Nature morte, pommes (peinture
Collection Viaud.
45 — Vue de Montmartre (peinture).
En 1906, 5.552 envois viennent encore s’entasser dans les Serres de la Ville de Paris, au Gours-la- Pieine. Aux peintres français se sont joints de nombreux peintres étrangers : Allemands, Autrichiens, Danois, Suisses, Suédois, Russes, Grocnlandais et Papous.
En 1907 : 5.406 envois.
En 1908 : 6.701 envois.
En 1909 : 1.703 envois.
Le vice-président Paul Signac remplace Vaiton à la Présidence du Comité .
En 1910 : 5.669 envois.
En 1911 : 6.745 envois.
On organise une exposition rétrospective du bon père Vaiton, décédé en 1910. 84 toiles, aquarelles et dessins. Des Figures, Paysages,, Natures mortes,, des Projets de décoration, e\c,,, etc.
En 1912 : 3.562 envois.
En 1913 : 3.368 envois.
Enfin, en 1914 : 3.626 envois.
Pendant les années de la guerre, il n’y eut aucune exposition régulière des Indépendants.
L’exposition qui eut lieu, en janvier-lévrier 1920, mar(|ua la reprise des expositions annuelles des Indépendants. Notre livre s’arrête au seuil dé cette 3D exposition.
Avant la guerre, l’admission aux Salons avait lieu sans présentation. La cotisation était de 1 fr. 25 par mois ; et le droit d’exposition était fixé à 10 francs. Le nombre des toiles à envoyer variait de 4 à 10, selon le local.
Les frais d’installation et de fonctionnement des Expositions (baraquement, installation intérieure, publicité, personnel) s’élevaient à peu près à 50.000 fr.
Les recettes (entrées, cotisations, 5 0/0 sur les ventes, on vendait de 50.000 à 75.000 francs de tableaux), produisaient environ 60.000 francs.
La guerre emporta avec elle le petit capital d’une vingtaine de mille francs que la Société avait constitué.
Si l’on veut bien maintenant jeter les yeux, à la fin de ce livre, sur le chapitre réservé aux emplacements successifs des Salons des Indépendants, on se rendra compte que cette Société d’artistes ne fut presque jamais, on peut le dire, dans un local bien .à elle.
Essentiellement nomade, on la vit errer des Tuileries aux Invalides, en passant par le Palais de Glace et la rue du Colisée. Ne la plaignons pas! C'était cela qui était partie de son vrai caractère.
Son vrai caractère !... Ali! aujourd’hui, elle n’a plus grand chose à perdre, l’ancienne vaillante Société des Indépendants, pour devenir tout à fait officielle!
Du jour, en effet, qu’elle laissa le bon Dujardin» Beaumetz faire chez elle des achats pour l’Etat, et y apporter des palmes académiques, ce fut la fin ! La fin que consommèrent bientôt la plupart des nouveaux venus et des exposants étrangers, avec leur mentalité de besaciers.
Autrefois, au contraire, les Indépendants étaient bien ignorés du monde officiel. Seul, le président Carnot les visitait, payant sa place au tourniquet, et se dérobant aux saints des Invalides qui tenaient, en ce temps-hà, les emplois de gardiens.
Je sais bien que cette année 1920, dure année d’après guerre, ne permit pas de construire des baraquements, même le prix de la cotisation et le droit d’exposition devenant fort élevés; mais, cependant, que l’on se range le moins possible aux côtés des autres Salons ; ou alors que le Comité supprime purement et simplement la Société des Indépendants. Ce serait, après tout, la foi étant morte à présent, une belle fin !
Rappelons-nous les anciens diners des Indépendants, quand le père Valton, et Luce, et beaucoup d’autres, entonnaient, chacun sa chanson. Je ne suis pas un nationaliste cà tous crins, — encore quhl y ait des revanches joliment acceptables! — mais, tout de même, je tiens certains peintres étrangers, pour de simples mufles ! L’admirable Mirbeau fut assurément très gentil en écrivant que ces gens-là
sont toujours courtois, désintéressés et magnanimes ; mais pourtant il fut quelquefois d’une jobarderie qui dépasse tout !... En particulier, demandez aux anciens Indépendants si, avant la guerre, la Société n’a pas eu un ramassis de métèques agités et vaniteux, et — je l’avoue aussi
— une cohue de ratés des Salons officiels; mais ça, c’est encore la faute à Dujardin-Beaumetz ! Car ce fut lui — et pas un autre! — qui attira ces derniers en leur criant : « J’achète, pour l’Etat, toute la toile, au plus haut prix ! »
Car, vraiment, quel préférable cas quand c’étaient les marchands Thomas et Le Barc de Boutteville qui achetaient!
Le père Thomas fut celui qui, installé alors au Boulevard Malesherbes, proposa le premier les toiles des Indépendants. Puis ce fut le tour de Le Barc de Boutteville!
Le Barc de Boutteville! Que de souvenirs évoque le nom de ce bon marchand, ce nom plutôt de gentilhomme bretteur au temps de Louis XIII, alors que le père Le Barc était un brave homme, très pacifique, prenant le train tous les soirs pour s’en retourner à Pierrefilte, où il vivait de courtes rentes gagnées dans le commerce des vieux tableaux.
Gomment était-il venu à la Peinture ultra-moderne, à la peinture des Indépendants? C’était Paul Vogler
— un peintre aujourd’hui bien désaxé ! — qui avait
LES 1NDÉPENDA^'TS
mis en tête du père Le Rare de ne vendre pour finir que de la peinture moderne. Vogler pensait ainsi placer commodément ses tableaux, en admettant à peine, de temps en temps, à côté de lui, des jeunes peintres à peine sortis de l’École. Mais il avait compté sans l’ardeur des Bonnard, des Vuillard, des Lautrec et de tous ceux, très nombreux, qui étaient plus forts que lui. Vogler fut débordé; et le père Le Barc ne présenta même jamais ses tableaux au public; tandis qu’il fît, coup sur coup, des expositions de la fleur, de l’écumage, si je puis ainsi dire, des Indépendants.
Et le pauvre père Le Barc y avait un réel mérite ; car, jusqu’à sa mort, il ne comprit rien aux choses, affolantes pour lui, qu’on lui apportait. Souvent, je l’ai surpris, gai, replet, dans son arrière-boutique, où il s’amusait, avec un coton, à dévernir un vieux <(truc», un vieux tableau ; c’était resté sa passion! Je le vois encore me demandant ce que je pensais vraiment de tout cela, de toute cette jeune peinture; et, assis, il écoutait avec angoisse ma réponse. Je souriais, et je l’encourageais, en ne quittant pas des yeux une décoration qu’il portait; et dont je n’ai jamais su la valeur; car ça tenait de la roulette de Monaco et de je ne sais quelle combinaison de deux ou trois rosettes étrangères!
Paris, bien entendu, se tordait devant les expositions du père Le Barc. Avec des tableaux prêtés par Tanguy, il présenta un jour Van Gogh; ce fut une explosion de rires. Le peintre danois Wilbimsen, que j’ai déjà cité, lui donna aussi l’occasion d’une de
ces expositions étonnantes, qui amusaient longuement les amateurs. Pauvre père Le Barc, il avait pourtant pensé à tout. Sur un panneau de sa boutique, n’avait-il pas fait peindre, pour qu’on les connût d’avance, les noms des peintres de sa maison'^ Et il l’appelait, sa maison, P « Exposition des peintres indépendants et symbolistes. »
Pour terminer ce chapitre, je dois mentionner que la Société des Indépendants fut deux fois en péril.
Une première fois, ce fut avant l’exposition de 1900. Pour essayer de trouver de l’argent à tout prix, on décida qu’on enverrait des tableaux à l’Hôtel des Ventes. Hélas! le résultat fut pitoyable. Une toile de Seurat monta à peine à 27 francs !
La seconde fois, ce fut en l’année 1901, la Société était à peine convalescente. Le comte Le Marcis, pour aider à placer ses vastes toiles [Dante et Virgile aux enfers) donna alors généreusement 2.000 francs, qui sauvèrent définitivement la Société.
Tendances, groupements et brefs commentaires consacrés aux seuls exposants dont on a retenu ou acclamé les noms
Comme à Texception de cinq ou six peintres, toute la jeune Peinture (peintres de vingt à soixantecinq ans) vient directement de Gézanneet desimpressionnistes; comme, à l’heure actuelle, on ne voit pas le jeune génie que l’on pourra un jour confronter avec Cézanne et avec Renoir; comme il faut encore dix ans, quinze ans, vingt ans peut-être pour instaurer une peinture nouvelle ; il est de toute nécessité de grouper par tendances, un peu artificiellement sans doute, les jeunes peintres qui, à Pheure actuelle, il faut bien le dire, clament, éperdument, chacun sa bonne parole, mais sans pouvoir se débarrasser complètement de la lourde chappe de Cézanne et de l’Impressionnisme.
Et, bien entendu, nous suivrons rigoureusement
pour les nomenclatures, l’ordre alphabétique ; — cette unique et merveilleuse panacée contre les accès épileptiques toujours cà redouter de la part des huiliers, officiels ou indépendants.
Tout d’abord, présentons :
Deux vieux Maîtres qui exposèrent aux Salons des Indépendants