LE DIEU DU SILENCE ET SIX FEMMES
M. le marquis de canaple, M lle du fey, M lle PICAR, M 110 d'argengourt, M llos SOLAS
et GÉRAR
Pour le marquis de canaple
Je ne suis plus ce beau muet Dont le martyre trop secret
Rendit souvent la plainte vaine :
On n'entend plus que moi quand j'en veux étaler, Et mes yeux n'ont plus tant de peine Maintenant que je sais parler.
Vous qui me voyant sangloter, Ne daignastes jamais conter Ce qui témoignoit ma souffrance, Ne vous abusez pas ici du mauvais choix:
On me fait faire le silence, Lorsque j'ay recouvré la voix.
Pour M lle DU FEY
Sans trop parler, aisément je m'explique :
Ce que j'ay dans l'esprit, on l'apprend de mes yeux; Ils disent mes secrets à tous les envieux, Par un air tantost gai, tantost mélancolique ;
Ils ne manquent jamais un cœur,
Et leur feu se rendroit vainqueur
De la plus froide indifférence.
Qui ne m'en conte pas est mis au rang des sots,
Et le Dieu mesme du silence Ne sçauroit s'empescher de m'en dire deux mots.
PourM n * picar
Mes yeux savent avec adresse D'un esprit me rendre maistresse, Et sur les libertés faire mille complots ;
Ils font plus de mal qu'on ne pense, Et le Dieu mesme du silence En pourroit bien dire deux mots.
Pour M Uc d'àrgencourt
Peu de beautés à nous se peuvent égaler :
On ne nous sçauroit voir avec indifférence.
Si nous t'entrenons, pauvre Dieu du silence, Nous t'apprendrons bien à parler.
Pour M lle solas et M lIe gérar
Pour nous, le plus volage auroit de la constance : Nos yeux dans tous les cœurs sçavent mettre le feu.
Mais comme nous parlons fort peu, C'est assez nostre fait que le Dieu du silence.