un furieux, et parle de se couper la gorge... Diable, dit mon ami A..., voilà qui est vif. Et pourquoi se couper la gorge? — Parce que ma femme et vous... — Mais, jamais! — Ce ne sont pas là vos lettres?... Mon ami jette un coup d'oeil... Si! mais cela ne vous regarde pas!... —Cela ne me regarde pas?... — Dame, voyez la date : 1859! Or, en 59, madame C... n'était pas encore votre femme... elle était celle de M. B.... Logiquement, c'est donc à M. B... que j'aurais à faire, et je ne sais pas trop de quoi vous vous mêlez?... M. C..., déconcerté, reprend les lettres, regarde, se gratte l'oreille... — Ah! comme ça, oui, peut-être... Pourtant!... — Quoi ?. . . — Mais je suis toujours un peu, moi . . . — Rien ! c'est ce pauvre B... — C'est juste, c'est ce pauvre B... Monsieur, je vous demande pardon... — Monsieur, il n'y a pas de quoi... Jean! reconduisez donc monsieur... Et voilà un homme qui part, enchanté que ce qu^il craignait tant fût arrivé un peu plus tôt qu'il ne le pensait.

c HAVE N A Y.

Le cas est nouveau, en effet, et il y aurait fort à dire...

CLAVIÈRES

Mais rien du tout!... Cet homme-là n'a aucun droit à demander raison.

NANTYA. qui joue aux échecs avec Du Bourg de l'autre côté du salon, tranquillement et sans emphase.

Je n'en aurais pas jugé de même, je l'avoue. J'aurais pensé, à la place de ce mari, qu'épousant cette dame j'épousais aussi l'honneur de son passé, et j'aurais tué ce M. A... pour le compte de mon prédécesseur.

Ci LES VIEUX GARÇONS.

M 0 U T E II !-^ R , souriant et se re'oiiniaiit tranquillement pour lui répomlre.

Oh! mais il eîit fallu tout au moins que ce M. A... se laissât tuer... et il n'y eût point ronsenti.

NANTYA, (le niûine, jouant.

Aussi ne lui aiirais-je pas demandé son avis!

MORTEMER, de même.

Si VOUS connaissiez celui dont vous parlez, monsieur, vous sauriez qu'il n'est pas homme plus doux dans le commerce de la vie, mais plus dangereux pour qui l'offense.

NAXTYA.

Je ne le connais pas, en effet, monsieur, etcequej'en apprends ne m'inspire nullement l'envie de le connaître; je n'estime guère, je l'avoue, celui qui peut railler si agréablement la chose la plus sérieuse en soi, la juste indignaiion d'un homme qui vient demander compîe de son honneur.

J! 0 R T E yi E R .

Yoilà qui mo semble bien puritain pour vo're cage, j'^une homme, et le commerce du monde s'accommoderait fort mal* de cetle rigueur qui prétend supprimer le sourire.

X A .\ TVA.

Mais tout au contraire, monsieur, bien loiu de supprimer le sourire, comme vous dites, je le voudrais aussi railleur et mordant que possible; mais pour des ridicules et des vices vraiment di'gnes de ses attaques.

M o R T E Sï E R .

Ouols ridicu'es et quels vices, par exemple, monsieur?

NAXTVA.

Mais, par ex(nr.ple. celui de ces gens qui, comme vo'reami, ne tiennent à rien, et qui ne se sont jamais demandé si la vi(^ ne comportait pas d'autre obligation qui^ de mener l'existence la plus agréable du monde. Le ridicule évident et nuisible de certaines P'M'sonnes qui, tout à leur oisiveté et ne voulant être, par é^oTsuT^. ni maris, ni pères, ne vivent [dus sur la société qu'en

Aci!-: I):;i'\!i:m I:. (>:>

|nir;isil(S, le plus pri'S possible de Iom> les phiisirs ol le [)liis loin (le tous les Mrvoiis!...

M O H T !: M r: n , sn irinm toujours.

Fort l)i("ii !..

D'iiiit.int pliH (iiingoiv ux, ces liomnu's dont je j);itlp, (lu'ils no savent pas vieillir!... qu'à l'à.i^e où ils nous (loiv(.'nt l'exemple du l)ien, le spectacle qu'ils donnent est celui d'un être douteux qui n'a du jeune homtne que la violence de ses passions, et du vieillard que son ex[)érience du mal!... et qu'ils ne nous pré.scntent que des vices, là où nous serions en droit (i'exiii:er des vertus.

>! o H T I:^ M I' n , P'il'^, f't S? rontonnnt siibitempnt, à Vcnucn.irtois.

Veaucourtois, c'est à l')i de répondre!

V i: A U C 0 U II T (1 1 s , n:-voill<^ on sursaut.

PhiU-il?... je... moi!

MORTEMRR.

Allons! réponds à cette petite tirade que monsieur vient de te décocher dans les jambes.

VHA LCOUKTOIS.

Mais c'est très... très... Je ne trouve pas le no'!...

MOKTRMKR, debout.

Je le trouve, moi! C'est charmant, et d'ime vérité parfdte!...

Je ne sais rien de plus impertinent... Xanlya se irve vivement, mouvement pareil de tous,) quc CCS gens qui ne veulent jamais avoir leur àiïe!... Et... quand je serai vieux, je le crierai par dessus les loils!...

CIIAVKNAV, debout, à lui-ni.-nie.

Incorrigible, décidément! [Xantya revient aux dames. On apport*» le thé. Clémence se prépare à le servir.)

M0RTJ:.MI:R, seul à ravant-sc"n? avec Clavi.-'res et Ventjcourtois à droite.

Ah ça ! que f.iil donc ici ce petit monsieur^ V i: MToruTois.

Il me dép!.!it !

Je le crois, il vient de tirer sur vous deux à boulets rouges.

CLAVIÈRES

Sur nous?

MORTEMER

Oui, enfin, vous le retrouverez!

VEAUCOURTOIS.

Nous le retrouverons, parbleu...

CH AVEN A Y, nu fond, à gauche, bas à Du Bourg.

A nous, Du Bourg!

DU BOURG

C'est le moment! (Us remontent tout deux vers le cabinet où ils disparaissent tout doucement. Veaucourtois traverse et regarde fièrement le vide en oroyant regarder Nantya , qui est remonté à la chemitiée où sont Louise et Rebecca.)

G L AV 1 È R E s , retenant Mortemer qui va remonter.

Dis donc! décidément, as-tu fait ton choix?

MORTEMER

Parmi... ma foi non, pourquoi choisir? — Toutes!

CLAVIÈRES, même jeu.

Ah! mais c'est que moi!... J'ai suivi tes instructions, tu comprends!... J'ai mon foyer!... Et pour qu'il n'y ait pas double emploi...

MORTEMER

Madame Du Bourg, hein? (ciavières cligne de rœii.) Et tu as déjà obtenu?...

Rien!... qu'un premier rendez-vous hier, au Père La Chaise.

MORTEMER

C'est gai !

CLAVIÈRES

Et un autre tantôt à Saint-Germain des Prés, où j'ai failf une petite étude do Flandrin!... Je suis éreinté!...

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