Hippias major, chap. iv
ICO nSSAlS DE MONTAIGNE.
eussent réservé à leur part. Quel proufit ne fora il, en cette part là, à la lecture des Vies de nostre Plutarque? Mais que mon guide * se souvienne où vise sa charge ; et qu'il n'imprime pas tant à son disciple la date de la ruyne de Carthage, que les mœurs de Hannibal et de Scipion ; ny tant oîi mourut Murcellns, que pourquoy il feut indigne de son debvoir qu'il mourust là-. Qu'il ne luy apprenne pas tant les histoires qu'à en juger. C'est à mon gré, entre toutes, la matière à laquelle nos esprits s'appliquent de plus diverse mesure^ : j'ai leu en Tite Live cent choses que tel n'y a pas leu ; Plutarque y en a leu cent, oultre ce que j'y ay sceu lire, et à l'adventure oultro ce que l'aucteur y avoit mis : à d'aulcuns, c'est un pur estudc grammairien ; à d'aultres, l'anatomie de la philosophie, par laquelle les plus abstruses parties de nostre nature se pénètrent. Il y a dans Plutarque beaucoup de discours estendus, tresdignes d'estre sceus ; car, à mon gré, c'est le maistre ouvrier de telle besongne ; mais il y en a mille qu'il n'a que touchez simplement ; il guigne * seulement du doigt par où nous irons, s'il nousplaist; et se contente quelquefois de ne donner qu'une attaincte dans le plus vif d'un propos. 11 les fault arracher de là, et mettre en place marchande" : comme ce sien mot, « Que les habitants d'Asie servoient à un seul, pour ne sçavoir prononcer une seule syllabe, qui est, Non, » donna peult estre la matière et l'occasion à La Boëtie de sa Servitude volontaire*.