CHAPITRE VIII
Aure>;tc, quand je voulxjugor do quelqu'un, je luy demande combien il se contente de soy ', jusques où son parler ou sou esprict lui plaist. Je veulx éviter ces belles excuses, « Je le fois en me jouant;
Ablatiim mediis opiis est inciulibus istud^;
Je nv fous pas une heure; Je ne l'ay rovou depuis*. » Or, dis je, laissons doncques ces pièces; donnez m'en une qui vous représente bien entier, par laquelle il vous plaise (ju'on vous mesure : et puis, que trouvez vous le jilus beau ou vuslro ouvrage? est ce ou cette partie, ou celte cy? la grâce, ou la maliere, ou l'invention, ou le jugement, ou la science? Car ordinairement je m'appercoois qu'on fault* autant à juger de sa propre besongne, que de celle d'aultruy, non seulement pour l'affection qu'on y mesle, mais pour n'avoir la suffisance de la coguoistre et distinguer : l'ouvrage, de sa propre force et fortune, peult seconder l'ouvrier, et le devancer oullre son invention et coguoissanco. Four moy, je ne juge la valeur d'aultre besongne^ plus obscurément que de la mienne, ot loge les Essais tantost bas, tantost liault, fort inconslamment et doubteuscment. Il y a plusieurs livres utiles, à raison de leurs subjects, desquels l'aucteur ne tire aulcune recommendation *; et des bons livres, comme des bons ouvrages, qui font honte à l'ouvrier. J'escriray la façon de nos convives et de nos veslements", et l'escriray de mauvaise grâce ; je publieray les edicts de mon temps, et les lettres des princes qui passent ez mains publicques; je l'eray un abbregé sur un bon livre (et tout abbregé sur un bon livre est un sot abbregé), lequel livre viendra à se perdre*, et choses semblables : la postérité retirera utilité singulière de telles compositions; moy, quel honneur, si ce n'est de ma bonne fortune? Bonne part des livres fameux sont de cette condition. Quand je leus Philippe de Comines^, il y a plusieurs années,