‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 120 sur 307 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Aussi ce n'est pas si grande merveille, comme on crie, que nos ancestres n'ayent pas faict grand estât des lettres, et qu'encores aujourd'huy elles ne se treuvent que par rencontre' aux principaulx conseils de nos rois; et si cette lin de s'en enrichir, qui seule nous est aujourd'huy proposée, par le moyen de la jurisprudence, delà médecine, du pedaulisme-, et de la theo- Idgie encores, ne ies tenoit en crédit, vous les verriez sans double aussi marmiteuses* qu'elles l'eurent oucques*. Quel dommage, si elles ne nous apprennent ny à bien penser, ny à bien faire! Poitquam docti prodierunt, boni désuni'^. Toute auUre science est dommageable à celuy qui n'a la science de la bonté.

Mais la raison que je cherchoy tautost seroit elle pas aussi de là, que, noslre estude en France nayant quasi aullre but que le proulit, moins de ceulx "^ que nature a faict naistre à plus généreux offices que lucratifs, s'adonnanls aux lettres, ou si courtemeut' 'relirez, avant que d'en avoir prius le gousl, aune profession qui n'a rien de commun avecques les livres*;, il ne reste plus ordinairement, pour s'engager tout à faict àrpslude, que les gents de basse fortuuc qui y questent des moyens à vivre ; et de ces gents là les âmes estants, et par nature, et par institution domestique et exemple, du plus bas aloy, rapportent faulsement' le fruict de la science : car elle n'est pas pour donner jour à l'ame qui n'en a point, ny pour faire veoir un aveugle ; son meslier est, non de lui fournir de veue ''^, mais de la luy dresser, de luy régler ses allures, pourveu qu'elle ayt de soy '^ les pieds et les jambes droictes et capables. C'est une bonne drogue que la science; mais nulle drogue n'est assez forte pour se préserver sans altération et corruption, selon le vice du vase qui l'esluye^-. Tel a la veue claire, qui ne l'a pas droicte ; et par conséquent veoid le bien, et ne le suyt pas; et veoid la science, et ne s'en

A coiiiialti'C UD ^oïlipolut d'avec nn baïU- [^le-dlaus^e.

(\ct. II, se. Tur.)

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