‹ Les impostures de LenoirChapitre 2 sur 32 · En cinq articles, du 25 mars 4899 au 31 mars · texte numérisé non relu

En cinq articles, du 25 mars 4899 au 31 mars

touche ici les émaux prétendus du château de Madrid, n'a pas fait que le musée de Cluny n'ait conservé mention sur ses anciennes pancartes d'une origine reconnue fausse ; et nos ouvrages de vulgarisation, qui n'ont garde de devancer les bureaux, seront cause que le reste pareillement demeurera longtemps une nouveauté.

Après trois années écoulées, je ne trouve rien à changer ni dans ces pages, ni dans le titre, quoiqu'il m'ait valu des reproches ; qui tiennent d^une part à la prévention où l'on demeure à l'égard de Lenoir, de l'autre je crois à l'interprétation inexacte qu'on a faite. Ce titre ne signifie ni que Lenoir a menti, ni qu'on doive se servir pour le qualifier de l'adjectif à' imposteur . Ces termes n'ont guère de raison d'être en matière d'érudition, du personne n'a d'intérêt si grand qu'il y engage sa moralité. Il est des fraudes pourtant en cette matière, et des erreurs dont les auteurs ne se sont pas simplement trompés, mais ont su qu'ils trompaient les autres. J'eusse nommé fraude la mise au jour de textes et de documents faux ; je n'ai j)u nommer qu'imposture cette espèce d'improbité qui, faisant inventera Lenoir ce qu'il avance (travers commun à plusieurs antiquaires), fait qu'il omet en outre d'avertir qu'il invente, et met en fait

ses inventions. On trouvera dans ce qui suit des erreurs et des contradictions qui ne sont pas de telle espèce, qu'un auteur puisse y être trompé lui-même : de sorte qu'il ne saurait les soutenir que par une volonté plus ou moins enveloppée d'en imposer à la critique. Tous ceux qui voudront suivre le détail des articles avoueront que cette sorte de fausseté, aussi rare chez les érudits que le simple travers d'inventer est commun, n'a pas laissé d'être le fait de Lenoir, et méritait d'être nommée.

J'avoue au surplus que Lenoir était extrêmement ignorant, mais sans l'en excuser, comme je vois qu'on fait, sur l'ignorance universelle d'un siècle qui venait de produire Mariette et Walpole. On a sans doute ignoré beaucoup de choses avant Lenoir et de son temps, et aussi après lui ; mais ignorer et être ignorant sont deux, et je ne crois pas du tout la critique née d'hier, mais seulement, en ces matières, plusieurs documents, et l'abondance des recherches.

Ceci ne retire rien aux éloges que Lenoir a mérités d'ailleurs. Antiquaire ridicule et critique encombrant, Lenoir, par son action de directeur de musée, n'en a pas moins sauvé d'une destruction presque certaine de nombreux monuments inestimables pour l'histoire et pour l'édu-

cation du goût ^ En empêchant qu'on ne brisât le mausolée de Richelieu, il reçut un coup de baïonnette, dont chaque édition de ses catalogues mentionne qu'il porte encore la marque. Je le loue de ce coup de baïonnette, mais sans pouvoir m'expliquer par là le prestige qui, chez les érudits du siècle écoulé, s'est constamment attaché à son nom .

La critique de ce temps se l'est bien donné pour rnaître, en plusieurs points de l'histoire de l'art. Ce qui suit eh fournit des exemples. Il est vrai que la considération de son fils, tant qu'il vécut, a peut-être empêché qu'on jugeât Lenoir sans cqniplaisance. Mais ce qui paraît tout à fait incompréhensible, c'est l'estime en laquelle l'éminent M. Courajod l'a tenu. Un garant de cette importance eût même été capable de m'arrêter, si d'ailleurs il n'était certain que nulle part M. Courajod n'a justifié cette estime. C'est de la part de ce probe écrivain, s'il en fut, un des rares exemples d'affirmation à laquelle les preuves auront pianqué.

1. Sur le mérite, au moins partagé, de l'institution, V. Stein. Le peintre Doyen et Vorigine du musée des Monuments Français. Sociétés des Beaux-arts des Dépariements, an. 1888.

Aussi bien ce n'est point un plaidoyer que j'institue, mais de simples procès- verbaux. On trouvera dans cette série d'articles l'examen de plusieurs opinions que tout le monde tient pour accordées, et dont il est sûr qu'il n'y a pas •d'autre garant que Lenoir. Venant aux garants de Lenoir lui-même, j'ai trouvé qu'il s'en était passé : de sorte que ce sont autant de points à rayer des manuels, des cours et des catalogues. Cet examen se rendra utile de deux manières : et par les corrections qu'il apporte, et par le spectacle instructif de l'incroyable légèreté qui, <ihez le directeur des Monuments Français, présidait à cette sorte de décisions.

Ce double effet marquera suffisamment mon but, en établissant que ces pages n'ont point été •dictées par l'esprit de dénigrement, mais par un impartial souci des intérêts de la critique.

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