CHAPITRE VII
il liiy est mis en souspeçon, qualité à laquelle la vieillesse mord si volontiers de soy mesme. Quantes fois* s'est il vanté à moy de la bride qu'il donnoit aux siens-, et exacte obéissance et révérence qu'il en recevoit; combien il veoyoit clair eu ses affaires !
lile soins nescil ouiiiia-'.
Je ne sraclie liomme qui peusl aiiporler plus de parties, et naturelles et acquises, propres à conserver la inaislrise*, qu'il l'aict; et si en est desclieu comme un enfant : parlant l'ay je clioisy, }iarmy plusieurs telles conditions que je cognois, comme plus exemplaire"'. Ce seroit matière à une question scliolastique, « s'il est ainsi niieulx, ou autrement. » En présence, toutes clioscs luy cèdent ; et laisse lon^ ce vain cours de son auclorité, qu'on ne luy résiste jamais. On le croit, on le craint, on le res- [iccte, tout son saoul. Donne il congé à un valet? iP plie son pacquet, le voylù [larty; mais liors de devant luy seulement : les pas de la vieillesse sont si lents, les sens si troublés, qu'il vivra et fera son oflice en mesme maison, un an, sans estre apperceu. Et quand la saison en est, on faict venir des lettres loingtaines, piteuses, suppliantes, pleines de promesses de mieuk faire : par où on le remet en grâce. Monsieur faict il quelque marché ou quelque despesclie qui desplaise? on la supprime, forgeant lantost a])rez assez de causes pour excuser la l'aulle d'exécution ou de response. Nulles lettres estrangiercs ne luy estants premièrement apportées, il ne veoid que celles qui semblent commodes à sa science *. Si, par cas d'adventure, il les saisit, ayant en coustume de se reposer sur certaine personne de les luy lire, on y treuve sur le champ ce qu'on veult : et faict on, à touts coups, que tel luy demande pardon, qui l'injurie par sa lettre. 11 ne veoid enfin ses affaires que par une image disposée et desseignee^, et satisfactoire '" le i»las qu'on peult, pour n'esveiller son chagrin et son courroux. J'ay veu, soubs des figures différentes, assez d'ceconomies longues * ', constantes, de tout pareil effecl.