CHAPITRE XXV
lûmes qu'il laissa, n'avoit pas mis une seule allégation ' . Il m'adveint, l'aultre jour, de tumber sur un tel passage - : j'avois traisné languissant aprez des paroles françoises si exsangues ^, si descharnées et si vuides de matière et de sens, que ce n'estoit voirement* que paroles françoises ^ ; au bout d'un long et ennuyeux chemin, je veins à rencontrer une pièce haulte, riche, et eslevce jusques aux nues. Si j'eusse trouvé la pente doulce et la montée un peu alongee, cela eust esté excusable : c'estoit un précipice si droict et si coupé, que, des six premières paroles, je cogneus que je m'envolois en l'aultre monde ; de là je descouvris la fondrière d'oii je venois, si basse et si profonde, que je n'eus oncques puis ^ le cœur de m'y ravaler. Si j'estoffois l'un de mes discours de ces riches despouilles , il esclaireroit par trop la bestise des aultres ''. Reprendre en aultruy mes propres faultes, ne me semble non plus incompatible' que de reprendre, comme je foys souvent, celles d'aultruy en moy : il les fault accuser par tout, et leur oster tout lieu de franchise ^. Si sçay je combien audàcieusement j'entreprends moy mesme, à touts coups, de m'egualer à mes larrecins'", d'aller pair à pair quant ef eulx, non sans une téméraire espérance que je puisse tromper les yeulx des juges à les discerner ; mais c'est autant par le bénéfice de mon application, que par le bénéfice de mon invention et de ma force. Et puis, je ne luicte*^ point en gros*^ ces vieux champions là, et corps à corps; c'est par reprinses, menues et legieres attainctes : je ne m'y aheurte** pas; je ne foys que les taster; et ne voys** point tant, comme je marchande d'aller. Si je leurpouvûis tenir pâlot'*, je serois honneste
1. Allégation, citation à l'appui d'une opinion, d'une assertion.
-.Sur un de ces beaux passades copiés par les maladroits écrivains de son siècle.