‹ Les ImmoralitésChapitre 2 sur 28 · DURAND, M"- DURAND, LELIA , ELYINA , ALFRED · texte numérisé non relu

DURAND, M"- DURAND, LELIA , ELYINA , ALFRED

ADOLPHE

Aif\. de ia Clochette.

Nous voilà, oui , voilà La troupe tout entière !

Nous voilà, nous voilà, Toujours prêts à bien faire!

Nous voilà! nous voilà!

DURAND

Comme vous vous faites attendre ! Vous n'êtes donc pas , comme moi , entliousiastes de la comédie ?

M"'^ DURAIVD.

IMon clier mari , vous me la voyez jouer depuis que je vous connais.

ELVINA .

Moi , mon papa , je sais par cœur toutes les innocentes du boulevart : il n'y a pas une jeune personne malheureuse et persécutée, à l'Ambigu ou à la Gaîté, dont je n'aie fait les gestes et récité les tirades.

LELIA

Pouvez-vous, mon frère , m'accuser d'indifférence , quand je me suis mis sur l'estomac Lucrèce Borgia , Marie Tudor, la Tour de Nesle , au risque d'en étouffer "?

ALFRED

Trouvez un étudiant en médecine qui dissèque aussi bien que

moi le rôle d'Alfred dans Angèie, celui de Jean dans rimpéra-^ trice et la Juive , et qui soit de ma force dans le brigand de VAuùerge des Adrets?

ADOLPHE

Et moi donc , mon oncle , pour un commis aux écritures , comme je joue les imbécilles î . . . On dirait que je le suis pour de bon.

Chacun a son petit talent ; il ne s'agit que de rester dans sou emploi : l'ambition perd tout le monde aujourd'hui.

Air : Voilà le Parnasse des dames.

On ne trouve une place bonne

Que dans les notaoililës ;

Bientôt nous n'aurons plus personne

Pour faire les utilite's.

On voit malnt'nant des gens bien drôles ,

Du ridicul' bravant les traits,

Qui veul'nt jouer les premiers rôles,

ï^t qui n' s' raient bien que dans les niais !

Nous voilà tous pour un mois à ma jolie maison de campagne de Beauséjour. J'abandonne pour ce tems mon service de garde national et mon magasin de papiers peints. Il faudra cueillir mes pommes, faire mes vendanges et jouer la comédie.

LE LIA

Mais , mon frère , est-ce que nous n'aurons pour nous applaudir , comme l'année dernière , que ces lourdauds de paysans qui ne comprenaient ri i\\ à notre j eu délirant , et aux crimes charmans dont nous leur avons donné la représentation?

ALFRED

Ce sont des sots, des ignorans qui n'ont pas l'idée de la nouvelle littérature , et qui sont très-scandalisés quand une fenmie empoisonne son époux, quand un amant assassine sa maîtresse , ou quand un mari jette sa femme par la fenêtre.

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