‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 311 sur 338 · SCÈNE PKEMIÈllE · texte numérisé non relu

SCÈNE PKEMIÈllE

MORTE. M r> n , assis sur le canapé devant la table et acliovant de cachoter une lettre.

Cinq heures... déjà!... Ce feu ne brûle pas : je suis glacé!

Ah! ; Reprenant une autre lettre., Ceci |)OUr TroëoeS qui (lort lOUJOUPS

là-haut; puisque j'ai pu m'occuper delui, ne l'oublions pas... pour une fois que je rends service à un mari... On a beau s'être battu souvent; la nuit qui précède l'aventure n'est jamais bien calme. [Il jettf> des papiers au feu.) PaHcz-moi de nos bravcs ancètrcs qui dégainaient tout de suite, dans la rue, sous un réverbère; cela supprimait le mal de nerfs et la réflexion... la réflexion surtout! Avec amertume.) Sotte affaire, qui me ramène à mes habitudes... à l'heure où cette douce enfant me les faisait oublier avec tant de joie!

(Regardant la place où Antoinette s'est assise.) Elle était là... SOUriante et

calme, comme une petite fée, certaine de son pou\oir, et sa baguette d'or ré\ cillait dans ce cœur blasé toutes les pensées bonnes et généreuses d'autrefois!... Et il faut tuer un brave garçon qui l'aime, ou se faire tuer par lui!... (soupirant.) Ah! mon Dieu!... que la vie est donc bète!... Voyons, où en étais-je? [Parcourant les

dossiers.) Papiers d'affaires, loyers, fermages!... (Traversant pour aller au secrétaire, avec une liasse de papiers. ClavièrCS a raisOn : On vieillit !...

La dernière fois que je me battis, il y a quatre ans... du diable.

si je m'amusai à tout cela. Et aujourd'hui, je classe, je brûle, je relis, je plie bagage!... (Fermant un tiroir.) Plions donc!... Pour qui, au fait? — Mes héritiers! Je n'en ai pas! Pas de frère, pas de sœur, pas d'enfant!... (cherchant.) Et je ne sais personne autour de moi que j'aime et qui m'aime assez?... (Amèrement.) Personne !... Je suis seul dans ma vie... (Regardant autour de lui.) commc dans cette chambre!— Moi, devant moi !... Et que je revienne tout à l'heure percé d'un coup d'épée!... pour veiller à mofli chevet, pour me pleurer...

si je meurs!... (n regarde encore la chambre et achève sa pensée par un

geste.) Belle fin, Mortemer, avoue-le!...' Qu'une vie est sagement conduite quand c'est là qu'elle nous mène! (Tristement.) Seul !... et de tous ces cœurs de femmes qui charmaient ta vie... pas un pour

adoucir ta mort!... (Regardant un tiroir entr'ouvevt, plein de lettres.) Mais,

des lettres jaunies, fanées, voilà tout ce qui reste!... Et pourtant que de passions là-dedans!... (ii prend une poignée de lettres.) La terre ne leur suffit plus !... Elles parlent de m'adorerjusque dans l'autre monde! (n ouvre une lettre isolée.) La première... auhasard... Ah! j'en suis bien sûr!... (n ut.) « Ce qu'est mon amour pour vous, le sau-

« rez-VOUS jamais, mon ami?... [Descendant et s'interrompant.) NoUS y

voilà! (Lisant.) « Pcut-ètrc, un jour... quand tout sera fini!... » (S'interrompant.) Ah! pardou!... Celle-cl admet une fin!... De qui donc cette écriture?... (Lisant.) «... quand tout sera fini, et quand « vous chercherez au bas de cette lettre, sans vous le rappeler, le « nom de celle qui l'aura écrite!... » (s'arrètant.) C'est pourtant vrai!... (n ut.) « Tout cela, je le sais d'avance, ma raison me le « dit sans cesse; et cependant je vous aime assez pour l'oublier « quand je vous vois, et quand je m'en souviens, pour vous aimer « encore!... » (Ému.) Sincère et vraie!... tu l'étais, pauvre femme... on le sent bien !... (Regardant la lettre.) le bonheur était peut-être là; mais je ne voulais que mon plaisir... De qui donc cette lettre?... Pas

de nom!... ni de date ! — Ah! ce cachet!... (n le regarde à la lumière de

son bougeoir.) 11 ne mc rappelle rien!... D'ailleurs!... il est bien temps!... Qu'ai-je affaire d'un remords de plus?... (ii jette la lettre sur la table, frissonnant.) Ah!... décidément, ccttc fin de nuit est glacée!...

ACTH OL Ai rUK.MK. 123

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