Du Bourg, Cla\ières, Rebecca
DU BOURG, baissant la voix et tirant la lettre de Rebecca.
Oui... une lettre...
» E B E C C A , à part.
Je suis perdue!
DU BOURG
Que j'ai trouvée sur !,« secrétaire de ma femme, oubliée, et à votre adresse!
CLAVIÈRES
Alors, monsieur, je vois bien que vous savez ce que c'est, et...
DU BOURG, de même , froissant la lettre cachetée.
Oli! parbleu! rien qu'au toucher! ce sont des billets de ce l'oncert de charité, dont elle bombarde tous ses amis !
CLAVIÈRES, saisi.
Ah!
DU BOURG, bas, en lui glissant la lettre.
Cachez donc ça , maladroit! vous direz que vous ne l'avez pas reçu, et c'est une cinquantaine de francs que je vous sauve! Cachez, cachez, elle nous regarde! (u remonte.)
CLAVIÈRES, stupéfait, le suivant du regard.
Ah!...
REBECCA, lui dérobant le billet vivement.
Sauvée!... mais qu'on m'y reprenne!
CLAVIÈRES
Et moi donc! Tous les quartiers de Paris, le Luxembourg, le Père-Lachaise... Éreinté !... Et rien !
REBECCA, le regardant avec dignité.
C'est encore trop !
CLAVIÈRES
]\!(M CI ! . . . f Rebecca se jette dans les bras de Du Bourg, qui est repassé à droite.'
Ar/rr. ci no ['n:\ii:. i.;:
se km: V.
Les P r i: r: i; n e n t s , \ A N T \ A .
LE nOMESTIQCE.
M. de Nantya !...
C II A V E N A V . qui vient <\o rentrer.
Ail! enfin! j'élai-> inquiet de vou>, cher ami...
Oui... je vous denaande pardon! — OiicNiu^s air.iires à terminer avant dQ vous faire mes adieux ! (Mouvement de surprise.; THAVENAV, stnpt'rnit.
Vos adieux !
NANTYA.
Je quitte Paris dans une heure!
«MIAVENAV, l'amenant en avant, tandis que tous remontent, fort surpris.
Je ne vous com[)rends pas. mon ami; après la conversation que nous avons eue ici même, et qinnd je me promettais ce soir de dire à Antoinette.
Non! et si vous le permettez, c'est moi-même qui échangerai, dans ce salon, quelques mots avec elle.
CHAVENAY.
Qu'à cela ne tienne... quelque pique d'amoureux ! Antoinette paraît, entrant par la eranche.) La VOici ! OU VOUS laisS(' ! NVVNTYA.
Non pas! demeurez ! il me suffit de lui parler ici, à l'écart.
GHAVEN.\Y', à Antoinette, qui descend.
Venez ici, petite sœur, et écoutez monsieur, que j'autorise à avoir avec vous un grave entretien...
ANTOINETTE
Avec moi ?
CHAVENAY.
Oui ! (il remonte au fond rejoindre Du Bourg et les deux dames assises à la cheminée.)
ANTOINETTE , à Nantya, avec qui elle reste seule à l'avant-scène à gauche.
Voyons donc, monsieur, ce que vous avez à me dire?
NANTYA.
Un seul mot, mademoiselle! (Après s'être assuré qu'on ne peut pas
l'entendre.) C'ost qu'hier j'cntrais chez M. de Mortemer, au moment otj vous en sortiez !
ANTOINETTE, ingénument.
Tiens ! eh bien ?
NANTYA, surpris de son calme.
Eh bien?
ANTOINETTE
Oui ; ce n'est pas de cela que vous voulez m'entretenir, apparemment?
NANTYA.
Pardon ! de cela même ?
ANTOINETTE
Seulement ?
NANTYA, stupéfait de son accent.
(> n'est pas assez à votre avis? que vous alliez seule chez cet homme?
Ah! vous voulez dire qu'il n'est pas très-convenable... Je lésais bien, et je ne m'en suis pas vantée au retour ; mais il n'y a pas de ma faute. Figurez-vous qu'on m'envoie le domestique pour me dire que Rebeccii m'attend, .le monte... Je trouve M. de Mortemer dans son salon, et en attendant Rebecca, qui est probablement sortie par une autre porte... (s'arrêtant.) Comme vous me regardez?
Oui... oui... je vous regarde!... Car je ne sais, en vérité...
ANTOINETTE
Ouoi donc?
ACTR (;i\OL'Ii:.MI-; i:.9
Kion, rien! lin allendiinl, disioz-voiis...
ANTOINKTTf:.
Nous avons causé, M. de Morlomor ot moi. un (juiirl (l'Iicurc une demi-heure... je ne sais!
Et cette conversation?...
ANTOINETTL'.
Oli! si originale... comme lui! —Je n'y comprenais rien, c.irj»' le crois un peu fou. entre nous; du reste, tant d'esprit!
NANTYA.
Beaucoup d'esprit, oui; et alors?
antoixettf:.
Alors? mais voilà tout! Je suis partie, ou plutôt cVsl lui qui m'a fait partir... en me disant qu'il ne fallait pas att<*ndn' plus loni;temps.
C'est lui-même qui vous a fait sortir?
ANTOINETTE
Oui!
(lomme cela?... s^ins autre...
ANTOINET I K.
Quoi donc ?
NANTYA. la resiinlnnt ol no sarh.int qiiP ii»»ns<»r.
lîien. rien !
Il semblait seulement fort eii.u... et crrUiinem «ni j\ii vu in»' larme dans ses yeux ! — Il m'a dit adi(Mi en nrappelaiit s;i 111!'. .
Ml!
ANTOiN i:tti;.
Comme s"*!! reiin^ttait de n'en avoir pa> une...
Hio LES VIEUX GARÇONS.
NANTYA.
Voilà la pensée que vous emportiez de cet entretien ?
ANTOINETTE
Oui... Est-ce vrai?
NANTYA, ému et lui prenant les mains.
Oui, oui, tout ce que vous dites est vrai, pur et angélique comme vous !
CHAVENAY, du fond, debout.
Eh bien! mais il me semble que nous commençons à nous entendre?
\ANTYA. radieiiv.
Oui! oui !
ANTOINETTE
Laissez-les se moquer de nous, et dites-moi ce que vous aviez pensé?
NANTYA.
Oh! pour cela,, non!
ANTOINETTE
Ah! ce n'est pas bien!... Moi, je vous ai répondu tout de suite!
NANTY \.
Eh bien! moi, je vous répondrai plus tard.
ANTOINETTE
Quand ?
NANTYA.
Lorsque vous serez... ma femme !
ANTOINETTE
Je serai donc votre femme ?
NANTYA, tenilrement.
Si vous y consentez...
Et si je disais non ?
NANTYA.
Vous me feriez beaucoup de chagiin!
ACTI-: CINiMIKMi;. If-.l
ANTOf NKTTi;.
Alors, jo no lodinii |)as!...
{Vo<[ oui?
AN TOI \ i:tti:.
De tout mon cœur!
N AN TVA.
Ah! que je vous aime! et que j'ai depuis ion.i^lemps envie ^U' vous le dire!
ANTOINFTT K.
Et moi donc !
en A V EN A V, accourant.
Eh bien! eh !)ien! il faut les séparer maintenant!
Li: DOMESTIQUE.
11 y a là une personne qui demande à voir monsieur!
CH AVEN AV
A l'heure du dîner?
LE DOMESTIQUE
C'est un monsieur qui est déjà venu!... M. de Mortemer!
r. U AVEN AV.
Ici?
LE DOMESTIQUE
Il est allé chez M. de Nantya , et insiste tellement pour lui parler, ainsi qu'à Monsieur...
Eh! vous ne pouviez pas dire^...
NANTYA.
Pardon, mon ami, mais je désire le voir... moi!
CHAVENAY, surpris.
Ah!...
N A N TVA.
Car j'ai peur d'avoir de grands torts envers cet homme, je lui
1. Antoinette, Nantya, Chavenay, les dames au fond, le domestique.
]&t LES VIEUX GARÇONS.
parlerai donc... seul à seul, si vous le permettez, [on se retire pendant ce qui suit. A Antoinette.) Il se peut que j'aie besoin de vous, Antoinette... voulez- vous entrer là, dans votre chambre?
ANTOINETTE
Volontiers! (EUe entre chez elle à gauche.) CH AVEN A Y, prêt à entrer clans son cabinet rtei-rière Clémence et Bebecca.
Mais qu'est-ce que?...
Laissez-moi faire, je vous prie, et retirez-vous, mon ami!
CHAVENAY.
Il est écrit que nous ne dînerons pas ce soir! (n sort.)
NANTYA, nu domestique.
Faites entrer!