L.BÉGULE où. ANÇONE
F1G. 91.— Ancien chancel conservé dans la crypte de la cathédrale d'Ancône.
Le chancel de gauche est également formé de quatre dalles divisées par des arcatures abritant sept personnages désignés par des inscriptions et traités par le même procédé. La première figure, à droite, est saint Cyriaque, premier évêque d’Ancône. Coiffé d’une mitre très basse, revêtu de la casula, il tient la crosse de la main gauche
et bénit de la droite. A la suite, les prophètes Habacuc et Jérémie, saint Jean l’Evangéliste tenant le livre de l'Évangile avec l'inscription : IN PRINCIPIO ERAT VERBUM.
Puis voici l'archange Gabriel avec la Salutation angélique gravée sur le fond : AVE MARIA GRA. PLENA, et la Vierge Marie, la tête enveloppée d’une ample étoffe retombant sur les épaules et timbrée d’une croix sur le front, conformément à l'iconographie gréco-byzantine. Sur le fond, derrière la figure, on lit : ECCE ANCILLA pi. Enfin, le roi David tient un sceptre très court, en forme de fleuron et un phylactère portant un verset de psaume (pl. VIN).
Ces figures sont assez grossièrement traitées. La mitre de saint Cyriaque est de la fin du xn° siècle. Elle permet de dater approximativement les plaques incrustées. Les ciments sont assez bien conservés, surtout dans les fonds des personnages de coloration
grise et dans les auréoles brun rouge imitant le porphyre. Mélangés de sable blanc, ils
sont très friables, malgré la résine qu'ils contiennent en forte proportion. De gros cabochons, dont les alvéoles se retrouvent dans la couronne de David, dans les fonds et sur les arcatures, ajoutaient leur éclat de gemmes à ce riche ensemble.
La crypte qui s'étend au-dessous du bras de croix méridional, transformée en musée lapidaire, renferme de nombreux fragments de sculpture provenant de l’église
primitive, entre autres un grand chancel de marbre incrusté de ciments et encastré dans la muraille (fig. 91). Il a, à n'en pas é N] douter, la même origine que 174 \ ceux de l’église supérieure et
x PONS ANT ne ; devait être placé dans le bras de
croix nord vis-à-vis des précédents. Il est divisé en trois panneaux, encadrés par une étroite bordure, contenant des animaux opposés et séparés par l’Arbre de vie persan aux rameaux allongés et aux floraisons irréelles.
Ce sont deux griffons, deux lièvres et deux guépards dévorant des agneaux. Le ciment des fonds est brun foncé et
L. B. phot. Parme, 1904. celui de la bordure brun rouge. Re PDO CODEN GUN PAST ER IN TE) Dans la bordure, comme dans q S a , €
Fragment d'ambon. Cathédrale de Parme.
les tiges et les feuillages, on constate l'emplacement de nombreux cabochons creusé plus profondément. Une inscription peu lisible accompagne le chancel au-dessus et au-dessous. Des estampages soigneusement exécutés nous permettent de donner de cette intéressante sculpture une scrupuleuse reproduction.
Sur la façade de l’église, à gauche du porche édifié au xur° siècle, on trouve encore, encastrées comme motif décoratif, sept pierres gravées et incrustées, analogues au chancel de l’intérieur. En raison des intempéries, les ciments de leurs incrustations sont tombés depuis longtemps. On peut distinguer l’Evangéliste saint Luc, un diacre thuriféraire, un évêque bénissant et une impératrice un sceptre à la main.
Dans la seconde moitié du x siècle, le procédé oriental de l’incrustation de ciment et de mastic, répandu d’abord sur le littoral italien de l’Adriatique, pénètre dans l’intérieur de la péninsule.
L'une des plus anciennes œuvres incrustées de l'Italie du Nord correspond au réveil
FiG. 03. — Eglise San-Miniato à Florence : façade incrustée de marbres.
de l’art de la sculpture au xu° siècle. C’est un bas-relief conservé dans une chapelle latérale de la cathédrale de Parme, représentant la Descente de Croix, daté de 1178 et signé du nom de Benedetto Antelami, peut-être le plus grand sculpteur d'Italie avant Nicolas de Pise : Anno milleno centeno septuageno octavo sculptor patravit mense secundo. Antelami dictus sculptor fuit bic Benedictus.
La composition est encadrée d’une frise de feuillages gravés et incrustés de mastics noirs, d'une dureté exceptionnelle (fig. 92). Pour l'élégance du dessin et la perfection du procédé, on peut comparer cette œuvre aux nielles florentins les plus délicats. Dans l’ornementation aussi bien que dans la sculpture, l'artiste semble s'être souvenu d'œuvres byzantines, tandis que l'influence française ne va pas tarder à se manifester dans ses compositions postérieures, telles que les trois portails du baptistère de Parme.
Mais c’est en réalité de la Toscane que part, au x‘ siècle, le grand mouvement de la rénovation de l’art en Italie, qui prendra son essor dès le milieu du xn avec Nicolas de Pise.
Parallèlement aux progrès de l'architecture, de la peinture et de la sculpture, la
L. B. ph. Barga, 1904 FiG. 94.— Ambon de Barga : face latérale.
décoration polychrome se développe enfin en Toscane et se manifeste principalement sous forme d’incrustations aux procédés multiples. Ce sont les mosaïques étoilées d’or, émaillées de cubes de porphyre et de smalts colorés, employées à Rome par les Cosmati pour décorer le mobilier des églises, ciboriums, ambons, colonnettes, et qui sont utilisées jusque dans la décoration des édifices. Ce sont les mosaïques de pavement en opus Alexandrinum de marbres précieux, employées simultanément avec les incrustations de ciments colorés.
Les façades se recouvrent d'applications de marbres multicolores, découpés,
incrustés les uns dans lesautres, comme celle de San-Miniato (fig.93), de la Badia, près de Fiesole, du baptistère de Florence, etc.
Les incrustations de ciments et de mastics colorés ne décorent pas seulement