Clavières, Mortemer
. CLAVIÈRES, étonné.
Tiens... d'où va sort-il ça?
MORTE MER
Ah! la jeune fille, Clavières !... Pense à tout ce que ce mot exprime de grâces pudiques et tendres, de chastes rougeurs, de réserves coquettes et de craintes puériles. La jeune fille!... c'est-àdire la promesse, la fleur... l'inconnu!... la page blanche où tu peux écrire tout ton cœur, et qui gardera cette empreinte ineffaçable!... Quel rêve! Et quel enchantement!... A toi de donner la volée à ces désirs curieux et timides qui palpitent de toutes leurs ailes! Ah ! Clavières, ce jour-là , tu n'es pas seulement un amant, un maître... mais un créateur, un Dieu, toi qui apportes à ce jeune être le feu sacré qui l'anime, et qui la complètes deux fois : dans ses grâces qui sont un peu frêles, et dans son âme qui est un peu vide!
r.L.WlÈRES.
Dieu me damne! Tu es amoureux d'une jeunesse, toi
MORTE MER
Pourquoi pas?
Alors, épouse-la!
CLAVIERES.
J'y ai songé toute la nuit!...
CLAVIÈRES
Miséricorde !
MORTEMER, retournant à la cheminée.
Seulement... à quoi bon épouser, si ce n'est pas nécessaire?
CLAVIÈRES
Une séduction?
MORTEMER, railleur.
Ah! bien, si tu te fais le champion des mœurs, toi, avec ta Rebecca !
CLAVlÈr.ES.
Mais une femme mariée, malheureux, ce n'est pas la même chose !
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.Mor.TicM i:i!.
C'osl vnii! II y a un mari de plus! c'est bien pis'
CLAVIER i: S.
Mais (ju'il se défende, cet homme! qu'elle se dcfi-ndc, celle femme! c'est de bonne guerre! vois Rebecca! rpielle défense ! c'esl sublime! Tandis qu'une jeune tille, Tinnocence, la candeur!...
M G l\ T I-: .M K R , fredonnant devant In çlacp.
Tarare, pompon !
CLAVlilRKS.
La vertu...
MORTEMEH, de m.-me.
Oh! la vertu, maintenant!
CLAVIER ES
Mais oui, la vertu! (Il traverse et va s'asseoir sur le bras du fauteuil'.)
Comment, être fétide! tu ne crois pas qu'il y ait au monde une àme assez virginale, assez pure, assez angélique pour ne rien soupçonner, ne rien... ?
M 0 II T E -M E R , se retournant et venant à lui.
Eh bien ! non ! non ! non ! je ne le crois pas ! et je ne veux pas le croire!... car ce serait la condamnation de toute notre vie ! et s'il y avait au monde de telles créatures, que la plus innocente, comme tu l'appelles, ne fût pas la plus hypocrite, comme je le pense, quels tristes imbéciles ne ferions-nous pas, toi et moi, qui. au lieu d'épouser d'honnêtes filles, pour faire d'honnêtes maris, nous serions condamnés volontairement à celte vie de pantins e d*^ polichinelles que nous menons!
CL A VI i:R ES.
Merci !
MORTE MER
Ah! grand innocent, va, qui ne s'est jamais posé ce simph dilemme : — Ou on rougit ou on ne rougit pas! — Celle qui ne rougit pas est donc bien efiVontée: et celle i\u\ rougit est donc bien savante !... (il remonte à gauche.