DE LESPINOIS, SAINT-CLAIR, ARISTIDE, OLIVIER
ARISTIDE, an fond, à Olivier.
Je ne fais plus de façons avec vous, puisque vous êtes maintenant chez vous. A propos, vous ne m’avez pas dit comment vous trouviez notre local ?
OLIVIER
Mais, très-convenable.
ARISTIDE
N’est-ce pas, pour un pied -à-terre? A Paris, à notre Cercle de la Salamandre, nous sommes beaucoup mieux logés. OLIVIER, montrant la porte du fond.
Est-ce que celte porte reste toujours ouverte?
ARISTIDE
Les jours où il y a bal dans cet hôtel, nous entendons la musique, nous entrevoyons les danseuses, enfin, nous jouissons de tous les plaisirs de la fête, au frais, bien assis et sans kre foulés.
C’est très-bien imaginé ; et en temps ordinaire que fait-on ici? s’amuse- t-on ?
ARISTIDE
Ah ! mon cher, quel mot dites-vous là ? S’amuser? où s’amuse-t-on dans notre temps, je vous prie? entendez-vous quelqu’un de notre monde, s’écrier ; « Oh I que nous nous amuserons I • ou bien : * Dieu I que nous nous sommes amusés I » Jamais... on craindrait d'èlre pris pour un bourgeois qui va dîner sur l’herbe au bois de Meudon.
OLIVIER
C’est juste, vous avez parfaitement raison; quand je dirai des énormités comme celle-là, je vous prie de me reprendre.
ARISTIDE
Comptez sur moi. (Voyant Saint-Clair ctLespinois qui ae lèvent.) Ah 1 ces messieurs ont fini leur partie.
SAINT-CLAIR, s’approchant d'Olivier.
Décidément nos terribles statuts ne vous ont pas effrayé?
OLIVIER
Bien au contraire, ils m’ont séduit : ne jamais rendre de services, ne jamais souffrir qu’on vous en rende ; être, par devoir, continuellement en garde contre la générosité de son
caractère... mais c’est le bonlieur, messieurs, et je vous remercie de me permettre de le goûter avec vous.
AniSTIOE, moDtrant Olirier.
Et dire que je l avais si mal jugé I
SAIXT-CLAIR.
Quoi, vraiment ?
OLIVIER
Hélas I
ARISTIDE
Avouez aussi, mon cher, que c’est votre faute 1 vous vous présentez un beau jour chez nous en redresseur de torts ; il ' ne vous manquait qu’une lance, un casque et une cuirasse. Ah! vous avez eu une entrée superbe!
OLIVIER
C’est ainsi que je procède! J’essaye toujours de frapper l’imagination de mes hôtes.
ARISTIDE
Et vous y êtes arrivé. Heureusement que depuis vous vous êtes fait connaître sous un nouveau jour ; vous avez entièrement séduit mon père qui, en parlant de vous, ne manqne jamais d’ajouter : c’est un garçon très-fort.
OLIVIER
Ce compliment me ravit
ARISTIDE
Quant à nous, nous sommes devenus les meilleurs amis du monde.
OLIVIER, lui serrant la main arec force.
A la viel à la mort! mais je no vous prêterais pas cent sous.
Je l’espère bien. (Passant près de Saint-Clair.) Vous le voyez, il est à cheval sur le règlement.
SIMOXET, paraissant au fond.
Aristide ! Aristide !
ARISTIDE, se retournant.
Tiens!... papa! entre donc.
SIMONET
Je ne suis pas seul. J’accompagne madame de Neuville, qui n’ose pas pénétrer dans ce sanctuaire.
ARISTIDE
Je vais la décider, (il va an fond et revient en donnant le bras à Lanre.)