FRAGMENTS DE VITRES PEINTES EN GRISAILLE PAR JEAN COUSIN
Ces vitraux^ qui ont été détruits en 1683 par les ordres de M. de Vendôme^ ornaient^ dans le château d'Anet, la chambre à coucher de Diane de Poitiers.
Lenoir appôrte sans hésiter, avec une copie des vitraux eux-mêmes, le nom de leur auteur, l'époque de leur destruction, et jusqu'au lieu qu'ils occupèrent.
Mon illusion cessa enfin. En feuilletant le recueil des Grands Arabesques d*e Ducerceau, étant tombé sur une planche qui rappelait celle de Lenoir, je fis la comparaison des deux. Or qui voudrait le croire? Lenoir a copié trait pour trait cette planche de Ducerceau. C'est la 6^ dans le volume du Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale. Ses cinq morceaux, écartés par lui les uns des autres, sont seulement rapprochés dans l'original. Ce sont deux
LES VITRAUX d'aNET
plinthes, deux montants, et un panneau, qui fait le milieu.
Pourvu de ce document, tout doute devait cesser, et il devenait évident que toute cette histoire n'était composée que de deux pièces : le texte de Le Vieil, que Lenoir a cité, et cette planche des Grands Arabesques.
Admirez le génie qui les a rapprochés et la manière de travailler de Lenoir. Le Vieil, dont Touvrage ^ parut en 1744, a recueilli dans Anet une tradition que je ne conteste point, suivant laquelle le grand Dauphin reprochait au duc de Vendôme d'avoir fait oter les anciennes vitres de ce château. Ce témoignage suffît à Lenoir. Il y avait à Anet d'anciennes verrières ; voilà de quoi les retrouver. Ne serait-il pas étonnant que Ducerceau, qui a gravé tant de choses, n'eût pas gravé quelques-uns de ces morceaux-là? Ouvrons son livre, et voyons si là-dedans quelque planche ne pourrait passer pour une copie de vitraux. Justement un petit pan-
1. Description des AîHs et Métiers, t. IX la peinture sur verre.
Traité de
neau en hauteur, accolé de deux montants, s'y rencontre. Il est vrai que les plinthes s'expliquent mal. Mais savons-nous comment tout cela était fait? Puis un témoignage incontestable oblige de se fixer ici. Le panneau porte trois croissants enlacés. C'était le chiffre de Diane de Poitiers, partant une marque certaine que le morceau fut peint à Anet, et davantage dans la chambre même de Diane. Par qui? Faut-il le demander? Qui peignait alors toutes les vitres de France? Ici comme ailleurs, Jean Cousin. Et voilà l'inscription justifiée, hors ceci< que ces vitres étaient peintes en grisaille. Ce point-là reste une hypothèse.
Maintenant voici la mention que j'ai omise. A droite, tout en bas de la planche de Lenoir, on lit : a Gravé par Guyot », et en pendant, à gauche :
(( Dessiné par Lenoir en 1786, d'après un