DERNIÈRES ANNÉES DE MME DE LA PELTRIE AU COUVENT DES URSULINES
Revenue à Québec, Mme de la Peltrie se retira dans la communauté, où elle vécut jusqu'à sa mort de ia vie religieuse de ses chères sœurs. Elle était si exacte à la règle qu'elle prévenait ses compagnes en tout ce qui concernait la vie religieuse. " Lorsque la supérieure
ordonnait quelque chose à la communauté, elle était toujours la première à l'exécuter, animant ainsi tout le monde par sa promptitude à obéir, et l'on a remarqué que les observances régulières n'étaient jamais mieux, ni plus ponctuellement gardées, que lorsqu'elle avait soin de la cloche. "
Quoique d'une très grande condition, et quoique pendant sa vie déjeune fille et d'épouse, elle eut été en contact journalier avec les plus grands personnages de sa province, elle était d'une humilité extrême. Elle désirait surtout remplir dans la communauté les offices les plus bas : bala}^er la maison, laver la vaisselle, soigner les malades ; et elle s'acquittait de ces offices avec une quiétude et une charité remarquables. Partout, et au réfectoire, et au chœur et à la communion, elle prenait la dernière place. Elle était même peinée quand on l'appelait fondatrice de la communauté.
Tous les mérites, toutes les vertus qui apparaissaient en Mme de la Peltrie firent de sa vie le plus édifiant exemple pour tous. Elle avait une telle affection pour les pauvres, par respect et amour de la pauvreté de N.-Seigneur qu'elle aurait toujours voulu en être entourée, et qu'elle se dépouillait pour eux de ses meilleurs vêtements, ne gardant pour elle que des habits rapiécés.
Ne croyant jamais avoir assez fait pour l'amour de Dieu, elle se livrait à des pénitences et à des mortifications, qu'un corps robuste aurait eu
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de la peine à supporter quoiqu'elle fut d'une complexion fort délicate et sujette à des infirmités presque continuelles. C'était surtout lorsqu'elle apprenait qu'une âme était en grand péril de se perdre qu'elle multipliait pour la sauver ses austérités et ses prières.
Pendant les dix-huit dernières années de sa vie, Mme de la Peltrie remplit l'office de lingère de la communauté. Dans cette modeste charge, elle déploya les deux vertus qui lui avaient été chères dès son enfance : là charité et la miséricorde. Car elle donnait volontiers plus qu'on ne lui demandait avec tant de bonne grâce et tant de bonté qu'elle faisait mille excuses si les choses qu'elle donnait, n'étaient pas aussi commodes qu'on l'aurait désiré.
Enfin cette âme si pieuse, qui n'avait jamais brûlé que de l'amour de Dieu, allait recevoir sa récompense. Cette femme, qui, pour gagner à son Dieu des âmes idolâtres, s'était sacrifiée, corps et biens, à la conversion des sauvages de la Nouvelle-France, qui avait fondé à Québec cette communauté des ursulines, où elle s'était si largement dépensée, qui s'était empressée de se rendre à Montréal lorsqu'elle avait su que de nombreux sauvages y étaient rassemblés pour tâcher de les convertir, qui ne croyant jamais avoir assez fait, voulait encore aller plus loin, à trois cents lieues de Québec parmi les Hurons pour enseigner à ces nombreuses peuplades, qu'il y a un Dieu, un paradis, un enfer,un Jésus-
Christ crucifié pour l'amour et le salut de tous les hommes ; cette femme, cette pieuse Mme de la Peltrie, allait recevoir la récompense après laquelle elle soupirait depuis si longtemps. Dieu la rappelait à lui.