I.e lac Katrme. [Page U
blanchissait à mesure que le soleil s'élevait au-dessus île Thorizon. Son regard s'y faisait graduellement. Puis, ses paupières se soulevèrent, et ses yeux s'imprégnèrent enfin de la lumière du jour.
La pieuse enfant tomba à genoux, s'écriant :
« Mon Dieu, que votre monde est beau ! »
La jeune tille baissa les yeux alors et regarda. A ses pieds se déroulait le panorama d'Edimbourg : les quartiers neufs et bien alignés de la nouvelle ville, l'amas confus des maisons et le réseau bizarre des rues de l'Auld-Kecky. Deux hauteurs dominaient cet ensemble, le château accroché à son rocher de basalte et Callon-Hill, portant sur sa croupe arrondie les ruines modernes d'un monu-
ment grec. De magnifiques routes plantées rayonnaient de la capitale à la campagne. Au nord, un bras de mer, le golfe de Fortli, entaillait profondément la côte, sur laquelle s'ouvrait le port de Leith. Au-dessus, en troisième plan, se dévelop|)ait l'harmonieux littoral du comté de Fife. Une voie, droite comme celle du Pirée, reliait à la mer cette Athènes du Nord. Vers l'ouest s'allongeaient les belles plages de Newhaven et de Porto-Bello, dont le sable teignait en jaune les premières lames du ressac. Au large, quelques chaloupes animaient les eaux du golfe, et deux ou trois steamers empanachaient le ciel d'un cône de fumée noire. Puis, au delà, verdoyait l'immense campagne. De modestes collines bossuaient çà et là la plaine. Au nord, les Lomond-Hills, dans l'ouest, le Ben- Lomond et le Ben-Ledi réverbéraient les rayons solaires, comme si des glaces éternelles en eussent tapissé les cimes.
Nell ne pouvait parler. Ses lèvres ne murmuraient que des mots vagues. Ses bras frémissaient . Sa tète était prise de vertiges. Un instant, ses forces l'abandonnèrent. Dans cet air si pur, devant ce spectacle sublime, elle se sentit tout à coup faiblir, et tomba sans connaissance dans les bras d'Harry, prêts à la recevoir.
Cette jeune fille, dont la vie s'était écoulée jusqu'alors dans les entrailles du massif terrestre, avait enfin contemplé ce qui constitue presque tout l'univers, tel que l'ont fait le Créateur et l'homme. Ses regards, après avoir plané sur la ville et sur la campagne, venaient de s'étendre, pour la première fois, sur l'immensité de la mer et l'infini du ciel.