SCÈNE XXV
Les Mêmes, DUBREUIL , JOSEPH, Gendarmes.
DLBREUIL.
Soldats , gardez toutes les issues. Laissez entrer tout le monde et que personne ne sorte.
DURAAD.
Qu'est-ce que ça signifie ?
JOSEPH
C'est M. l'adjoint; c'est moi qui l'amène.
DUBREUIL
Que se passe-t-il donc ici, monsieur Durand? ce garçon vient ,1c me faire une déposition inconcevable.
DURAND
Comment , une déposition ?
BENJAMIN, à Dubreuil.
Si vous mettiez votie écharpe?
DUBREUIL
Soutenez -VOUS l'accusation portée par votre domestique contre les habitans de cette maison ?
BENJAMIN
Oui , magistrat.
Qui accusez-vous?
Tout le monde.
Précisez les faits?
DUBREUIL
BENJAMIN
DUBREUIL
BENJAMIN
Imaginez-vous , monsieur le maire , que tout à l'heure ce
jeune homme que voici me prenant pour un accoucheur ,
est venu me proposer de...
( 11 lui parle bas.) DUBREUIL.
Oh ! oh :
BENJAMIN , à Alfred.
Comment se porte le petit , l'a-t-on mis en nourrice ?
DURAND
Mais , ma femme , il y a donc un secret ?
BENJAMIN
Oui , il y a un secret : et votre femme a du le taire.
Ma femme adultère!
ALFRED
Monsieur , vous insultez ma mère.
LELIA
Ce grand jeune homme est un vil imposteur.
BENJAMIN
C'est bien à vous de parler. Magistrat , cette énorme criminelle a l'infernal projet d'assassiner son mari , pour épouser un cocher.
LELIA
Assassiner mon mari !... heureusement que je suis veuve !
ALFRED
Monsieur , vous msultez ma tante.
DUBREUIL
Est-ce tout?
r^es Immoralités. 3
BENJAMIN
Ah bien oui ! nous n'y sommes pas. Faites fouiller la maison, vous y trouverez un repaire de voleurs et d'assassins. Il faut faire empoigner toute la bande.
DLBREUIL.
Mais vous, monsieur , qui les accusez, qui êtes-vous?
BEXJAIIIX.
J'ai mon passeport en règle, je viens directeiuent de Quimperlé, et je me nomme Benjamin Des Orties.
TOUS
Des Orties !
DURWD.
Ah parbleu! c'est piquant î .. . (// appelle.) Ma fille ! ma fille ! viens donc vite !
ELYI\A , accourant.
Que voulez-vous , mon père ?
DURA\D
Ton prétendu est arrivé , le voici .
BENJAMIN , reculant.
Quoi ! c'est là ma prétendue ! ... le plus souvent que je l'épouserai, après ce que je sais.
ELYIA'A .
Maman , que sait-il donc ?
BENJAMIN
C'est ça, faites l'enfant encore.
ALFRED
Monsieur , vous insultez ma sœur.
j^jme DUR\]\D , la prenant dans ses bras. ]Ma clière Elvina.
BENJAMIN
Elvina? Tout à l'heure elle s'appelait Angèle.
Angèle! ah parbleu! je comprends tout, maintenant... Embvassons-nous , mon gendre.
BENJAMIN
Moi ! vous embrasser... hou ! Monsieur le magistrat, je renie cette famille. Recevez ma plainte ; je me porte partie civile.
DURAND
Tu vois , mon cher Dubreuil, d'où vient l'erreur de ce candide jeune homme. Ehl mon pauvre Benjamin, tu n'as pas compris que tout ce qui t'a effrayé n'était qu'un badinage.
BENJAMIN
Ah! vous badinez comme ça, vous autres î
ALFRED
Ah ! ça, franchement, pour qui nous preniez-vous donc?
BEXJAMI\ , naïvement.
Pour un tas de canailles !
DUBREUIL , riant.
Ah ! alî ! ah ! vous n'avez bien que ce que vous méritez, avec votre infâme répertoire.
Air : L'autre jour la petite Isabelle.
Dans ces pièces le vice brille; On y montre des scélérats; On y montre l'homme en guenille, La femme au crime ouvrant les bras ; On y montre d'horribles causes , Des effets plus vils et plus bas, Des renégats , Et des forçats Sur leurs grabats.
On y montre, en outrant les pauses ,
« Des juifs à qui on coupe le cou, des chrétiens qu'on fait rôtir, » des reines qui empoisonnent tout le monde , des rois bétes )► comme des pots , des mères qui tuent leurs enfans , des en- » fans amoureux de leurs mères , des pères qui volent sur le » grand chemin , une grande dame qui fait un crime , une >» demoiselle qui fait une faute , des femmes de toute espèce » qu'on séduit , qu'on poignarde et cœtera, »
A fore' de montrer tant de choses,
Je ne sais pas c'qu'on n'montrera pas!...
LÉLIA
Nous vous en montrerons bien d'autres.
BENJAMIN
Encore des immoralités ?