L'appréhension, la compiéhension, l'intelligence
8. Montaigne revient souvent sur ce défaut de mémoire. Comment le concilier avec le nombre de citations mêlées à son texte? Il explique d'un mot cette apparente contradiction : « A faute de mémoire naturelle j'en forge de papier. » (III, xiii.) Il a recours sans cesse « aux tablettes, » c'est-àdire aux notes qu'il ne manque pas de prendre en lisant, et qu'il retrouve à l'occasion quand il écrit ses Essais.
peur de faillir en chose qu'il avoit tant à cœur, se laissa enfin emporter à l'opinion commune, qui suyt tousjours ceulx qui vont devant, comme les grues, et se rangea à la coustume, n'ayant plus autour de luy ceulx qui luy avoient donné ces premières institutions', qu'il avoit apportées d'Italie \ et m'envoya environ mes six ans au collège de Guienne, tresflorissant pour lors, et le meilleur de France : et là, il n'est possible de rien adjouster au soing qu'il eut, et à me choisir des précepteurs de chambre- suffisants, et à toutes les aultres circonstances de ma nourriture, en laquelle il réserva plusieurs façons particulières, contre l'usage des collèges ; mais tant y a que c'estoit toujours collège. Mon latin s'abastardit" incontinent, duquel depuis par desaccoustumance j'ay perdu tout usage ; et ne me servist cette mienne inaccoustumee institution, que de mefaire enjamber d'arrivée aux premières classes ; car, à treize ans que je sortis du collège, j'avois achevé mon cours (qu'ils appellent), et, à la vérité, sans aulcun fruict que je peusse à présent mettre en compte'*.
Le premier goust que j'eus aux livres, il me veint du plaisir des fables de la Métamorphose" d'Ovide : car environ l'aage de sept ou huict ans, je me desrobois de tout aultre plaisir pour les lire; d'autant que celte langue estoit la mienne maternelle*, et que c'estoit le plus aysé livre que je cogneusse, et le plus accommodé à la foiblesse de mon aage, à cause de la matière : car des Lancelots du Lac, des Amaclis, des Huons de Bordeaux '', et tels fatras do livres à quoy l'enfance s'amuse, je n'en cognoissoys pas seulement le nom, ny ne foys encores le corps ^ ; tant exacte estoit ma discipline'! Je m'en rendoys plus nonchalant à l'estude de mes aultres leçons prescriptes.
1. In.ititiUiùDS, dans le -cns de plnn, rrglos de conduite pourriustruclion et lé liication do son lils.
2. Ce sont les répétiteurs des leçons données en commun, comme nous aillons, de la classe.