IL A ÉTÉ TIRÉ A PART
EXEMPLAIRES SUR VELIN D ARCHES NUMÉROTÉS DE I A 3o.
Pourquoi j’ai écrit ce livre
Le K) février préludant sur la douce jliile de
VaUy par de brefs et plaisants récits, au touffu Bulletin de la Vie artistique quil devait publier quelques années plus tard, Félix Fénéon^ sans un sourire, sans colère aussi, épingla, dans un des catalogues de la Galerie Bernheim’ jeune, le rapprochement suivant : « Cette Société [la Société des Artistes indépendants) qui, à son trentième anniversaire, est ci la merci du Ministère de V Agriculture, nest pas sans quelque signification, puisque parmi ses exposants ont figuré, et nous en oublions d'importants, Angrand, Anquetin, Bonnard, Cézanne, Lucie Cousturier, Cross, Denis, Derain, Van Dongen, cVEspagnat, Flandrin, Forain, Van Gogh, Guillaumin, Henri-Matisse, Laprade, Marie Laurencin,Luce, Mangiiin, Marqué, Marquet, Mar val, Mettheij, Peské, Puy, Bedon K.-X. Boussel, Van Bysselberghe, de Segonzac, Searat, Signac, Toulouse-Lautrec, Vallotton, Valtat,
Vuillavd^ Lebasque, Vlaminck et les cubistes et les or puis tes.
« Dans ce même laps de trente ans, V Académie des Beaux-Arts décernait le premier grand prix de Rome, peinture, à MM. Pinta, Axilette, Lebayle, Danger, Tliys, Laurent, Devambez, Lavalley, Lavergne, Mitrecey, J. -A, Leroux, Déchenaud, Larée, Moulin, Gibert, Laparra, Roger, Sabatté, Jacciuot-Def rance, Sieffert, Guétiii, Monchablon, Roganeau, G. -P. Leroux, Billotey, Aubry, Lefeuvre, Bodard, Dupas, de Gastyne, Girodon. »
' De là, en citant tous les artistes que Fénéon a premièrement nommés, ceux-là et beaucoup cV autres venus ensuite, de là, à écrire enfin un livre sur les Indépendants, il néy avait vraiment quhtn pas, — et point unpas de clerc, certes ! Car , si les Indépendants que nous épinglerons à notre tour sur de belles feuilles blanches ne sont pas tous de brillants papillons de la peinture, tant s'en faut, on conviendra tout de même qu'ils sont plus rares, un d'entre eux piqué au hasard, c[ue le plus mirifique de ces grands prix de Rome, qui ont dû, je l'accorde, pour la plupart, culbuter dans de paisibles et mornes retraites, et enfin délestés des illusions qui putrident dans la Ville des Villes !
Aussi, écrire ce livre, c'est chercher un nouveau cric pour aider à soulever cette odieuse métairie de la rue Bonaparte, et la laisser ensuite retomber avec entrain dans le désir quelle ensevelisse sous ses ruines cent ans de sottise — et cette Villa Médicis, à Rome, qui est bien Vimmeuble le plus coûteusement
lÆS INDÉPE?<DANTS
vaiii qui soi/ ! Ctu\ cerlainement^ il n'y a nulle raison ealable pour quon en/relieiine sur notre poil les ridicules nigauds quiy là-bas^ se battent les flancs pour ne jamais nous donner une émotion et nous arracher un cri. Songez même qu'il y a au Pincio des dadais âgés de trente ans et plus; alors est-ce vraiment utile de maintenir au budget des Beaux-Arts le moindre crédit affecté à cette Villa de chapons? Et enfin., quel fastueux gala si l'on pouvait voir un jour l'Ecole des Beaux-Arts à Paris et V Académie de Erance éi Borne englouti/'., en s'effondrant, ces deux vieux danseurs : Luc-Olivier Merson de l'àge de fer blanc et Cormon de l'àge de plâtre!
Raison d’être
de la Société des Artistes Indépendants
Les Salons, avec jurys et distributions de récompenses, sous forme de médailles, de croix et de palmes, ayant, depuis le premier jour, témoigné, d’une manière irréfutable, de leur totale imbécillité, il était évident qu’un jour des artistes, las d’être battus par les artistes officiels des Salons, se révolteraient et fonderaient un Salon cette fois enfin, ah ! Dieu! sans jury et sans récompenses.
Car, en vérité, si Tolstoï ne reconnaissait pas aux hommes le droit de juger d’autres hommes, je me demande de quel droit des peintres s’arrogent le pouvoir d’accepter ou de refuser à un Salon des œuvres présentées par d’autres peintres.
Redire ici, du reste, les noms de certains peintres illustres refusés autrefois, alors que lesnoms composant les jurys sont aujourd’hui parfaitement oubliés, c’est chose inutile. Le plus niais des <c amateurs d’art )), comme les appelait le doux Jean Dolent, sait.
LES mnÉPENDANTS
là-dessus, à quoi s’en tenir. Mais, comme eette sottise ancestrale se perpétue, cette sottise de Jury indécrottable et indélogeable (se rappeler les ridicules manigances des Salons d'Automne, ces vieux jeunes Salons!) Tutilité du Salon des iVrtistes indépendants (ni jury ni récompenses) est plus évidente que jamais, n’est-ce pas? et il faut souhaiter qu’il vive le plus longtemps possible et le plus ardemment possible : — seule chance pour nous de découvrir un jour le nouveau génie que refuseraient les Salons officiels, y compris le vieux jeune Salon d’Automne. Et nouveau génie que là Providence nous doit bien, somme toute, après Cézanne, Van Gogh et Renoir.
Sans doute, sans doute, d’innocents huiliers et de pâles jeunes filles, déjournées hélas! de la prostitution par de mauvaises mères ou par la fâcheuse qualité de leur sang, sans doute, sans doute, des barbouilleurs tombés encore plus bas, si c’est possible, que les peintres des Salons officiels, ce qui n’est pas peu dire! — sans doute, sans doute, tous ces gens-là encombrent de leurs toiles les Salons des Indépendants — et le jury du vieux Salon d’Automne saurait, bien, lui, démêler le froment de l’ivraie! — eh bien, tant pis! Mieux vaut accepter cent mauvaises toiles, celles que vous supposez telles, (mauvaises toiles, hier, les œuvres de Renoir, Van Gogh, Seurat, Cézanne, etc., etc.) — mieux les Amut accepter, que de refuser une œuvre de génie. Et d’ailleurs, vous, jury, aous ne savez rien! Vous ne reconnaissez meme pas une œuvre fausse entre deux authentiques, toutes les trois
présentées ensemble. Souvent même, vous ne reconnaissez pas vos œuvres. On vous trompe aussi aisément que vous vous trompez vous-même ! Et les plus hauts en sont là! Peintres et sculpteurs, vous êtes tous sur votre labeur; et vos yeux ne distinguent rien. Rappelez-vous? Rodin, un jour, fit saisir comme fausse une de ses propres œuvres; et, un mois après, l’œuvre rachetée par lui, il déclarait à tout venant que c’était là une de ses plus belles sculptures (Histoire trop connue du bronze intitulé :
La Terre).
Sans chercher d’autres arguments — il y en a tellement d’autres? — le Salon des Indépendants a donc toutes les raisons d’exister; et nous avancerons même qu’il est le seul, le seul, qui vaille! Nous préférons, en effet, mille fois, des efforts ratés ou que l’on juge ratés à des sempiternelles redites, à des banalités épuisées par tous les regrattiers de Fhuile. Tenez, qu’est venu dire le Salon d’Automne, après les Salons officiels? A part quelques rétrospectives illustres : Cézanne, Renoir, Van Gogh, rétrospectives qui eussent pu être organisées aisément ailleurs — , il est devenu, ce Salon, un ramassis de vieux jeunes, un fonds de composts, un solde de « pannes » demi-officielles, de la liquidation de stocks invendables! Fier comme un pou sur un crâne d’évêque, il emprunte des tapis; il se fait courtier de publicité; il donne des concerts, des galas de littérature; et, de tout cela, que sort-il? S’il savait, seulement, ce vieux jeune Salon, présenter la peinture; s’il trouvait le moyen
de ne pas nous faire geler, nous, les visiteurs, nous, les éternels gobe-mouches, dans ces salles immenses, glacées, lugubres comme des vélodromes quand les coureurs et le public en sont absents. Si, enfin, il pouvait, ce vieux jeune Salon, nous émerveiller une seule fois! Mais il faut bien dire, au contraire, qu’il n’est pas autre chose que la mouture retapée, « mondanisée » du Salon des Indépendants. Il fait double emploi avec ce dernier, lui, au moins, toujours vrai jeune Salon. Tous les peintres notoires du vieux jeune Salon d’Automne, les Bonnard, les Matisse, les Rouault, les Van Dongen, les Puy, etc., etc., mais nous les connaissons depuis longtemps, bien avant celte ridicule invention du Salon d’Automne, bien faite, non seulement pour nous dégoûter peu à peu de la Peinture, mais encore pour nous infliger toutes les bronchites du monde !
Historique de la Société des Artistes Indépendants
« Au printemps de 1884 (je copie une lettre à moi adressée par Paul Signac), des affiches furent collées sur les murs de Paris : Groupe des Artistes Indépendants — Baraquement des Tuileries (entre les pavillons de Flore et de Marsan).
« Ce fut une ruée! A ce moment nulle exposition, nulle galerie, -nul marchand pour les jeunes peintres — Beaucoup de refusés du Salon (c’était de ce groupe qu’était parti le mouvement — Odilon Redon, Seurat, avec la significative Baignade — , Cross, avec un tableau sombre, — Angrand, Dubois- Pillet — , moi-même.
« Nous fûmes très mal placés. Au vernissage, ma toile « Quai d’Austerlitz » n’était pas accrochée. Je soudoyais un des garçons du buffet, et j’obtins de placer ma toile au-dessus des cafetières fumantes.
(( L’administration fut très fantaisiste ; il y avait des fonds assez considérables (cotisations et en-
tréès) — ; jamais les exposants ne purent obtenir des comptes.
Sur un carnet figuraient des dépenses de ce genre :
« 1 canne à pêche — 8 fr. 50
« Soudoyé un concierge — 5 francs.
« On fit une réunion présidée par Redon, qui à l’ouverture de la Séance se trompa et proclama : « Mesdames, Messieurs, la séance est levée! »
« C’est là que je fis connaissance de mon voisin : il s’appelait Seurat. Les membres du comité de ce groupe n’osèrent pas comparaître; et, à l’issue de cette séance, on décida de se transformer en : Société des Artistes indépendants, dont les statuts rédigés par Dubois-Pillet et par Jaudin furent déposés, le 11 Juin 1884, devant Maître Coursault, notaire à Montmorency.
(( La première exposition eut lieu la même année, en hiver, au Pavillon de la Ville de Paris, Ghamps- Élysées, au « bénéfice des Victimes du choléra! »
Complétons ces amusants souvenirs.
La naissance de la Société des Indépendants fut, en effet, très laborieuse. Une autre Société lui disputait ce titre : Les Indépendants] et, au printemps de 1884, ces deux groupes exposèrent au même moment, au même endroit, même entrée ; mais chacun de ces groupes avait son tourniquet.
A l’entrée du groupe qui devait former quelques mois plus tard la Société des Indépendants on avait affiché '. Exposition des Impressionnistes et, comme malgré cela, la foule ne savait quelle exposition
LES INDÉPENOANTS
choisir, on criait, des deux côtés, ainsi qu’à la foire : « C’est ici ([Lie se trouvent les meilleurs tableaux! » Enfin des exposants de la future Société des Indépendants se dévouèrent, entrèrent, sortirent, rentrèrent, ressortirent, firent la foule, s’interpellèrent à haute voix, exprimèrent leur joie d’avoir vu «tant de bons tableaux! » ; et la foule, entraînée, alors les suivit.
Les comptes furent singulièrement difficiles à apurer. Chacun avait sa note de frais et certains l’avaient « arrondie » san^ vergogne. M. Henri Jaudin fut l’homme, qui, après maintes et maintes discussions, mit de l’ordre dans ces drolatiques finances.
L’exposition de 1884, au mois de décembre, fut un désastre. La neige empêcha les visiteurs d’arriver à ce pavillon de la Ville de Paris, aux Ghamps-Élysées. On compta 138 exposants, parmi lesquels peuvent être cités : Bastien-Lepage, M’*® Bashkirtseff, Angrand, Cross, Dubois-Pillet, Jaudin, Guillaumin, Redon, Schuffenecker, Seurat, Signac et Valton.
Un comité, composé de onze membres, avait pour président le peintre Guinard, et pour vice-présidents : Dubois-Pillet et Odilon Redon.
En 1885, il n’y eut pas d’exposition de la Société des Artistes indépendants. Mais, en 1886, Georges Seurat offrit ses admirables tableaux : Un dimanche à la Grande-Jatte'^ le Bec du Hoc; La Rade de Grandcamp ; la Seine à Courbevoie^ etc., et Paul Signac y figura aussi avec un envoi important.
D’autre part, apparaissaient aussi les tableaux et
LES lîNDÉPENDÀr^TS
les titres qui devaient tant amuser plus tard les visiteurs de ces Salons. David Fuller, par exemple, né aux Etats-Unis — et demi-nègre ! — exposait ses premiers tableaux consacrés à ses chers Indiens; et un de ses tableaux portait la légende suivante :
(( Une partie de la prairie a été préservée du feu par les Indiens pour leur servir de retraite^ mais le vent a tourné et V espace réservé a pris feu^ chassant les cavaliers et leurs chevaux excités avec la rapidité de Véclair. (Souvenirs du Far-West.)
Et, de son côté, Serendat de Belzim exhibait :
Il pêche ! (Souvenir d'Enghien.)
Elle pêche! (Souvenir cVEnghien.)
En 1887, si le même Serendat de Belzim est désigné par Une douce pensée^ Frileuse, Diana, et Fantaisie! Georges Seurat envoie dix toiles et dessins; et l’on s’émerveille devant Le Phare F Ilonfleur, V embouchure de la Seine, Le pont de Courbevoie, La grève du Bas-Butin, etc. ; tandis que Paul Signac est honoré par une dizaine d’enviables toiles célébrant des paysages du Petit-Andely et de Glichy.
Une préface de feu Ernest Hoschedé consacra, en 1888, le succès des trois premières expositions des Indépendants. On lisait, depuis le premier jour, en tête du règlement de la Société : « La Société des Artistes indépendants, basée sur la suppression des jurys F admission, a pour but de permettre aux artistes de présenter librement leurs œuvres au jugement du public, » Sans doute, comme nous l’avons dit, cela permit à d’innocents rapins de se glisser
LES INDÉPENDAINTS
clans la Société; mais qu’importe? est-ce qu’un Salon comme celui de 1888, qui exposait encore dix toiles de Georges Seurat : Poseuses^ Parade de cirque^ Au Concert Européen y A la Gaité Rochechouart, Au Divan Japonais^ Forte Chanteuse, Dîneur, Lecture, Balayeur et Jeune fille, — n’était pas un spectacle de premier ordre? et comme si cela ne suffisait pas, n’avions-nous pas, cette même année, pour la première fois, les trois tableaux de l’extraordinaire Van Gogh : Romans parisiens, La butte MonP. martre et Derrière le Moidiiide la Galette'^
En 1889, succédant au peintre Honer, Valton est devenu Président de la Société, -avec, comme secrétaire, le sieur Contrepoids. ^
Fuller montre toujours ses Episodes de la vie du Far- West; Alphonse Osbert envoie La Brume du matin, avec des vers touchants; du reste, aux divers Salons des Indépendants, on abusera des vers :
La nymphe nonchalante Et epii rêvait d'amour S'éveille frissonnante Sous les baisers du jour.
Henri Rousseau est présent. Seurat expose trois paysages; Van Gogh, un paysage et un bouquet de fleurs; et, enfin, avec Signac, fidèle, c’est l’apparition de Toulouse-Lautrec, signalé par trois tableaux : Bal du Moulin de la Galette, Portrait de M. Four^ cade et Etude de Femme.
Les catalogues de la Société sont toujours très minces, en ces années-là. En 1889 : 120 exposants.
En 1890^ si un sieur François Broc présente quatre
tableaux: Le chaos; Non; Le g]' and problème; Oui; il y a Georges Seurat, avec Le Chahut. ; Jeune femme se poudrant; Port-en-Bessin un dimanche; Les Grues et la Percée; Temps gris Grande-Jatte ; Paul Alexis et Paul Sigiiac (même cadre), etc., etc. ; — il y a Sigiiac, avec neuf toiles de Cassis et de Portrieux; — il y a Toulouse-Lautrec, avec Le Dressage des Nouvelles^ par Vcdentin le Désossé [Moulin- Rouge) et Portrait de Dihau; il y a enfin
Vincent Van Gogh, avec dix toiles: Le Cyprès \ Paysage montagneux en Provence; Rue à Saint-Rémy; Les Alpines ; Promenade ci Arles; Miirier en automne; Sous-bois ; Lever de soleil en Provence; Les Tournesols; Verger cTolivier s en Provence.
En l’année 1891, Lautrec envoie neuf toiles : A la Mie; Portrait du jovial M. Dihau; En meublé; Portrait deM, G. R. ; Étude; En Meublé; Portrait du docteur R. ; Portrait de M. L. P, ; et Truc for live ; — et à la page 24 du catalogue, on lit ceci :
)) U assemblée générale dans sa séance du 3 novembre 1890 a décidé pour honorer la mémoire de Dubois -Pillet, membre fondateur de la Société, décédé le 11 aoilt 1890., de faire une exposition aussi complète que possible de ses œuvres.
64 tableaux : Portraits., paysages., natures mortes, furent accrochés.
Seurat, lui, est représenté par cinq toiles : Cirque; Le chenal de Gravelines : Grand fort Philippe ; Le chenal de Gravelines : Direction de la mer ; Le chenal de Gravelines : Petit fort Philippe; Le chenal de Gra-^ velines : Un soir.
LES IINDÉPENDAINTS
Vincent Van Gogh, mort en août 1890, a — hommage posthume, — dix tableaux: Cyprès-^ Rochers] Allée à Arles] Champs] Gerbes de blés] Roses ] Lever de soleil] Résurrection] Abricotiers en fleurs : Village (dernière escjuisse).
En 1892, on compta 261 exposants. François Broc montra : Hier] Aujourd’hui ; Demain] La Lorce; La Nuit; Le Jour ; Le Droit.
Le nommé Eljis Dufour olîrant Les feux follets les lit suivre de ces vers attendrissants :
Un soir, f avais douze ans à peine,
Egaré, couvert de sueur,
Je vois de loin cette lueur,
C'est la lampe de ma marraine.
Chez elle un gâteau m' attendant Je cours, je cours, Vclme ravie,
Un berger me crie imprudent La lumière par toi suivie Eclaire un bal de trépassés,
Ainsi devait s'user ma vie.
Follets dansez, dansez, dansez !
De son côté, Jean-Vital Guillof, présentant Les sœurs ennemies, écrit comme légende :
c( Voir le discours de Thiers sur le sort de l œuf de la Rèpublu[ue naissante.
Son ombre jointe ci celle de Lazare Carnot, célèbre organisateur, planent et regardent V œuvre s' accomplir glorieusement ! »
Puis c’est Henri-Rousseau, avec six toiles, dont Pline désigne Un centenaire de V [ndépendance.
« Le peuple danse autour des deux Républiques,
LES ÏNDÉEENDANTS
celle de 1102 et celle de 1892, se donnant la main sur V air de a Auprès demahlonde, qu il fait bon, fait bon, fait bon, etc, »
Georges Seurat, décédé en 1891, est représenté souverainement par 46 tableaux et dessins, presque tous prêtés par Madame Seurat et par des amateurs.
On put revoir, avec quel enthousiasme ! La Baignade (Salon de 1884); Un dimanche à la Grande- Jatte Parade de Cirque (1888) Esquisse du
(( Chahut » (1890); Cirque (1891) ; La Seine à Courbevoie (1885); Le pont de Courbevoie (1886); les paysages de Grandcamp (1885); ceux à'Honfleur (1886); ceux de Port-en-Bessin (1888); les paysages encore du Crotoy (1889); Le chenal de Gravelines (1890).
C’était cette même année que le peintre hollandais Toorop affichait un paysage : Marée Haute-, œuvre sage à côté des peintures hallucinées qu’il devait réaliser par la suite.
Lautrec, lui, était représenté par : La Goulue et sa sœur; La Goulue entre deux tours de valse-, La Goulue entrant au Moulin-Bouge; Celle qui se peigne, n°® let2; Femme brune et Affiche pour le Moulin- Bouge (2® état).
En 1893, le nombre des exposants augmentant on nomme une « commission de placement », dont le Président fut le peintre Eugène d’Argence.
Le peintre Alphonse Germain avait arboré ses Fssais de paysage psychique', paysages intitulés : Mélancolie, Sérénité, Réveil e vespérale!
llenri-Piousseau était signalé par cinq tableaux; Signac, par trois toiles, dont l’une s’intitulait :
Jeunes Provençales au pults\ Lautrec, par quatreenvois : Un coin du Moulin de la G alette \ Menu du dîner des Indépendants'^ Portrcdt de G, -H. Manuel'^ Portrait de M. Boileau', — tandis que le peintre danois Willunisen inaugurait la peinture à explications. Je cite tout au long :
1310 Forme ornementale inspirée par ce marronnier
dans toute la force de sa luxuriante verdure^ r ornementation se con tinue dans les anneaux de nacre que la pluie a formés sur le lac. « Le cadre est sculpté de façon à faire suite à la forme ornementale, les lignes des con^ tours deviennent peu à peu parallèles aux lignes droites des bords extérieurs de Vencadremenl.
« La partie au bas du tableau rouge et mouchetée de vert n est qu un contraste décoratif.
1311 « Image ornementale cherchant à produire un
sentiment de pression dans la nature, que fai faite la même pour les nuages et les arbres qui se trouvent dans la montagne sur laquelle croissent des marronniers.
« Dans ce tableau, Veffet cherché par Vuniforme couleur verte est de lier les feuilles aux arbres et les arbres à la forêt.
1312 « Un nouveau né qui a encore sa forme em-
bryonnaire (en céramique).
En 1894, le Président de la Commission de placement est le peintre Goubot, tandis que Vallon reste le Président de la Société.
La vieille INIadame Agathe Doutreleau d’Amsinck, née au château de la Vieuville (Ille-et-Yilaine) et qui, aux dîners d’autrefois des Indépendants (dont je parlerai plus loin) chantait de sa voix menue : « Tout le long^ le long du ruisseaul » a envoyé : La mendicité est interdite! — et Reine des prés et hirondelle! et Fuller est là avec ses Indiens :
Les Trappeurs poursuivis par les Indiens et Les indiens écoutent V approche de V ennemi!
Henri-Rousseau a exposé : La guerre!
[Elle passe effrayante^ laissant partout le désespoir^ les pleurs et la. ruine),
Lautrec est représenté par Alfred la Guigne.
1895. Le nombre des exposants se maintient stationnaire. Le peintre Goubot a été remplacé à la présidence de la Commission de placement par le paysagiste Pozier. D’ailleurs, cette Présidence changera de titulaire chaque année; et nous ne nommeroiiB plus les Présidents successifs. Valton, lui, est toujours à la tête de la Société.
Signac, Lautrec sont les exposants notoires. Le peintre Trouillebert (le Corot des Petits-ménages) s’est fourvoyé dans ce Salon, avec huit toiles; Portraits, paysages et Figures histori(jues.
En 1896, le peintre Julien Hervé, qui n’avait été jusqu’alors qu’un vulgaire peintre, débute, en coup de tonnerre, comme Maître de rExpressionnisme ! 11 exhibe : Dédaigneuse, Mignomiette, Stupeur , etc. ! ! Henri-Rousseau lui tient tête avec dix tableaux : Porh'aits et Paysages.
1897. Henri-Rousseau, avec dix toiles; Paul Signac,
avec dix toiles et aquarelles; Lautrec, avec sept envois (huiles et lithographies), composent l’intérêt de ce Salon.
En 1898, on ne se dérange encore que pour le Maître de l’expressionnisme, Julien Hervé : VAvare^ Déshonoré^ Buveur d' absinthe^ Portière! — pour Henri-Rousseau (cinq toiles) ; — et pour Signac (cinq envois).
1899. Le nombre des exposants a diminué. Le catalogue est tout menu. 203 envois, pas un de plus. Mais le dieu est là : Paul Cézanne, avec deux Natures mortes et un Paysage,
Fuller fait « traverser un fleuve en Amérique à des « Indiens fugitifs »; Julien-Hervé affiche : Pompette; Rôdeur ; Décoré; et Signac offre le Port de Marseille.
En 1900, 164 envois seulement.
En 1901, 1.012 envois, Paul Cézanne reparaît avec une Nature morte et un Paysage. James Ensor montre dix peintures et eaux-fortes : La mangeuse cVhuttres, N après-dîner a Ostende^ Les masques scandalisés^ Coquillages., Fleurs., Village de Mariakerke., Hop-Frog (eau-forte), etc.
Notre fidèle Julien-Hervé revient avec neuf toiles expressionnistes : Libertaire., Pompette., Décoré (encore!). Rôdeur^ Hargneux^ Effrontél etc., etc.
Mais le vif événement, ce sont les vastes, les immenses toiles apportées par le Comte Le Marcis, et qui représentent Dante et Virgile aux enfers \ succession de 36 toiles d’un labeur énorme, déconcertant. Il faudra sept salles, pas une de moins, pour accrocher un tel envoi !
M. Henri-Matisse a offert d’honnêtes croquis et de sages Natures mortes. Ce sont également les débuts, aux Indépendants, de Charles Guérin, de Laprade, de Marquet et de Yuillard. Puy avait exposé en 1900, et Bonnard dès 1891, en meme temps que Vallotton et Maurice Denis.
1902. On retrouve Bonnard, — Paul Cézanne (une Nature morte et deux Paysages), ^ — Maurice Denis, — Charles Guérin, — Laprade, — Lautrec, — Marquet, — Manguin, — M. Henri-Matisse, — Puy, — Henri-PLOusseau, — Signac, — Vallotton, — Vuillard.
En 1903, on compte 2.462 envois. Il y a de nombreux nouveaux venus. Mais la vieille garde demeure: Julien-Hervé, Henri-Rousseau, Cross, Angrand, Henri Jaudin, Luce, Petitjean, Signac, Valton, etc.
En 1904, 2.395 envois. Van Dongen montre des paysages de Hollande et de Montmartre.
1905. C’est le commencement de la cohue. 4.269 envois. Mais il y a deux spectacles considérables : les expositions rétrospectives Georges Seurat et Vincent Van Gogh. Voici les deux nomenclatures complètes des tableaux exposés :
Serre B (Aval-Alma)
Exposition rétrospective