SCÈNE X
Les Mêmes, MAURICE.*
MAURICE-
Ah ! moucher... Vous voilà, madame, c’est au mieux.
Je vais vous régaler d’un trait fort curieux.
Pent-on nous ménager des surprises pareilles ?
Pour moi, je n’en crois plus mes yeux ni mes oreilles. Fernande qui redoute et déteste les sots,
Quj leur répond à peine ou leur dit quatre mots,
Fernande qui jadis se serait fait scrupule D’accepter dans un bal un danseur ridicule,
Fernande enfin, Fernande écoute cet Edgard,
L'admire, l’applaudit! Je passais par hasard,
Dans la salle à manger, je le trouve avec elle Ainsi qu’un tourtereau près de sa tourterelle.
Un tel égarement peut-il s’imaginer?
Elle était occupée à le faire dîner.
J’espérais néanmoins qu’une fois hors de table.
Elle aurait pris un ton un peu plus convenable.
Mais bah ! cela n’a fait que croître, et l’on s’est mis A rire, à chuchoter comme de vieux amis.
Nous étions dans le parc, je marchais près d’eux ; elle Semblait ne pas me voir et riait de plus belle.
L’Edgard se prélassait émerveillé, joyeux.
II riait aux éclats; moi j’étais furieux,
Et j’ai dû, jugeant bien ma présence inutile,
La laisser toute seule avec cet imbécile.
(U remonte vers le fond.)
* Valérie assise, Maurice, Lambert.
LAMBERT
Mon cher, je m'associe à ton étonnement,
Mais je n’aurais pas pris cela si vivement.
VALÉRIE, se levant et allant à lui.
Je ne crois pas, monsieur, qu’ici, quoi qu’il arrive. Vous puissiez prendre rien d’une manière vive.
Je ne sens point de même et blâme, pour ma part, Tous les frais que Fernande a faits pour cet Edgard. Votre indulgence rend la chose encor plus grave. Quand on excuse trop une faute, on l’aggrave.
Vous lui donnez raison, et moi je vais d'abord Lui déclarer tout net que je lui donne tort.
(Elle sort par la droite.)