PREFACE
On voudra bien ne pas s'étonner si nous nous occupons ici des idées morales d'un écrivain beaucoup plus souvent étudié pour son talent oratoLi*e et pour ses théories littéraires. Les anciens n'en auraient été nullement surpris. Pour eux, l'éloquence se confondait avec la sagesse et l'orateur ne se croyait jamais si bien dans son rôle que quand il encouraireait les âmes à la vertu, les déiournait du vice, flétrissait les méchants et glorifiait les bons (1).
Sans prendre trop au sérieux ce rôle si libéralement assigné à l'éloquence, Cicéron fut suuvent amené par sa situation d'orateur politique, d'avocat, d'homme d'E'.at, à apprécier en moraliste les principaux événements de sou temps. D'autres fois ce sont ses amis qui font appel à ses lumières, et il lui faut, bon gré mal gré, jouer le rôle de conseiller d'oçca,sion, on serait presque tenté de dire de directeur de conscience. Parfois même, surtout vers la fin de sa vie, les questions morales prennent une place de plus en plus considéralde dans ses couvres philosophiques, elles forment même le fond exclusif de quelquesunes, par exemple du De officies.
A divers titres il m'a paru intéressant de recueillir les vues morales disséminées à travers l'ceuvre d'un auteur qui fut le témoin le mieux informé et l'interprète le plus désintéressé des conceptions morales de son temps. Si je les ai groupées dans un ordre qui ne fut point le sien, ce n'est point qu'il entre dans ma pensée de présenter ici un système complet de morale cicéronienne. Je ne me suis même pas piqué de donner une image fidèle de cette morale ; ce sont là ambitions bonnes pour des historiens de la philosophie. Tout autre est mon but. Parmi les idées morales de Cicéron il en est dont l'intérêt n'est point limité aux circonstances qui les ont provoquées. Leur utilité est de tous les temps, et notre époque peut en faire son profit. C'est des idées de ce genre que nous avons voulu ici recueillir la fine fleur.
(l) De orat., VA, 9.
Quand même la place qui m'était mesurée ne m'en aurait fait une nécessité, je me serais fait un devoir de laisser le plus souvent possible la parole à Cicéron. N'était-ce pas le meilleur moyen de livrer son enseignement dans sa pureté native ?
On comprendra donc que j'aie borné généralement mon rôle à dégager, à traduire, à rapprocher les éléments moraux de l'œuvre de Cicéron. Ainsi le voulaient le caractère de notre œuvre et les conditions imposées à son exécution.
Voici les titres des ouvrages le 2î1us souvent cités :
De oratore libri II l = De or.
Pro Ciaentio oratio = Pro Glu.
Pro Sestio — = Pro Sest.
Pro Miione — = Pro Mil.
In Antonium Philippicœ XIV ^= Ph.
la Catilinam orationes IV = Cat.
Acadeniicoruni posteriorum Icber prinius = Acad. I. Acadeniicoruni prioruni llhcr secundus = Acad. II. De finihus bonorum et nialoruin libri V= Fin. Tusculnnaram disputalionuni libri V = Tusc. De nntura Deoruni libri V = De nat. D. Lœlius, De amicitia = De am.
De officiis libri III == De of.
De rcpublica libri VI = Eep.
De le(]ibus libri III = De le;j.
Epistolœ ad Atticuni, ad Quintuni = Ep. ad At., ad Quint.
On s'est servi principalement, sauf à les contrôler, des textes et des traductions de la collection Nisard.
On pourra consulter sur les questions traitées dans ce livre :
M. MoRLAis, Etudes morales sur les grands écrivains latins, l-yon, 1889.
C. Thuucourt, Essai sur Irs traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecques, Paris, 1885.
Arth. Dksjardins, Les D'-coirs, Essai sur la morale de Cicéron, 2' éd., Paris, 1893.
R. Thamin, Saint Anihroise et la morale chrétienne au IV' siècle, Paris, 1895.