‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 32 sur 43 · ARR · texte numérisé non relu

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l'emploi des liqueurs au moment de la morsure, peuvent opérer la guérison; je n’ai, toutefois, jamais vu ni l’un ni l’autre moyen employé, ‘et je soupçonne fort le dernier remède d’être une ruse indienne pour obtenir à tout prix des spiritueux.

11 juillet. — Beaucoup d’Indiens nous suivirent à cheval, à une grande distance le long du rivage. J'obtins un de leurs chevaux, et accompagné d’un Indien, je fis une pointe de sept à huit milles dans l’intéricur du pays, que je trouvai aussi aride et stérile que les bords de la rivière. Les sinuosités de son cours, que les bateaux devaient forcément suivre, me permirent de rejoindre mes compagnons plus loin; cette course à cheval , quoique peu intéressante au point de vue du paysage, me procura néanmoins une diversion agréable à la monotonie des bateaux. Comme nous approchions de l’endroit où la Walla-Walla débouche dans la Columbia, nous nous trouvâmes lout à coup en présence de deux rochers extraordinaires, s’élevant en saillie sur un cône à pic ou rempart d'environ sept cents pieds au-dessus du niveau de la rivière. Les voyageurs donnent à ces rochers le nom de Cheminées, et comme on les voit à une grande distance, ils servent de points de reconnaissance pour s'orienter.

Lés Indiens Walla-Wallas les appellent Rochers des filles Kiu-se. Voici la légende qu’ils racontent à leur sujet. Il faut se rappeler que toutes les tribus indiennes choisissent quelque animal auquel elles attribuent des pouvoirs surnaturels ou dans le langage du pays des pouvoirs mâgiques : la baleine, par exemple, sur la côte nord-ouest ; le Kee-ye, ou aigle belliqueux, le père du tonnerré, à l’est des montagnes Rocheuses, et le loup sur les bords de la rivière Columbia. Or, il arriva

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que le grand loup magicien de la rivière Columbia, . suivant la tradition des Walla-Wallas, le plus rusé et le plus habile des manitous, apprit qu’une grande sauterelle magique désolait tout le pays soumis à ses lois. Il résolut immédiatement de se mettre à sa recherche. Il s’avance donc jusque sur les bords de la rivière, et tombe bientôt sur l’objet de sa poursuite. Chacun de ces deux formidables manitous croit qu'il vaut mieux: recourir à la ruse pour triompher de son adversaire. Ïls commencent, en conséquence, à échanger entre eux des civilités; puis, afin de s’épouvanter réciproquement, ils se mettent à célébrer leurs exploits merveilleux et à énumérer tout ce qu’ils ont tué et mangé. La sauterelle dit au loup que la meilleure manière de prouver lequel des deux a le plus dévoré est que chacun vomît Je contenu de son estomac; celui qui vomirait le plus de poil, substance indigestible, montrerait par là qu’il avait dévoré le plus d'animaux, et obtiendrait l'avantage. Le loup y consent; ils commencent en conséquence avec de grands efforts à vomir tout ce qu’ils ont dans l'estomac. La sauterelle, dans les violentes secousses qu’elle se donne, ferme naturellement les yeux; le loup s’en aperçoit, et tira adroitement de son côté, sans être découvert, une grande partie de la portion de son adversaire. La sauterelle, voyant que la part du loup surpasse la sienne, abandonne la lutte, et propose au loup l'échange de lers chemises en signe d'amitié et de réconciliation. ‘: loup se rend à cette proposition, et demande à la sauterelle de commencer ; celle-ci refuse, et demande au loup la même faveur.

Le loup cède encore à cette exigence, et, se frappant la poitrine, fait soudain disparaître sa chemise. La sau-

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terelle, grandement étonnée, et ne possédant aucun charme par lequel elle puisse se débarrasser aussi vite de la sienne, est obligée de l’ôter de la manière ordinaire en la tirant par-dessus sa tête; le loup n'attend que ce moment, et, tandis que la sauterelle avait la tête et les bras embarrassés dans sa chemise, il la tue.

Le loup, délivré de sa bruyante et dangereuse rivale, se mit en marche pour retourner chez lui. En arrivant à une distance de quelques milles de la Walla-Wella, il vit trois belles filles Ki-use dont il devint éperdument amoureux; elles transportaient des pierres dans la rivière; elles voulaient fäire une cascade artificielle ou bien un rapide, afin de n’avoir qu’à se laisser glisser pour prendre le saumon. Le loup épie secrètement leurs opérations pendant le jour; à la nuit il se rend à la digue; là, il détruit entièrement leur ouvrage, malice qu’il répète pendant trois nuits consécutives. Le matin du quatrième jour, il voit les jeunes filles qui pleuraient, assises sur le rivage ; il s'approche et leur demande le motif de leurs larmes. Elles répondent qu’elles meurent de faim, parce qu’elles ne peuvent prendre aucun poisson, faute de digue. Maître loup leur propose de leur en construire une, à condition qu’elles veuillent bien devenir ses femmes; elles y consentent, aimant mieux cela plutôt que périr. Et on voit encore aujourd'hui une longue jetée de pierres qui traverse presque entièrement la rivière : c'est l'œuvre

du loup amoureux.

Pendant assez longtemps, il vécut heureux avec les trois sœurs (c’est une coutume très-fréquente parmi les Indiens d’épouser dans une famille le plus de sœurs qu’ils peuvent, sous prétexte que des sœurs s'accordent naturellement mieux entre elles que des étrangères);

mais à la fin il devint jaloux de ses femmes, et, par son pouvoir surnaturel, il changea deux d’entre elles en colonrss de basalte au midi de la rivière ; il se changea lui-même en un rocher qui ressemble un peu aux deux autres au nord, atin de pouvoir toujours les surveiller. Je demandai au narrateur ce que la troisième sœur était devenue. « N’avez-vous pas, me dit-il, remarqué en montant ici, une caverne? — Oui, lui répondis-je. — Eh bien! répliqua-t-il, c’est tout ce qui reste d’elle. »

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