‹ Les indifférentsChapitre 57 sur 88 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

toujours seule, lorsqu’on a un Gis et un mari qui devraient vous donner le bras ; je préfère rester chez moi : de cette façon, je ne fais pitié à personne.

OLIVIER

Votre santé peut en souffrir.

MADAME SIMONET

Oh! monsieur... pour ce que je fais sur cette terre...

OLIVIER, montrant Suzanne qui tort à- droite.

Et votre fille, madame?

MADAME SIMONET

On a eu la sagesse delui apprendre à pouvoir se passer de moi.

OLIVIER

Pensez-vous qu’elle ait suivi ces leçons?

MADAME SIMONET

Mais, je l’espère, et, du reste, Dienlôt elle n’aura plus besoin de a;ui ; elle ne lardera pas à se marier, n’a l-elle pas une dot?

OLIVIER

Cela ne suffit pas toujours, madame ; il y a des hommes qui veulent bien que leur femme ail une dot, mais qui désirent aussi qu’elle ail eu une mère.

MADAME SIMONET

D’ordinaire, monsieur, on a toujours eu une mère.

En effet, madame ; mais il exi.ste quelques jeunes filles qui sont privées de celle tendresse malernellesi douce et si bonne lorsqu’on entre dans ta vie, lorsque le cœur s’éveille et qu’il commence à soupirer 'tout bas. Tout, à cet âge charmant, surprend cl fait songer : l’oiseau qui chante, la fleur qui s’ouvre au soleil, le nuage qui court on i.e sait oui C’est alors qu’on cherche à ses côtés quelqu’un d’affectueux et de tendre, une sœur aînée, une mère, pour lui dire fous ses étonnements, pour l’interroger bien bas, pour se jeli r dans ses bras sans motif apparent et pleurer avec elle de joie cl de bonheur.

MAnAMEÎ SIMONET.

Mais pardon, monsieur, si c’est de ma fille que vous voulez parler, qui l’empèche, je vous prie, de se jeter dans mes bras et d’y pleurera son aise, si le cœur lui en dit?

OLIVIER

Il est possible, madame, qu elle ait besoin d’encouragement, et je me demande si la rigidité de votre caractère et votre froideur... apparente ne 1 intimident pas un peu, et nc»sontpas un obstacle à ses clans de Icndrczse.

MADAME SIMONET

Et VOUS blâmez cette froideur?

OUVIEB.

Je ne me le permeUxais pas, mais j'oserais vous plaindre...

ITaDAMB SIMONET.

Mais monsieur...

OLIVIER

Oui, madame, j’oserais vous plaindre, car vous avez dû beaucoup souffrir.

MADAME SIMONET, après nn moment de silence.

Peut-être, monsieur, peut-être moi-même ai-je vainement cherché durant mon enfance et ma jeunesse cette tendresse clairvoyante et persuasive qui, dites-vous, fait défaut à ma fille; peut-êtc9 ai-je été cruellement trompée lorsque, plus tard, j’ai cru trouver, en me mariant, cet autre genre de tendresse à laquelle toute femme, est en droit de prétendre; peut-être en6n mon caractère s’est-il ressenti de la perte de toutes mes illusions. Ce n’est pas moi seule qu’il faut en accuser, mon entourage y est bien pour quelque chose.

OLIVIER

Et M. Simonet pour beaucoup, je le sais, madame.

MADAME SIMONET

Je ne porte de plainte contre personne... directement.

OLIVIER

La même délicatesse ne m’arrêtant pas, je crois pouvoir nommer votre mari, d'autant plus qu’il aépeiid de moi de l'amener à de meilleurs sentiment?. ' '

MADAME SIMONET

Il dépend de vous, avez-vous dit, monsieur?

OLIVIER

Oui, madame ; je crois avoir trouvé le moyen d’adoucir M. Simonet.

Qu’est-ce qui vous donne un si fol espoir?

OLIVIER

Cette conviction que be lucoup de gens sont indifférents au pré.sent et à l’avenir ; mais qu’il s’en rencontre fort peu qui soient indifférents au passé.

MADAME SIMONET

En effet, iponsieur, je êrois qu’il faudrait être bien endurci pour être insensible au souvenir des peines ou des plaisirs

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