Histoires, liv. IV, ch. lxxxi
10. « J'en dis plus que je n'en crois, car je n'ose ni aflirmer des faits dont je doute, ni supprimer ceux qu'on m'a transmis. » (Quinte Curce, liv. IX, cil. !"■.) Si quelque chose pouvait
neque refellere operw prclium est : famx rcriim slandum cst^.
Et cscrivtint. en un siècle au(iuel la créance des prodiges commenccoità diminuer, il dict ne vouloir pourlant laisser d'insérer en ses annales, et donner pied à chose receue de tant de gcnls de bien, elavecques si grande révérence de l'anliquilé : c'est Iresbicn dict. Qu'ils nous rendent l'histoire, plus selon qu'ils rcceoivent, (jne selon qu'ils estiment. IMoy qui suis roy de la nialiere que je Iraicte, et qui n'en doibs compte à personne, ne m'en crois {lourlant pas du tout : je bazarde souvent des boutades de mou (îsprit, desquelles je me desde, et certaines iinesses verbales dequoy je secoue les aureilles; mais je les laisse courir à l'adventure. Je veois (ju'on s'bonore- de pareilles choses ; ce n'est pas à moy seul d'en juger. Je me présente debout et couclié ; le devant et le derrière; à droicte et à gauche, et en louts mes naturels plis. Les esprits, voire pareils en force, ne sont pas tousjours pareils en application et en goust. Voylà ce que la mémoire m'en prescnle en gros, et assez incertaiuement : louts jugements en gros sont lasehes et imparfaicts •''.
prouvei' que Qiiinle <'urcc ne incrile pas le rrt'dil dont il a joui en Kr;ini:e aux seizième cl (lix-su|>ticine siofles;, encore nioinslo litre de" prand honinic>' que lui décerne l'auteur des Essuis, le mcttaut presque sur le pied de Tacite.
c'est une |iareillc o])inion. Est-ce qu'il est du devoir de l'historien de ramasser et de rapporter lous les coinmcra^fes?
Est-ce que le sens critique (pii lui fait discerner les matériaux bons ou mauvais n'est pas sa première faculté?
1. Il 11 ne vaut pas la peine d'affirmer ni de réfuter ces cliuses, force est de s'en tenir à la renommée. » (Titk- LiVE, I, l'ri'fncfl, cl VllI, 0.) Disons à la décharge de Tile-Live (qui a le tort de ne citer ses autorités que ]iar ex- C!pliou), que pour les débuts de l'histoire romaine déjà obscurcie, remplacée
de son temps par la Icfrcndc, il lui faut bien se servir de ces .seids documents si médiocre qu'en soitila valeur. La tradition est un des moindres témni- ^ruages, mais iirend de la valeur à défaut de plus considérables.
2. Il suit l'exemijle donné, voyant que bien des gens se sont fait honneur de « ces boutades et de ces Iinesses. "
3. L'auteur se livre au jugement de «1 ses parents et <le ses amis ». car il ne semble |ias croire qu'il écrit pour la l)ostérité; les récries d'un pareil livre, s'il y en a. ne sont pas celles de l'histoire. 11 ne f.iut diuic i>as prendre au sérieux celte sorte de comparaison instituée entre les Histoirfx cl les ICxsnis. Montaigne nous le dit lui-même : cil est roy de sa matière el n'en doibt compte à personne. »