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MARIE-MADELEINE &. PELTRIE 115
bons enfants, tant en l’obéissance qu'elles me rendent, qu’en l'amour tendre et filial qu'elles me portent. J'étais chargée, durant la retraite de nos mères, de les faire prier Dieu, de leur faire réciter leur catéchisme, et de leur faire dire leur leçon ; je ressentais en faisant cette action une joie dans mon cœur qui ne se peut dire.
“ Leur ayant fait entendre que nos mères étaient avec Dieu, je leur fis garder un silence de huit jours qui m'étonna ; j'en venais plus aisément à bout que des Françaises. L'un de ces jours, ayant gardé le lit pendant la matinée, à cause d’une indisposition, comme je venais à passer dans leur chambre dans l'après-midi, ce furent des chères et des caresses qui ne sont pas croyables; elles s'écriaient ninque, ninque, ma mère, ma mère ; elle se jetaient à mon cou, si bien que j'eus de la peine à m'en défaire. Je vous confesse, mon cher père, que cela me ravit le cœur de voir un si grand naturel en des enfants sauvages ; aussi est-il vrai que si elles étaient mes propres enfants, je ne pourrais les aimer davantage.
“ Ayant été vous voir dernièrement à la résidence de St-Joseph, je laissais deux de mes enfants à la maison; elles ne firent que se lamenter en mon absence, on en trouva une tout éplorée en un petit coin s'écriant : daiar ninque daiar, venez, ma mère, venez; duiar, madame, venez, madame ; elle m’appelait tantôt d’une façon, tantôt d’une autre, pensant que je lui
répondrais plus tôt, Je ne vous parle pas des caresses qu'elles me firent à mon retour; du plus loin qu'elles m'aperçurent à travers la palissade, elles eussent volontiers sauté pardessus, pour venir À ma rencontre.
“J'ai commencé à leur montrer à travsiller à l'aiguille ; mais mon principal exercice est de les habiller, de les peigner, je ne suis pas capable de chose plus grande, Hélas, mon cher père, encore trop heureuse de leur rendre ce petit service.”
Ces soins et cet amour maternel de Mme de la Peltrie pour ses petites sauvages, et les instructions que les ursulines leur donnaient sur les vérités de la foi produisaient sur ces jeunes âmes des résultats surprenants. Une d'elles, une jeune Huronne, à qui on demandait si elle avait encore sa mère répondit : ‘“ Celle que j'ai en mon pays n’est plus ma mère, parce qu’elle ne croit pas en Dieu; c’est vous qui êtes mes vraies mères puisque vous m'instruisez.” La plupart ne s'inquiétaient plus de leurs parents ou de leurs proches ; leur préoccupation était de savoir si les habitants de leurs tribus ne désiraient point connaître le vrai Dieu, et s'ils n'avaient pas abandonné leurs danses et leurs diaboliques superstitions.
De tels résultats remplissaient le cœur de Mme de la Peltrie d’allégresse et de reconnaissance envers Dieu pour la faveur si grande qu'il lui avait faite en la choisissant comme la
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fondatrice de cette communauté, Aussi ne s'épargnait-elle en rien ; elle multipliait ses visites aux sauvages, voulant gagner leur cœur par sa bienveillance et par sa charité, leur parlant par ses gestes, par ses yeux, par ses exemples, ne pouvant leur parler en leur langue ; rien ne la rebutait de ce qui pouvait faire avancer cette conversion à laquelle elle s'était vouée,
Le 21 novembre de l’année 1642, les ursulines purent quitter leur premier logement pour aller s'établir à Québec, à 100 pas environ du fort. Leur maison était grande, solidement construite à chaux et à sable ; une source qu'on découvrit en creusant les fondations leur rendit de grands services. Le nombre des petites filles sauvages tant pensionnaires que passagères s'était bien accru depuis le début, de même que le nombre des petites françaises qui venaient se faire instruire. Les sauvages, hommes et femrues, visitaient eux aussi en plus grande quantité les religieuses pour leur demander des secours et en recevoir l'instruction. Alors le parloir de la communauté servait de classe ; c'est là qu'on iustruisait ces visiteurs et qu’on leur faisait réciter des prières. Plusieurs choisissaient pour leurs visites le moment où les enfants faisaient leurs prières ou leur examen, et se joignaient à leurs dévotions. Après ces exercices, les ursulines étaient bien souvent obligées de donner à manger à ces sauvages ;
de là pour elles de grands frais et de grandes dépenses dont leur charité se réjouissait.
Mme de la Peltrie quitta Québec pour accompagner M. de Maisonneuve, lorsqu'il se rendait pour la première fois à Montréal ; elle s'y trouvait encore au moment où M. de Maisonneuve alla planter la Croix à la montagne. Pendant la sainte messe qui fut célébrée à cet endroit par le R. P. du Perron, Mme de la Peltrie fut la première communiante. À son retour, elle fut reçue par ses chères enfants avec des transports de joie, qui prouvaient bien qu’elles la regardaient comme une vraie mère qui leur avait toujours prodigué les trésors de son affection. Ces petites filles étaient d'ailleurs excessivement reconnaissantes pour tous ceux qui leur faisaient du bien; et elles témoignaient cette reconnaissance par une grande constance à prier pour eux. Ainsi une jeune enfant ne manqua pas une seule fois pendant trois ans de prier Dieu à la sainte communion our Mme de la Peitrie.
Deux nouvelles ursulines arrivant de France en 1644, et devant débarquer à Tadoussac, Mme de la Peltrie se rendit au-devant d'elles, étant très désireuse de voir la ferveur des néophytes qui se trouvaient à cet endroit. Elle
eut le bonheur d’être la marraine de quelques-
uns.
Ces néophytes se faisaient remarquer par leurs sentiments de piété et par la ferveur de
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leur dévotion. Le matin, ils allaient entendre la sainte messe et, le soir, on les rappelait pour leur faire dire quelques prières, notamment le chapelet. “ Le P. Dequen les faisait réciter très posément, et, à chaque dizaine, leur faisait chanter un cantique spirituel, si bien que cela tirant en longueur, il voulut se contenter de leur en faire aire la moitié, de peur de les dégoûter, mais ces bonnes gens, s’en apercevant, s’écrièrent : “ Il semble que nous ne soyons chrétiens qu’à demi ; disons tout, mon père, ne servons pas Dieu à demi. ” Comme cette dévotion était très agréable à ces sauvages, elle se communiquait jusqu'aux plus petits enfants, qui, voyant quelquefois leurs parents sortir de leurs cabanes sans leurs chapelets, leur criaient de ne pas l'oublier, s'ils allaient à la maison de prière.”