‹ Les ImmoralitésChapitre 11 sur 28 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

BENJAMIN , M--^ DURAND , en toilette élégante.

M""' DUHAND , à pari.

Yoilà notre amoureux : poiu- lui donner une idée de mon

talent , abordons-le par mon rôle de lu Mère et la Fille. Ca hii

fera plaisir.

( Elle fait des mines comme quclfju'un qui ropèle tout bas. )

BENJAMIN

Ah ça ! elle me fait des yeux étonnans. {Saluant.) Madame...

W^" DURAND , à part.

Il n'a pas trop l'air d'un séducteur ! mais il faut passer sur le physique.. . ( Prenant un air de comédienne.) Vous voilà donc arrivé , monsieur !

BENJAMIN

Comme vous voyez , madame.

W^^ DURAND , continuant.

Je sais ce qui vous amène , vous venez demander ma fille en mariage.

BENJAMIN

C'est une affaire convenue. .. si elle me plaît , si je lui plais , si...

jyjme DURAND , naturellement.

Ce n'est pas cela que vous devez dire.

BENJAMIN

Pardon , madame , on dit ce qu'on peut.

M"'*' DURAND , à part. Il ne sait pas du tout son rôle. {Haut.) Allons , je vais vous tirer d'embarras, regardez-moi... d'un air aimable... Ne savez-vous pas que c'est moi qui dois vous plaire. BENJAMIN , nuïçement.

Plaît-il?

M'"*' DURAND

Oui. Vous épouserez ma fille ; mais il faut que vous m'aimiez.

BENJAMIN

Voilà une idée neuve !

M™^ DURAND

Ne connaissez-vous pas la Mère et la Fille F

BENJAMIN

Pas plus l'une que l'autre... j'arrive , et...

M'"^ DURAND

Alors ça ne m'étonne plus! c'est moi qui suis la mère... Je veux que vous soyez mon amant; mais il faut que mon mari ignore cette liaison. Je retarderai tant que je pourrai votre union avec ma fille , parce que vous sentez qu'une fennne qui est la maîtresse de son gendre , ça n'est pas de la plus grande moralité.

BENJAMIN

C'est révoltant !

M™^ DURAND

Aussi je vous demande le secret...

BE\ JA3ÏIX , indigné.

Fi donc !

M""^ DURAND

Est-ce que ce rôle-là ne vous convient pas ? BENJAMIN , irrité.

Non , madame . un rôle pareil ne convient pas à un jeune homme bien élevé, à un jeune homme qui a des sentimens et de la pudeur , et vous devriez rougir de me le proposer,

M"^ DURAND, naïvement.

Ah î ce n'est pas cela. Yous n'y êtes pas du tout. Tous prenez le contrepied des choses , vous devez être tendre , passionné , volcanique. Comment une femme vous fait ime déclaration d'amour , et voilà comme vous la recevez ! mais vous devez lui serrer la main , tomber à ses pieds , rouler des yeux , pousser des soupirs.

BENJAMIN, à part.

Quelle gaillarde î La bonne appelle ça une mère coquette ? elle aurait pu dire... davantage.

3jme DURAND.

Allons , jeune homme , voyons , animez-vous , du feu , du feu I

Air du Comte Ory : Quelle imposturel (Sauveur.)

Vous êt's sans atne , . Vous êt's sans flamme , Et, près d'un' femme, Comme un zéro !

Rien d'e'nerglque , De dramatique !

Quant au physique. . .

Vous n'êtes pas beau.

«F.TSJAMIN.

Vous , madam', vous n'êt's pas honnête.

]Mnie DURAND.

On n'est pas aussi froid que vous.

BENJAMIN

Vous venez vous j'ter à ma tête!

:\lins DURAND.

Vous d'vriez vous j'ter à mes g'noux,

BENJAMIN

Grand Dieu ! pour moi quelle aventure, Épouse perfide et parjure , Vous voulez que je fasse injure A l'époux que vous trahissez!

M"»' DURAND

Vous êtes trop neuf, je vous le jure ! BENJAIMIN.

Kl vous, vous n' r clés pas assez!

ENSEMBLK.

Vous èt's sans ame, elc.

BENJAMTN.

Vous êtes sans ame.

Malgré vot' flamme , Pour vous, madame,

Je s'rai zéro.

Voire critique ,

Trop fantastique ,

lîless' mon physique*.

Ça n'est pas beau !

(M™* Durand sort.)

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