TURGOT
OEuvres. Nouvelle édition par Eugène Daire, 2 vol., Paris, 1844.
Fphémérides du citoyen, 1767-1772.
Nouvelles Ephémérides économiques , 1774-1776.
Abréviations.
Ephém. signifie Ephémérides du citoyen.
Knies renvoie à la Correspondance du margrave de Bade.
La Rivière (sans autre indication) renvoie à L'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (éd., 1767).
ÉCRITS DES PHYSIOGRATES 11
Le Trosne (sans autre indication) renvoie au livre Le VOrdre social.
Obs. sur la Décl. de Virg. renvoie au manuscrit du marquis de Mirabeau : Observations sur la Déclaration des droits du bon peuple de Virginie.
QuESNAY (sans autre indication) renvoie aux Œuvres de Quesnay, éd. Oncken.
G. Wbulersse, Manuscrit?, renvoie à la publication de cet auteur : Les manuscrits économiques de François Quesnay et du Marquis de Mirabeau.
G. Wbulersse, Mouv. phys., renvoie à l'ouvrage de cet auteur : Le mouvement physiocratique en France de 1756 à 1170,
Inégalité du sort des doctrines économiques et des idées politiques des physiocrates. — Influence que les unes et les autres ont exercée sur les contemporains. — Importance attachée par les physiocrates aux problèmes politiques.
Nombre de travaux ont été consacrés à l'étude de l'influence que la philosophie du xviii* siècle a exercée sur le développement des idées politiques. Mais, telle qu'on la conçoit généralement, cette notion de « philosophie du xviii^ siècle » ost, en réalité, fort loin d'embrasser l'ensemble des idées philosophiques qui se sont manifestées, avec plus ou moins d'éclat, au cours de cet âge. C'est que l'œuvre de rénovation (jui a marqué la fin du xviii^ siècle a été précédée d'une période d'agitation intellectuelle, prodigieusement féconde en controverses doctrinales : des théories multiples, et souvent opposées, s'y heurtaient violemment, soutenues avec une égale ardeur par des polémistes fougueux, sincèrement animés du désir d'assurer le bonheur du genre humain et fermement convaincus d'en avoir trouvé le moyen sûr et infaillible. Ce n'est pas sans raison que l'on a pu faire remarquer qu' « il y a eu plus d'une philosophie, au xvni^ siècle, otl'on serait tenté dédire : plus d'un siècle dans lexviii® (1) ».
(1) Henay Micubl, < Histoire des doctrines politiques » ; leçon d'où-
Si Ton se place au point de vue de l'histoire dés doctrines politiques, la philosophie du xviii^ siècle n'est pas seulement comme on le croit trop souvent, celle de J.-J. Rousseau et de Montesquieu. Les physiocrates ou — pour parler comme leurs contemporains — les « philosophes économistes (1) », loin de pouvoir se renfermer dans le cercle des problèmes économiques, devaient — en raison même de l'étendue et du caractère hautement synthétique de leurs conceptions économiques — être amenés à rechercher « les lois générales de l'ordre naturel, qui constituent le gouvernement évidemment le plus parfait » . Les titres mêmes de deux ouvrages fondamentaux, parus presque simultanément (l'un en juin 1767, l'autre en 1768), témoignaient suffisamment de ces préoccupations ; le premier était intitulé : IJ Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques', le second s'appelait : Phtjsiocratie ou constitution naturelle du gouverne^ ment le plus avantageux au genre humain.
Le triomphe des théories développées dans le Contrat social et dans Y Esprit des lois a peu à peu effacé le souve-
verture du cours d'histoire des doctrines politiques à la Faculté des lettres de Paris (Revue des cours et conférences, 14 janvier 1897, p. 466). Cette leçon a été aussi publiée, en partie, dans la Revue du droit publie, 1897, t. VII, p. 220-234.
(1) Deux ans après la publication de divers écrits de Quesnay par Dupont de Nemours sous ce titre de Physiocratie, Mgreau, le censeur chargé d'examiner les Leçons économiques du marquis de Mirabeau, écrivait dans son compte rendu {Opinion d'un magistrat consulté sur cet ouvrage) ; « j'ai cru devoir faire ici une exposition succincte de la manière dont j'ai entendu, et dont j'ai cru qu'on pouvait entendre la doctrine de ces Philosophes auxquels le public a donné le nom d'Economistes » (in Leçons économiques, p. XLVI, Amsterdam, 1770). VOpinion de Moreau a été reproduite dans les Ephémérides (1770, t. l*"", p. 256-274), sous le titre : Corps de doctrine du censeur actuel des Ephéméridea du citoyen.
nir des idées politiques professées par Quesnay et ses disciples, tout comme le prestige du livre d'Adam Smith a fait tomber dans le discrédit leurs idées économiques, qui ne furent tirées de l'oubli que vers le milieu du xix^ siècle, par la publication du recueil composé par Eugène Daire pour la Collection des principaux économistes, éditée par Guillaumin (i).
Les physiocrates avaient, cependant, exercé sur leurs contemporains une influence considérable. Suivant le mot profondément vrai de Rossi, ils « prirent place au premier rang parmi ces philosophes du xviii^ siècle qu'un ardent amour de l'humanité poussait à tout renverser, dans l'espoir de tout réformer » (2). Aussi est-on surpris de trouver, sous la plume de M. Ch. Benoist (3), l'affirmation que « le bruit des livres de la secte n'avait pas retenti au delà d'un certain rayon. Les premiers des physiocrates, entre autres Quesnay et Le Mercier de la Rivière, s'étaient, de leur propre volonté, condamnés à ne pas être lus, à cause de l'obscurité presque hermétique de leur langage (4). Pour en affronter les énigmes, il fallait être, comme les uns, excité par la passion du bien ou, comme les autres, entraîné par la mode. Mais tout ce qu'on peut faire avec des livres, c'est de fonder une école: on ne fait pas une révolution ».
(1) Physiocrates, Quesnay, Dupont de Nemours, Mercier de la Rivière, l'abbé Baudeau, Le Trosne, par Eugène Daire, Paris, 1846, 2 vol.
(2) P. Rossi, Mélanges d'économie politiquCf d'histoire et de philosophie, t. I", p. 3, Paris, 1856.
(3) Ch. Benoist, Article Economie politique et la Révolution, in Nouveau dictionnaire d'économie politique, de L. Say et Chiilley, t. l*\ p. 784, Paris, 1891.
(4) M. Benoist se trompe : La Hivière s'était si peu « condamné à ne pas être lu » que, en l'espace de quelques mois, il fut vendu 3.000 exemplaires de V Ordre naturel.
On a, en effet, maintes fois reproché à l'auteur du Tableau économique l'obscurité de son style, et encore M. Oncken nous paraît-il être dans le vrai lorsqu^il écrit que les développements du fondateur du système physiocratique « ne sont obscurs que si l'on n'en a que quelques parties devant soi » (1). Mais le même reproche ne saurait guère être fondé à l'égard de Le Mercier de la Rivière : rarement idées abstraites ont été exposées d'une manière plus claire qu'elles le sont dans V Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, à telles enseignes que Paul Janet a pu écrire que la doctrine politique des physiocrates a été « surtout développée avec lumière et avec force dans l'ouvrage de Le Mercier de la Rivière » (2). Nous voilà donc loin de « l'obscurité presque hermétique » dont M. Ch. Benoist accuse « les premiers des physiocrates » en bloc.
Au surplus, la « passion du bien », l'amour de l'humanité étaient, au xviii^ siècle, assez à la mode pour assurer de très nombreux lecteurs aux livres les plus ténébreux, pourvu que ceux-ci fussent inspirés d'idées philanthropiques au sens vrai et large du mot. Nous n'en voulons pour preuve que la vogue dont avait joui VAmi des hommes, livre qu'un de ses admirateurs (3) qualiûe à la fois comme le plus remarquable de tous les écrits du marquis de Mirabeau et aussi comme le plus long, le plus lourd, le plus diffus et le plus touffu, à tel point que « dans chaque génération, un citoyen courageux devrait le lire pour en dispenser tous les autres » (4).
(1) In Œuvres de Quesnay, p. XXII .
(2) Paul Janet, Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale^ t. II, p. 637. Paris, 1887.
(3) Edmond Rousse, Mirabeau, p. 22, Paris, 1891.
(4) Nous citons ici VAmi des hommes simplement à titre d'exemple — peut-être le plus frappant — de l'engouement que le xviii* siècle
Sans doute, on ne fait pas une révolution avec des livres. Mais il n'en est pas moins vrai qu'il est des époques où, comprimée de toutes parts et privée de tout moyen d'action dans la pratique, la pensée politique se trouve forcément refoulée et concentrée dans le domaine de la théorie : les livres prennent alors une singulière importance. De nos jours encore, il en est ainsi, par exemple, pour la Russie. Tous ceux qui ont eu l'occasion d'observer de près la société russe ont été frappés par les discussions passionnées, les luttes ardentes qui s'y livrent au sujet d'un système philosophique, d'une doctrine sociale ou économique, etc. Pour expliquer ce penchant pour les idées abstraites, on n'a pas manqué naturellement de faire intervenir les particularités de la psychologie nationale, « l'âme slave ». Or, dans la France duxvin^ siècle, plus encore que dans la Russie au début du xx« siècle, les livres étaient des événements. Us pouvaient incontestablement servir alors à quelque chose de plus et de mieux qu'à créer une école : ils façonnaient l'opinion publique.
Ce n'est pas sans raison que M. Maxime Kovalevsky a
avait pour les livres de ce genre. Mais il n'est pas inutile de rappeler que, paru en 1756, cet ouvrage né se rattache point à la doctrine physiocratique : « Je n'étais pas plus économiste que mon chat » — écrivait en 1778 le marquis de Mirabeau à son ami, l'économiste italien Longo — « quand la force du tempérament, comme disait le vénérable Quesnay, me fit écrire VAmi des hommes ». Ce fut seulement après la publication de ce livre, et précisément à l'occasion même de cette publication, que Mirabeau se lia avec Quesnay, dont il devint le disciple le plus ardent. L. de Loménie (Les Mirabeau, t. II, p. 135-137. Paris, 1879) a montré comment une édition ultérieure de l'Ami des hommes, parue en 1760 et dans laquelle figurait, entre autres morceaux ajoutés, un commentaire du Tableau économique de Quesnay, avait induit en erreur de nombreux écrivains et même des historiens de l'économie politique, notamment Blanqui, qui présentaient VAim des hommes comme ayant été écrit sous l'inspiration de Quesnay.
Gheinisse 2
fait, dans son excellent ouvrage sur les Origines delà démocratie contemporaine ^ une place importante à l'analyse des doctrines économiques des physiocrates. C'est que; comme l'a judicieusement remarqué le professeur russe, le système physiocratique était devenu le credo économique d'un grand nombre de personnes, qui prirent une part directe à la rédaction des cahiers de 1789, ainsi qu'à la rédaction de ces lois par lesquelles la Constituante a fait, parallèlement à la révolution politique, une révolution sociale. Sous ce rapport, l'influence des physiocrates est, aux yeux de M. Kovalevsky, tout autant incontestable que celle de Montesquieu et de Rousseau dans le domaine politique. « La théorie du produit net a laissé sa trace dans les cahiers, tout comme les théories du contrat social et de la séparation des pouvoirs. H y a plus : elle a déterminé les décrets du 4 août et le contenu d'un grand nombre d'articles de la Déclaration des droits, dans la même mesure que le Contrat social et Y Esprit des lois ont marqué leur empreinte sur la constitution de 1791 » (1).
Si, après avoir ainsi été très en vogue, les doctrines économiques des physiocrates ont pu être fortement discréditées par la critique défavorable et, en grande partie, injuste qu'en avait faite Adam Smith, elles ont été, depuis, mieux appréciées, à l'étranger, peut-être, plus qu'en France. Le mérite de Quesnay et de ses disciples a été hautement reconnu par Karl Marx et par Henry George entre autres. Le premier estimait que l'analyse du capital, telle qu'elle a été établie par les physiocrates, doit les faire considérer comme les véritables fondateurs de l'économie politique moderne, Adam Smith ayant, à cet égard, simplement « pris possession de l'héritage
(1) Maxime Kovalevsky, Les origines de la démocratie contemporaine, (en russe), 2* éd., 1. 1", III« partie, p. 6-7. Mosco«, 1899.
laissé par les physiocrates » (1). Quant à Henry George, il a dédié un de ses livres « à la mémoire de ces illustres Français d'il y a un siècle, Quesnay, Turgot, Mirabeau, Condorcet, Dupont et leurs amis qui, dans la nuit du despotisme, ont prédit les splendeurs de Père nouvelle », et il a écrit dans un autre de ses ouvrages : « Les économistes français du siècle dernier, et à leur tête Quesnay et Turgot, proposaient exactement ce que j'ai moi-même proposé, à savoir que toute imposition soit abolie sauf im impôt sur la valeur des terres » (2). Henry George avouait, tl est vrai, ne connaître la doctrine de Quesnay et de ses disciples que de seconde main, par l'intermédiaire des écrivains anglais (3), ce qui prouve combien peu était connue, il y a une trentaine
(1) « Die Analyse des Kapitals, innerhalb des bûrgerlichen Horizonts, gehôrtwesentlich den Physiokraten. Dies Verdienst ist es, das sie zu den eigentlichen Vatern der modernen CEkonomie macht... In diesen beiden Hauptpunkten bat A. Smith die Hinterlassenschaft der Physiokraten angetreten » (Karl Marx, Theorien ùber den Mehrwert, I" partie, p. 33-44, Stuttgard, 1905).
Marx aurait, sans doute, manifesté plus d'estime encore pour Quesnay, s'il avait su que celui-ci avait presque proclamé le principe de l'interprétation économique de l'histoire. En effet, dans une note au manuscrit du Mémoire sur V agriculture du marquis de Mirabeau, Quesnay a écrit que « l'étude des objets essentiels du gouvernement économique, envisagés dans leurs différents rapports, dans leurs différents effets » est la « clef de l'histoire des nations, rela livement à leur puissance, à leur succès, à leur prospérité, à leur gloire, à leur indigence, à leur abaissement, à leur décadence » (Weulersse, Manuscrits, p. 36-37.)
(2) « The French Economists of the last century, headed by Quesnay and Turgot, proposed just what l bave proposed, that ail taxation should be aboiishe save a tax upon the value of land » (Henry George, Progress and Poverty, p. 380, Londres, 1883).
(3) « I am only acquainted with the doctrines of Quesnay and bis disciples at second hand through the médium of the English writers ».
d'années à peine, même la partie économique proprement dite du système physiocratique. En 1888 encore, M. Oncken pouvait, dans la préface de son édition des Œuvres de Quesnay, trouver justifiée « la plainte que, malgré toute la bonne volonté, on ne peut se procurer aucune connaissance détaillée sur le système physiocratique, attendu que dans les courtes mentions qui en sont faites dans les manuels d'économie politique, on ne rencontre que des paradoxes sans pouvoir découvrir l'idée qui doit les relier » (p. m).
Depuis lors, les choses ont certainement changé, tout au moins en ce qui concerne les vues économiques des physiocrates : l'histoire des doctrines économiques faisant depuis 4895 l'objet, dans les Facultés de droit françaises, d'un cours spécial, le système physiocratique a pris, dans cet enseignement, la place d'honneur qu'il méritait à juste titre (1), car, quelque erroné que puisse paraître, à l'heure actuelle, ce système, on n'en est pas moins d'accord pour reconnaître qu'il marque la date de naissance de la science économique.
Le sort a. été infiniment moins favorable aux idées politiques des physiocrates. Ce qui est assez significatif à cet égard, c'est que, en publiant son recueil, Eugène Daire n'a pas cru devoir reproduire les vingt-six premiers chapitres de l'ouvrage de Le Mercier de la Rivière, les considérant comme « un assemblage très confus de dissertations tenant tout à la fois à l'ordre moral, à la politique et aux intérêts matériels de la société » (2).
Très diversement interprétées, même par les contempo-
(1) Voir notamment le vaste chapitre consacré par M. Gide aux Physiocrates dans VHistoire des doctrines économiques de Gh. Gide et Ch. Rist, Paris, 1909, et 2" éd., 1913.
(2) E. Daire, Op. cit., p. 436.
rains, les idées politiques professées par les « philosophes économistes » ont attiré sur eux les reproches les plus contradictoires. Ouvrez les Mémoires secrets de Bachaumont et vous y lirez, à la date de décembre 4767, ce qui suit : « Il s'est formé à Paris une nouvelle secte appelée les Economistes : ce sont des philosophes politiques, qui ont écrit sur les matières agraires ou d'administration intérieure. Ils se sont réunis et prétendent faire un corps de système qui doit renverser tous les principes reçus en fait de gouvernement et élever un nouvel ordre de choses » (i). Cette accusation devait prendre une forme plus précise après la Révolution : les économistes passaient alors pour responsables de ce grand cataclysme politique. Or, chose curieuse, on a maintes fois adressé aux physiocrates précisément le reproche contraire : leur théorie du « despotisme légal » les a souvent fait présenter comme des partisans de l'absolutisme pur et simple.
Il n'est pas ^ans intérêt de faire remarquer, à ce sujet, combien le sort des doctrines physiocratiques s'est ressenti de la terminologie prétentieuse qu'avaient adoptée les disciples de Quesnay et qui n'était pas toujours adéquate à leur pensée (2). C'est ainsi que, dans le domaine écono-
(1) Mémoires secrets de Bachaumont, de 1762 à i787. Nouvelle édition par J. Ràvenel, t. I«', p. 220, Paris, 1830.
(2) Le censeur des Ephémérides ne donnait pas un mauvais conseil aux physiocrates lorsque, plein de bienveillance à leur égard (il en était encore à ses débuts), il écrivait : « Vous devez parler au peuple, ne l'effrayez pas par des mots... Votre science ne peut être trop répandue, simplifiez-en le vocabulaire : on n'osera attaquer votre doctrine ; on cherchera à rendre vos expressions ridicules » {Ephém.,1110, t. I", p. 271-272). Deux mois plus tard, le même censeur se montrait moins paternel pour la revue des physiocrates et les exhortait « à résister à la tentation de critiquer » : « le bon-
mique, la dénomination' de « classe stérile » sous laquelle » ils désignaient tous les hommes occupés à des travaux autres que ceux de l'agriculture, a fait couler des flots d'encre : les physiocrates avaient beau répéter que ce vocable n'avait « rien de choquant », leurs adversaires n'en persistaient pas moins à s'en servir, et avec succès, comme d'une arme de guerre. En matière politique, les expressions de « despotisme légal » et de « despotisme personnel » , n'ont pas été moins préjudiciables aux physiocrates. Le Mercier de la Rivière avait beau assurer que « Euclide est un véritable despote » et que le despotisme « personnel et légal » est de la même nature que celui des vérités géométriques, qui, depuis des siècles, règne sans contradiction sur tous les peuples civilisés, le mot n'en impressionnait pas moins désagréablement. L'allure suspecte que gardait le mot despotisme, même affublé de l'adjectif légal, a certainement contribué pour beaucoup à dénaturer la pensée des physiocrates et à négliger l'étude de leurs théories politiques.
A en juger d'après le peu d'attention que l'on accorde généralement à ces théories, on serait porté à croire que contrairement à ce qui avait eu lieu pour leurs conceptions économiques, les vues politiques des physiocrates n'avaient produit aucune action sur les esprits au xviii^ siècle.
Rien ne serait, cependant, plus erroné que cette manière de voir. Dans le domaine politique aussi, les physiocrates ont exercé une influence très réelle sur leurs contemporains,
heur du citoyen », écrivait-il, « tient à sa confiance. On peut et l'on doit quelquefois avertir en secret ceux qui sont préposés à l'Administration ; mais on ne doit prêcher aux particuliers que leur propre réforme, et non celle de l'Etat » {Ephém.f 1770, t. III, p. 240).
et, si les idées de Montesquieu, de Rousseau, de Mably ont fini par triompher, il y eut un moment où, suivant l'expression du regretté professeur Esmein, « on put croire la victoire indécise entre les deux écoles » et où Mably, dans ses Doutes proposes aux philosophes économistes sur r ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques, s'adressait aux physiocrates « comme de puissance à puissance » (1).
On pourrait encore supposer — et nombre d'auteurs l'ont cru, en effet, — que, dans l'ensemble même du système physiocratique, les idées politiques ne tenaient qu'une place tout à fait secondaire et, en quelque sorte, accidentelle. C'est ainsi que Léonce de Lavergne a écrit : « La théorie du pouvoir absolu n'est ici qu'un accident de circonstance ; elle tranche avec le reste de la doctrine » (2).
On a même soutenu qu'en émettant leurs théories politiques, les physiocrates avaient simplement obéi à des considérations d'intérêt : ils auraient cherché de la sorte à flatter les monarques avec lesquels ils étaient en relations, à s'assurer ou à conserver leur protection. Cette opinion, quelque peu simpliste, a été réfutée, d'une manière péremptoire, par M. Schelle (3).
(1) A. Esmein, La science politiquô des physiocrates. Discours prononcé à la séance générale du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, le samedi 9 avril 1904. Paris, 1904.
(2) L. DB Lavergne, Les Economistes français du xvni» siècle, p. 73, Paris, 1870.
(3) G. Schelle, Dupont de Nemours et V école physiocratique, Paris, 1888. — Voir notamment p. 93-95, où l'auteur montre que, si Quesnay avait, un moment, cherché à mettre les]Ephémérides du citoyen sous la protection du Dauphin, cette démarche s'expliquait suffisamment par le besoin qu'éprouvaient les économistes d'avoir un appui contre les persécutions possibles des ministres de Louis XV,
Il importe surtout de faire ressortir un point dont on ne tient généralement pas assez compte ou que l'on méconnaît même complètement : en émettant leurs théories politiques, les physiocrates n'étaient rien moins que préoccupés de faire l'apologie de la monarchie existante. M. René Girard se trompe certainement, lorsqu'il écrit, à propos de l'ouvrage de M. Weulersse, que la théorie du despotisme légal « n'est pas autre chose, en effet, que la justification théorique de l'état existant » (1). Les physiocrates étaient à cet égard, fort loin de la politique de Bossuet, pour lequel l'idéal se confondait avec la réalité. Quesnay et ses disciples ne glorifient pas ce qui est : ils cherchent à dégager et à préciser ce qui devrait ètre^ ce qui serait conforme à !'« ordre naturel », que le fondateur de la doctrine qualifiait d' c< archétype des gouvernements » (2).
« De leur boulangerie, ils (les économistes) ont passé à la jurisprudence et aux lois. D'une main toute blanche encore de leur pâte et de leur mouture, ils se sont avisés de vouloir repétrir notre législation ; de derrière des meules bien ou
Choiseui et Maupeou : elle n'autorise nullement à dire que Quesnay et ses disciples aient fait plier leurs convictions devant leur ambition personnelle.
(J) René Girard, « Le mouvement physiocratique en France, à propos d'un ouvrage récent » {Revue de synthèse historique, octobre 1912, t. XXV-2, p. 206).
(2) Voir aussi La Rivière, p. 117 : « Je ne jette les yeux sur aucune nation, sur aucun siècle en particulier : je cherche à peindre les choses telles qu'elles doivent être essentiellement, sans consulter ce qu'elles sont ou ce qu'elles ont été, dans quelque pays que ce soit ».
C'est donc à tort que Daire {Op. cit., p. 437), qui avait jugé inutile de reproduire, dans son recueil, les vingt-six premiers chapitres de VOrdre naturel, affirmait que l'auteur y traça sa théorie de l'Ordre « avec une consciencieuse apologie du pouvoir absolu ».
mal repiquées, on a été fort surpris de voir sortir des Solons enfarinés, qui ont prétendu réformer toute la machine politique >' (i). C'est en ces termes que l'un des détracteurs les plus acharnés du système des physiocrates essayait de tourner en ridicule leurs conceptions politiques. Et il faut reconnaître que les faits semblaient donner à cette diatribe une apparence de raison. « Il suffit de rappeler », écrit M. Weulersse, « dans l'ordre de leur apparition les titres des ouvrages fondamentaux publiés par leur école, pour reconnaître que leur propagande a traversé une première phase, agricole, financière ou commerciale — économique en tout cas — avant d'atteindre celle que l'on peut appeler juridique, politique et philosophique. Lès articles Fermiers et Grains sont de 1756 et 1757 ; la Théorie de r impôt est de 1760 ; la Philosophie rurale de 1763 ; le Droiinaturel, seulement de 1765; et V Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, seulement de 1767 « (2).
Cependant, à étudier les choses de plus près, on s'aperçoit que les idées philosophiques qui devaient constituer la base de la doctrine politique des physiocrates leur étaient, en réalité, depuis longtemps familières. Nous n'irons pas jusqu'à prétendre, avec un des biographes du docteur Quesnay, que « la médecine devint le pont de communication dont ce génie créateur couvrit l'abîme qui séparait l'humble agriculture des hautes spéculations de la politique » (3). Mais, s'il est exact que le Droit naturel de Quesnay date
(1) LiNGUET, Réponse aux docteurs modernes, ou apologie pour l'auteur de la théorie des lois, et des lettres sur cette théorie, avec la réfutation du système des philosophes économistes, t. I", p. 9, Paris, 1771.
(2) G. Weulersse, Mouv. phys., t. II, p. 1.
(3)G.-H. DE Romance, Op. cit,, p. 33. —Voir aussi Quesnay, p. 85.
seulement de 1765, il n'en est pas moins vrai que la seconde édition de son Essai physique sur l'économie animale, publiée en 1747, fait une très large place à la psychologie et à la métaphysique, absentes de la première édition, et que, comme le reconnaît ailleurs M. Weulersse (1), le troisième volume de cet ouvrage contient déjà l'esquisse d'une théorie du droit naturel (2).
Or, ce que les physiocrates appelaient la « science nouvelle » avait justement pour base une notion fort ancienne, celle du droit naturel. Ainsi que le faisait spirituellement remarquer le censeur des Ephémérides, « Platon, Aristote, Gicéron, étaient avant eux et aussi bien qu'eux Economistes sur ce point » (3). A cela Dupont de Nemours avait, il est vrai, parfaitement raison d'objecter que les anciens avaient « ignoré presque la totalité des lois de la reproduction des subsistances et des richesses, et celles de leur distribution ». C'était là, en effet, le point essentiel : au droit naturel qui, jusque-là, ne renferma jamais qu'un très petit nombre de doctrines économiques (4), les physiocrates infusèrent un contenu nouveau. Mais précisément parce que leur économie
(1) G. Weulersse, Mouv. 'phys.f t. II, p. 48.
(2) Les lignes qu'on vient de lire étaient déjà depuis longtemps écrites, lorsque je pris connaissance de l'analyse du livre de M. Wèulerssb, publiée par M. A. Dubois (Revue d'histoire des doctrines économiques et sociales, 1912, n«» 2-3) : le savant professeur de Poitiers estime, lui aussi, qu'il n'est pas exact d'affirmer, comme le fait M. Weulersse, que « les principes philosophiques, sociaux ou politiques que les Economistes ont proclamés » l'ont été par eux seulement au moment même où leur « Ecole achevait de se constituer» et que « historiquement.., ils ne présentent qu'un développement secondaire du corps de doctrine primitif ». — Cf. Onckbn, in Œuvres de Quesnay, p. 747,[note 1.
(3) Ephém., 1770, t. I", p. 260.
(4) Cf. A. Dubois, « L'évolution de la notion de droit naturel an-
politique était bâtie, tout entière, sur cette notion du droit naturel, elle devait se rattacher étroitement, d'une part, à la philosophie morale et, d'autre part, au droit et à la politique. Ce n'est donc point par une vaine prétention, comme le leur reprochait méchamment « le Thersite des écrivailleurs de ce temps » (1), que les Economistes « ont passé de leur boulangerie à la jurisprudence et aux lois » : c'était par un véritable enchaînement logique que le système devait finalement prendre cette large envergure qui irritait tant ses détracteurs.
Il est possible de saisir, en quelque sorte, sur le fait cette extension de la pensée physiocratique au domaine de la politique. L'histoire du développement successif des Maximes générales du gouvernement économique d'un royaume agricole en fournit, en effet, une preuve remarquable. Déjà dans l'article Grains, paru, en 1757, dans le tome VII de V Encyclopédie, Quesnay avait groupé les points principaux en quatorze Maximes du gouvernement économique. Lorsque, après avoir été imprimées avec le Tableau économique et réimprimées dans VAmi des hommes de Mirabeau, ces maximes furent, ensuite, reproduites par Dupont de Nemours dans la Physiocralie (1768), leur nombre se trouva porté à trente (2), et, chose remarquable, celles des maximes qui sont venues s'ajouter ultérieurement touchent, pour la plupart, aux questions purement politiques. Il en est ainsi notamment pour les deux premières, dont l'une proclame la
térieurement aux physiocrates » {Revue d^histoire des doctrines économiques et sociales, 1908, n° 3).
(1) Le mot est du marquis de Mirabeau (Voir Discours à la rentr<^e des Assemblées économiques, reproduit par Weulersse, Manuscrits, p. 132).
(2) Cf. Oncken, in Œuvres de Quesnay f p. 329-330, note 1.
nécessité d'une autorité souveraine « unique et supérieure à tous les individus de la société et à toutes les entreprises injustes des intérêts particuliers », et dont l'autre demande « que la nation soit instruite des lois générales de Tordre qui constituent le gouvernement évidemment le plus parfait ».
Si, de nos jours, le qualificatif traditionnel d'économie ;?olitiqiie paraît plutôt gênant aux économistes (1), qui volontiers lui substitueraient et, parfois, lui substituent déjà celui d'économie sociale, les disciples de Quesnay estimaient, au contraire, que la science économique était étroitement unie à la politique. Voici en quels termes le rédacteur des Ephèmérides annonçait aux lecteurs que la censure de ce recueil périodique venait d'être confiée à Moreau : « Les objets de l'Economie politique, mettant les philosophes qui s'appliquent à cette science dans la nécessité de traiter souvent les plus importantes questions du droit public, Mgr le Chancelier a cru devoir confier l'examen et la censure de tous les Ecrits qui peuvent être publiés sur les matières auxquelles notre Recueil est destiné, à un magistrat livré par état à l'étude des lois, et qui s'est surtout appliqué à approfondir celles qui forment la constitution et composent le droit public des Etats » (2).
Le long avertissement que Ton trouve en tête du premier tome des Ephêmérides du citoyen pour l'année 1767 (ce fut précisément à partir de 1767 que ce recueil devint le journal officiel de l'Ecole) est, à cet égard, plus instructif encore : on y voit se dérouler, dans une vaste synthèse, un programme qui, partant des lois physiques formant l'ordre naturel le plus avantageux au genre humain, aboutit, par l'intermé-
(1) Ch. Gide, Op. cit., p. 1.
(2) Ephém., 1770, t. I« p. 253.
diaire des lois de l'ordre moral et de l'ordre social, à « Tenchaînement des causes et des effets qui constituent l'ordre politique, évidemment le plus avantageux possible aux Empires » (1).
L'étude de ces « grandes et sublimes questions », nous dit l'auteur de l'avertissement, fait l'objet des sciences morales et politiques, mais, quelques lignes plus loin, ces sciences se trouvent identifiées avec la Science Economique, qui paraît les englober toutes, de sorte que, dans les pages suivantes, on voit partout figurer la Science morale et politique au singulier. Unification qui s'imposait, en quelque sorte, puisque, comme l'assurait le même avertissement, « les connaissances politiques, trop longtemps incertaines, problématiques et arbitraires, paraissent enfin de nos jours former un corps de science exacte, indubitable, démonstrative, appuyée sur l'évidence... Une seule formule, moins mystérieuse que celle du fondateur de l'Empire chinois, mais non moins féconde, peint aux yeux étonnés, tous les principes de Y ordre social ou de \d, philosophie politique ». Cette formule magique était la physiocratie, le gouvernement de la nature : « ce système si fécond et si peu compliqué n'est que la naïve exposition de la Loi physique, du cours de la jiature et de sa révolution annuelle, uniforme et invariable, appliquée à V ordre politique des Empires ».
Près d'un demi-siècle s'était écoulé depuis la publication de cet avertissement, et Dupont de Nemours restait toujours fidèle à cette large conception de l'économie politique. Dans une de ses lettres à J.-B. Say, il reprochait à celui-ci d'avoir a trop rétréci la carrière de l'économie politique en ne la traitant que comme la science des richesses », alors qu'elle est
(1) Ephém,, 1767, t. I", p. 3-5.
la science du droit naturel, la scieiice des constitutions. « Vous avez cru, ajoutait-il, que notre large manière de considérer les gouvernements était h politique et non Y économie politique. Cette ibis vous n'avez point parlé français, quoique vous le sachiez très bien. L'usage de notre langue a borné le sens du mot isolé la politique aux relations diplomatiques ou guerrières envers les autres nations ou les autres souverains. C'est la science de Machiavel, du cardinal de Richelieu, de Bonaparte. Mais V économie politique est celle de la justice éclairée dans toutes les relations sociales intérieures et extérieures » (1).
Ainsi donc, pour peu que l'on remonte aux sources et que l'on envisage les choses comme elles se présentaient aux yeux des physiocrates eux-mêmes, on voit que, loin de constituer un élément secondaire et accidentel, les théories politiques faisaient partie intégrante du système physiocratique et y tenaient une place considérable.
Et, du reste, l'importance de ces théories dans l'ensemble de la physiocratie n'a pas toujours été méconnue. C'est ainsi que, dans son Cours de législation comparée, professé en 1865 au Collège de France, Laboulaye, consacrant une leçon au docteur Quesnay, n'hésitait pas à déclarer que celui-ci « a fondé du même coup et la politique et l'économie politique, deux sciences qui, à vrai dire, ont le même principe et le même objet ». D'après le célèbre publiciste, les Maximes générales du gouvernement économique forment tout un plan de gouvernement. « Les vérités qu'elles contiennent pourraient remplir un très gros volume, si l'on voulait les comparer à toutes les erreurs qui régnaient au moment où ces
(1) Dupont de Nemours, Correspondance avec J.-B. Say, in Physiocrates, éd. Daire, p. 397.
maximes ont paru. C'est un défi jeté au xvni» siècle, ou plutôt c'est la négation de toutes les idées du temps. Quesnay ouvre un monde nouveau » (1). Trente ans environ plus tard, Henry Michel, dans l'introduction de son livre sur l'idée de l'Etat, consacré à l'histoire des théories sociales et politiques en France depuis la Révolution, avait soin de faire remarquer que « les spéculations des Physiocrates appartiennent à la science politique, pour le moins autant qu'à la science économique » (2). Et, plus récemment, M. Henri Sée a écrit que «^ l'historien des idées politiques ne saurait négliger l'étude des économistes du xvni^ siècle. H ne faut pas oublier, en effet, que les idées économiques des physiocrates procèdent surtout de la conception générale qu'ils se font de la société » (3).
Les considérations que nous venons d'exposer nous paraissent amplement suffire à justifier l'objet de ce travail.
Sans doute, malgré le profond oubli dans lequel elles sont tombées, les idées politiques des physiocrates ont été plus d'une fois discutées. Mais, comme nous venons de le voir, elles ont été très diversement appréciées, à tel point que Quesnay et ses disciples ont pu être accablés des reproches les plus contradictoires.
Il se peut que cette discordance des appréciations tienne, dans une certaine mesure, aux contradictions que semble, à première vue, renfermer la doctrine physiocratique, contra"* dictions plus apparentes que réelles si l'on étudie les choses de près.
(1) Ed. Laboulaye, Cours de législation comparée au Collège de France. Leçon consacrée au docteur Quesnay {Revue des cours littéraires, 23 septembre 1865, p. 705).
(2) Henry Michel, Vidée de VEtat, p. 17, Paris, 1896.
(3) Henri Si^b, « Histoire des idées politiques en France au xvii® et xvm« siècles » [Revue de synthèse historiquCf 1903, t, VI, p. 234).
Il faut, d'autre part, tenir compte de ce fait que, sur le terrain politique, les physiocrates n'étaient pas tous et toujours liés par la parfaite communion d'idées qui caractérisait leurs principes économiques proprement dits. Un auteur allemand, M. Giintzberg (1) a même cru pouvoir distinguer, dans le développement du système pliysiocratique, deux périodes : une première, à laquelle appartiennent les œuvres de Quesnay, de Le Mercier de la Rivière, de Mirabeau et, en partie, celles de l'abbé Bandeau, ainsi que les premiers écrits de Dupont de Nemours, et où, tout en se préoccupant déjà de la meilleure forme de gouvernement, les physiocrates s'en tiennent encore aux principes généraux ; une seconde période (Turgot, Dupont de Nemours et Le Trosnej où, poussés par les circonstances, ils abordent les problèmes de politique pratique et où le despotisme légal fait progressivement place à des tendances plus radicales. Il convient, du reste, de noter que, dès 1904, Esmein avait signalé ce courant plus libéral de la physiocratie dans son instructive communication sur l'Assemblée Nationale proposée par Le Trosne (2).
Cependant, ces variations de la pensée physiocra tique sont loin de suffire à expliquer les jugements si discordants qui ont été portés sur les idées politiques des physiocrates. La vérité est que, si ces idées ont été assez souvent discutées,
(1) B. GûNTZBERG, « Die Gesellschafts und Staatslehie der Physiokraten » {Staats und vôlkerrechtliche Abhandhigen, 1907, t. VI, fasc. 3).
(2) A. EsMEiN, « L'Assemblée Nationale proposée par les physiocrates » {Séance et travaux de V Académie des sciences morales et politiques, séance du 2 juillet 1904, p. 396-417).
Il est regrettable que cet intéressant travail, tout comme le discours précité de Esmein, prononcé au Congrès des Sociétés savantes, aient échappé à Tattention de M. Giintzberg.
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elles ont, par contre, rarement été étudiées avec tout le soin, avec toute l'impartialité et aussi avec toute l'ampleur que comporte une pareille étude. On peut dire des écrits des physiocrates en général ce que le marquis de Mirabeau a dit des ouvrages sortis de la plume de Quesnay : ils doivent être étudiés plutôt que lus.
Gheinisse