‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 113 sur 307 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

elfortilio ? Pensons nous que Luculliis, que les lettres rendirent et formèrent si grand capitaine sans l'experienee.', les eust prinses ù nostre mode? Nous nous laissons si fort aller sur les bras d'aultruy, que nous anéantissons nos forces. Me veulxje armer contre la crainte de la mort? c'est aux despens de Seneca. Veulx je tirer de la consolation pour moy ou pour un aultre? je l'emprunte (le Cicero. Je l'eusse prinse en moy mesme, si on m'y eust exercé. Je n'ayme point cette suflisance relative et mendiée : quanti bien nous pourrions estre sçavants du sçavoir daultruy, au moins sages ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse.

« Je liay le sage qui n'est pas sage pour soy mesine. » Ex quo Ennius : Nequidquam sapere sapieiitein, qui ijjse sibi prodesse non quirel^ :

Si cupiilus, si Vaims, et Euganea quamtumvis uiollior agna».

Xonenim paranda nobis soluin, scd fnicnda sapienlia est. ^ Dionysius -^ se mocquoit des grammairiens qui ont soing de s'enquérir des maulx d'Ulysses, et ignorent les propres ^ ; des musiciens qui accordent leurs lleutes, et n'accordent pas leurs mœurs; des orateurs qui estudienl à dire justice, non à la faire. Si nostre ame n'en va un meilleur bransie", si nous n'en avons le jugement plus sain, j'aymerois aussi cher* que mon escliolier eust passé le tjemps à jouer à la paulme : au moins le corps en seroil plus alafgré. Voyez le revenir de là, aprez quinze ou seize ans employez; il n'est rien si mal propre à mettre en besongne^ : tout ce que vous y recognoissez davantage, c'est que son latin et son grec l'ont rendu plus sot et plus presumptueux qu'il

1. c'est-à-dire par la lecture et l'i''tuile théorique de l'art militaire. Voy. Cicérun, AccuL. ii, 1.

2. Celte pensée est un vers d'Euripide, comme nous l'apprend Cicéron, Epist. famil., xui, 15.

3. Aussi Ennius dit-il : « Vaine est la sagesse, si elle n'est pas utile au sage.» Cité parCicéran,rfeO/'/(C..iii, 15.

4. « S'il est avare, menteur et plus efféminé qu'une brebis de Padoue. »

(JUVÉSAL, VIII, 14.)

« Car il ne suffit pas d'acquérir la sagesse, il faut en jouir. » (Cicéron, de Fiuibus, I, I.)

ô. C'est à I)iof/énc le. Clinique qu'il faut attribuer ces réflexions. (V. Diog. Laerce, vi, 27 et i9i.)

6. Traduction exacte du mot latin praprius qui permet la suppression de l'adjectif possessif.

7. Bransk', allure, mouvement ; on emjjloie encore les expressions mettre en branle, donner le branle.

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