‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 48 sur 90 · DE JERSEY A GUERNESEY · texte numérisé non relu

DE JERSEY A GUERNESEY

langue de Shakespeare règiie en souveraine maîtresse. Le vapeur longe toute la baie de Saint- Aubin, passe devant Noirmont et au large de Saint-Brelade, dont les maisons se montrent un instant couchées avec une grâce nonchalante au bord de la plus admirable des grèves, puis on range de près de hautes falaises d'un brun ocreux, perpendiculaires, sinistres, déchirées, trouées de cavernes à la base et, plus haut, creusées de carrières d*où Ton retire le granit : c'est le digne prélude du grand, du magique spectacle qui va s'offrir aux regards.

Bientôt, en effet, la pointe de La Moye doublée, on a devant soi les récifs de la Corbière, monstres marins dont les croupes s'allongent dans la mer, sans cesse battues par les vents et l'écume, chaussée pierreuse redoutable aux navires par les brouillards et les tempêtes.

A partir de la Corbière, le vapeur suit la côte occidentale de Jersey et successivement apparaissent la large baie de Saint-Ouen, échancrure sablonneuse, rivage plat et désolé, les beaux rochers et le petit port de pêche de TÉtac, et l'altier promontoire de Gros Nez, sauvage et dénudé, au sommet duquel branlent aux souffles des rafales, les débris informes d'un castel qui fut occupé par

Philippe de Carteret pendant la guerre des Deux Roses. C'est Textrémité nord-ouest de la grande île, et le cap est à peine dépassé que surgit du sein des flots, à droite, l'énorme muraille de Sercq, puis Guernesey se montre à gauche par sa côte sud, la plus pittoresque et la plus âpre : la grosse pointe dlcart, Touverture de la romantique baie du Moulin Huet se dessinent parfaitement; oh passe au pied de la pointe de Saint Martin, extrémité sud-est de Guernesey, et prolongement dans la mer d'une haute falaise tapissée d'ajoncs et de bruyères. Le vapeur s'approche assez de la côte pour qu'on en saisisse les moindres détails. Ce ne sont d'abord que des rochers, et c'est à peine si quelque panache de fumée montant dans le ciel avertit que l'île est habitée; mais, quelques tours d'hélice encore, et la vie apparaît intense dès la charmante baie de Fermain, que dominent les murs et les créneaux de l'imposant fort George. Du sommet des coteaux à la rive baignée par le flot, les maisons s'accrochent aux collines, les jardins cultivés revêtent les pentes, les toits des serres rutilent au soleil, si nombreux que l'île en prend l'aspect d'un rocher vitré. Le vapeur double la pointe des Terres; c'est un coup de théâtre, une fantasmagorie : un grand amphithéâtre de hautes

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