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forme ou dans la disposition des couleurs, pendant plusieurs siècles, elles se rapportent toutes à un type primitif : le manteau ou la tunique ; ressouvenir évident de la conquête romaine.
En dépit de la difficulté et de la lenteur des communications, il s’est produit, bien avant notre époque d’échan-
ges rapides, des importations de peuple à peuple. La
mode a toujours trouvé le moyen de passer les détroits, malgré la barrière des édits somptuaires qu'on lui a parfois opposée.
Le costume français du temps des Valois fut adopté par l'Angleterre, où il est resté en vogue depuis l’avènement de Henry VIIT jusque fort avant sous le règne d'Elisabeth.
A la cour efféminée de Henri IIT, on s’engoua pour les modes italiennes dues aux Médicis.
Les efforts de Richelieu faillirent se briser devant ce
flot d'importation étrangère. Le grand cardinal n’eut pas trop de toute son autorité, pour arrêter le débordement d'un luxe qu'il jugeait excessif.
Durant la minorité de Louis XIV, Mazarin, comme son prédécesseur, tenta d’endiguer le courant. Mais devenu
roi, l'élève oublia bien vite les lecons du maître. Le . monarque avait hâte de montrer qu’il tenait en main les
rênes de la mode, comme celles du pouvoir. Il s’ingénia même à donner le dessein d’un costume entièrement inédit dont il accorda le privilège à certains membres de la noblesse, par lettres DATES : ainsi naquit le « justaucorps à brevet, »
Quelles que soient les variations du costume dans la
. Les événemenlts,. politiques ou autres, ont eu leur
répercussion sur | évolution de la mode.
En mémoire du combat naval, soutenu victorieuscment par la frégate française, la Belle-Poule, ‘contre l'Aréthuse, en 1778, on inventa une coiffure de circons-
tance, où les cheveux représentaient les vagues en courroux ; sur le sommet de la tête était perché un navire, toutes voiles déployées, avec son attirail de mâts, de vergues, de canons et jusqu'à l'équipage. Les femmes qui en étaient affublées ne pouvaient circuler que dans des chaises sans plafond. Comme les artistes chargés d'exécuter ces chefs-d'œuvre n'étaient pas toujours dis- : ponibles, la victime était. souvent condamnée À rester plusieurs semaines quelquefois, sans qu "on pût « lui ouvrir la tête » comme on disait alors. à On devine quel était son supplice !.… | En 1789, l'esprit nouveau pénètre partout ; une afection de simplicité g gagne de proche en proche, S ‘élevant du bas peuple jusqu'aux marches du trône.
Marie-Antoinette joue à la bergère, pendant qu éclosent les modes révolutionnaires. | C’est l'époque de la coiffure à da Titus, des boucles d' oreilles au Tiers- État el à la Constitution. des ‘bonnets à la Charlotte Cordary. | à FAST Les Merveilleuses et les Iner Gyables se, , rapprochent
tels Le, dal,
davantage encore de l'état de nature, idéal du‘régime d'égalité et de fraternité, et surtout de grande liberté. : … Les femmes paraissent dans la rue presque dans le costume de leur mère Eve. | | Comme le dit un homme d'esprit, la merveilleuse du Directoire se promène aux Champs-Élysées, vêtue tout au plus d’un chapeau et d’une ceinture.
Une jeune dame habitant la ville écrivait Ina à à une de ses amies de province : « Les robes sont telles, qu'il faut être très à la mode 2 Dos ne pas les trouver indécentes. |
Si les coquettes s'en réjouissaient, les Évelentales pro-
testaient.
L'hygiène et la mode, a-t-on dit, ont été, de tout temps, des sœurs ennemies (1). Il serait peut être excessif de poser cette vérité en axiome.
La mode, certes, a été souvent meurtrière, et les médeeins ont eu quelque raison de s'élever contre ses écarts, quand la santé de ceux dont ils avaient la garde s'en
trouvait compromise.
Il faut bien convenir, d'ailleurs, qu'ils ont lé plus sou-
(1) En attendant que nous traitions le sujet plus complètement, indiquons deux références, que nous utiliserons plus tard: Chronique médicale, 1898, p. 612, et 1902, P. 77:
vent prêché dans le désert et que leurs sages avertisse-
ments n'ont empêché en aucune façon la mode des « nüdités gazées » de continuer à faire des victimes. Ecoutez les paternelles exhortations d’un brave praticien, à qui son âge et sa situation donnait le droit de dicter de pareils avis. Malgré leur naïve emphase, ses objurgations nous touchent par leur accent de sincérité. « Par quel fatal prestige, s’écrie le D’ Desessartz, les femmes, celles surtout qui prétendent à un empire égal sur l'un ou l’autre sexe, ont-elles conspiré, avec l’atmosphère, la ruine de leurs appas et la perte de leur santé, en foulant aux pieds toutes les lois de la prudence, en bravant les impressions du froid, en affectant une force que leur organisation et leur éducation ne comportent pas ; en un mot, en bannissant de leur toilette presque tous les vêtements dont la raison aurait dü les couvrir !.…
« Ainsi, presque nues, exposées au gré des vents, por-
tées sur des chars découverts, elles se rendent dans de vastes jardins où elles restent, jusqu'à ce que les ténèbres les dérobent aux regards, et de là se rassemblent dans des salles de spectacle, dans des appartements où l'air est surchargé d'évaporations, de miasmes, dont le danger n’est plus un problème pour personne, où elles éprouvent une chaleur de plus de vingt degrés au-dessus de celle de l’air qu’elles viennent de quitter ; où les unes se livrent à des danses d'autant plus vives et plus répétées que le froid les saisit dans le repos.
«Au milieu de ces désordres, la nuit s’avance ; il faut regagner sa demeure... le froid plus vif en ce moment crispe la surface du corps dont les pores sont ouverts;
il serre la poitrine et trouble ainsi deux fonctions bien joue la circulation et la respiration.
« Quelles précautions la prudence a-t-elle fait prendre? Un simple voile de mousseline est jeté sur les les el ramené sur la poitrine.
Le D" Desessartz écrivait ces pe en l'an VI; quatre ans plus tard, un autre médecin (1 ) dressait un véritable martyrologe de la coquetterie,
Ici, c'est M”° de Noailles, « morte à dix-neuf ans, en sortant d'un bal, après quinze jours de couches, laissant un jeune époux inconsolable, et une illustre famille sans rejeton; là, c'est une M'° de la Ch..., mourant au moment où un nœud cher et sacré allait l’unir à un amant adoré.
« Dans le même temps, M'° de Juigné, âgée de dixhuit ans, et M‘ Chaptat, âgée de seize, sont enlevées à le tendresse de parents éplorés.
« Plus loin, la princesse russe Tufaikin, âgée de dixsept ans, meurt à Saint-Pétersbourg, de l’épidémie des modes françaises, et pour avoir offert ses jeunes charmes à l inclémence de la saison, sous le costume qui dépeuplera Paris dé jeunes femmes, si la réflexion et l exemple ne les corrigent pas. »
Cette épitaphe, inscrite sur une tombe dans le cimetière des Quatre-Sections. rue de Vaugirard, à la barrière de Sèvres est plus éloquente que tout ce que nous pourrions ajouter :
(1) L’Ami des femmes, par P.-J.-M. DE SainT-URSIN, p. 39 et. suiv.
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366 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE yer nivôse an XI, 6 heures du matin, 21 décembre 1802. Louise LE FEBVRE Agée de 23 ans, | Victime de la mode meurtrière (1).
Avant les médecins, les sermonnaires avaient tonné en vain contre les costumes plus ou moins découverts, source de tant de maladies mortelles. « Si vous allez à la foire de Lyon, clame le prédicateur Menot, vous y trouverez des Flamands, des Lombards, des Allemands, des Anglais, des Vénitiens, des Espagnols, etc., lesquels vous reconnaitrez à l'instant à leurs habits,
« ILn'en sera pas ainsi des Français qui changent toujours leur façon de se vêtir : aujourd'hui ils portent des vêtements longs, demain des courts ; ils étaient amples, les voici étroits : l'habit couvrait le cou, il le découvre à présent. Etonnez-vous si dans cette année on voit courir tant de catarrhes... »
Unautre orateur au verbe véhément, Guillaume Pépin, parlant du costume des femmes, « dont la variété est si grande, dit-il, qu’elles semblent en avoir pour chaque jour de l’année », attribue également les catarrhes au brusque changement des modes, qu'il rend responsables de bien d’autres incommodités. « Voyez ces manches de
{1} Qui ne se souvient des vers du poète :
Elle aimait trop le bal, c’est ce qui l’a tuée!
Elle est morte à quinze ans, belle, heureuse, adorée,
Morte au sortir d’un bal qui nous mit tous en deuil. (Les Orientales.)
femmes qui sont tantôt si pit que les Pr Haven à peine entrer, tantôt si facilement larges, qu'elles pendent ; Jusqu'à terre ; et étonnez- -VOUS Si ces vaines femmelettes sont remplies, en vieillissant, de douleurs de tête, de maux Me dents, de LE et autres misères (1).
. La mode a résisté à bien d'autres assauts et le bon sens n° a pas toujours triomphé des habitudes.
| Philipe de Mézières, jurisconsulte et, philosophe du XVI° siècle, .reproch: it à l'habit court de troubler la digestion, tant il comprimait l'estomac: de ne pas suffisamment préserver du froid et par là d’occasionner des maladips. mortelles ; de n'avoir pas même le mérite de l’économie, ‘air, depuis que les chausses étaient en vue, elles étaient deyenues un objet de luxe aussi coûteux que les lés d’étoffe employés auparavant dans la façon des robes. bn dépit des critiques, la nouvelle mode prit faveur : étant essentiellement propre à l’action, elle convenait parfaitement à une génération à qui les événements ne laissaient pas le loisir de se reposer.
À. une autre époque, ce fut la mode des longues chelures. | Les plus illustres prélats de France et d'Angleterre décrétérent le refus des sacrements à ceux de leurs diocé-
(1) La Vie au temps de Libres Précheurs, par FRS MÉRAY (2° édition), t. If, p. 218-219.
sains qui n'abattraient point leurs cheveux. Le concile de Rouen, en 1096, étendit la même interdiction à toute la province de Normandie.
L'évêque de Noyon, ayant persuadé aux Tournaisiens, dont il était aussi le pasteur, qu'une épidémie alors régnante avait pour cause l'abondance des chevelures masculines, plus de mille jeunes gens vinrent se faire exécuter par lui. L’avisé prélat profita de ce qu'il avait les ciseaux à la main, pour écourter les tuniques de ceux qui les avaient trop longues.
Par contre, en 1461, Philippe le Bon fit une forte maladie, pour laquelle les médecins ordonnèrent qu'on lui rasät le chef.
Revenu en santé, le vieux duc, qui avait jusque-là conservé une très belle chevelure, fut tout honteux de se voir tondu de la sorte, èt, dans la crainte qu'on ne se moquât de lui, il rendit un édit portant que les nobles de ses États eussent à se faire raser à son exemple.
Plus de cinq cents personnes firent, au vu de l'ordonnance, le sacrifice de leurs cheveux; mais c'était peu, en comparaison de ceux qui ne se soumirent pas.
Cette désobéissance affecta d’autant plus le prince qu’elle semblait lui donner à entendre que son règne était fini. JL se fâcha. Des commissaires furent chargés d'appréhender au corps les récalcitrants, partout où ils les rencontreraient, et de leur passer, bon gré, mal gré, les ciseaux sur la têle (1).
(1) Hist. du Costume en France, par QUICHERAT.
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INC E M DA ur Cs ? :
Ce n'est,pas la seule fois où le caprice du monarque, ou de ceux qui l’approchaïient, a eu force de loi.
Les filles de Louis IX avaient des pieds énormes : elles inventèrent les robes à traine.
La femme de Philippe IT était affligée d'un cou démesurément long, «long à humilier une cigogne » : elle imagina le mode des quimpes montantes (x).
Combien d’autres modes qui n’eurent, en naissant, d'autre but que de cacher une difformité physique (2) : tels les souliers à la poulaine, inventés par Henri Plantagenet, pour dissimuler une excroissance du pied; les perruques in-folio, adoptées par Louis XIV, pour y enfouir ses nobles loupes; tandis que nous ne savons
(1) Hist. des Croyances, etc., par F. NicoLay, t. IT. (2) Notre confrère, le Dr Masson (de Lyon) a fait une remarque
dont nous lui laissons la responsabilité :
«.… Notre défaite était à prévoir, écrit-il, dès le jour où, pour dissimuler une infirmité, au lieu d'abdiquer franchement les prérogatives incompatibles avec son état de santé, Napoléon III avait imposé à ses généraux, comme uniforme, la tunique aux longs pans tombant par devant.
« Cette tenue, qui rompait avec la tradition des grenadiers du premier Bonaparte — qui, eux, portaient les pans relevés — n’était pas affaire de mode ou de goût.
« C’était le seul vêtement susceptible de, masquer l’infirmité qui rend certain instrument indispensable aux malades atteints d’inflammation de la vessie, surtout quand ils sont tenus par les exigences de leur situation à dissimuler la fréquence gênante de besoins naturels. » Dr A. Masson, La Sorcellerie et la Science des Poisons au xvirre siècle, édition de 1904, p. 5.
C’est peut-être un tantinet paradoxal, mais le paradoxe n’a-t-il pas toutes les apparences de la vérité, le plus généralement ?
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quelle infante d'Espagne imaginait les paniers, pour rétablir l'équilibre entre ses hanches déjetées.
Vers 1385, quelques hommes de la Cour s'étaient montrés ornés de maheutres où fausses épaules, destinées à dissimuler la difformité de leur buste (x) ; et, pour cacher leurs pieds plats. les mêmes imaginérent de porter des bottes à bouts larges et arrondis.
La belle Féronnière avait une brûlure juste au milieu du front (2); pour la masquer, elle fixa sur la cicatrice un bijou retenu par un fin lacet de soie.
Sous Henri Il, les princesses atteintes de goître (3)
(1) Dans une autre circonstance, les hommes, en voulant sacri fier à la mode, furent victimes de leur coquetterie.
« M. Monto, lisons-nous dans les Anecdotes historiques de la médecine (t. If, p. 183), parle, dans son 7Trailé d’hydropisie, d’un capitaine anglois, qui exigeoit de ses soldats qu’ils serrâssent fort leur jarretières, afin d'offrir aux yeux une jambe mieux faite; mais ce caprice fut funeste au plus grand nombre; car ces ligatures furent cause que plusieurs devinrent hydropiques, et obligés d’aller à Fhôpital pour y être traités; plusieurs même en moururent. J'ai entendu dire à M. de Sénac qu’il avoit vu périr à l'armée une multitude de soldats par la même cause, »
(2) On a donné une autre version pour expliquer cette mode. La bourgeoise que François Ier avait voulu débaucher, en conçut, dit-on, une indignation telle, qu'une mignonne veine bleue qu’elle avait au front se rompit; eruel dommage réparé dès le lendemain, grâce à l'invention du gentil bandeau à « la Ferronnière » (Cf, Revue des Deux-Mondes, 1883, p. 160).
(3) On prétend que si la reine douairière d'Italie, la veuve du roi Humbert, a une prédilection marquée pour les colliers de perles à plusieurs rangées, c'est qu'ils lui servent à cacher un commencement de goître, dont elle serait affectée comme la plupart des princes et princesses de la maison de Savoie.
N'’a-t-on pas dit également que nous devions à la princesse de
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couvrirent de hautes fraises tuyautées leur infirmité repoussante (1).
Galles, la reine d'Angleterre actuelle, la mode de la poignée de mains à la hauteur du nez, comme on la pratique dans le monde? La princesse ayant un furoncle dans l’aisselle, dut élever le bras, ponr donner le shake hand : à son imitation, gentlemen et ladies en firent autant. Cet acte d’adulation doit moins coûter, après tout, à l’amour-propre de ceux qui l’accomplissent, que celui auquel s’abaissèrent les courtisans de Louis XIV. On sait que le roi ayant consenti à la « grande opération », ce fut à qui présenterait son inexpressible à l’opérateur. Jamais les chirurgiens n’eurent tant de besogne (V. dans notre Cabinet secret de l’histoire, le chapitre : La Fistule d'un grand Roi).
(1) On a écrit que Saint-Just n’avait adopté la cravate que pour dissimuler une infirmité dont il était atteint : il souffrait des écrouelles et il n’enlevait sa cravate que lorsqu'il était seul; mais il ne voulait pas être surpris dans ce déshabillé (Cf. Les Curiosités révolutionnaires, par Camille LAURENT).
« Saint-Just habite une cravate », fait dire Victor Hugo à un de ses personnages (Quatre-ving-treise : Le Cabaret de la rue du Paon).
Saint-Just était, du reste, très soigneux de sa personne. Charles Nodier a conté, qu’étant de passage à Strasbourg, il alla rendre visite à Saint-Just, ce terrible Saint-Just dont le nom n'avait jamais frappé son oreille qu’entouré d’épithètes menaçantes. « Mon cœur battait violemment, et je sentais mes jambes défaillir quand j’entrai dans son cabinet. J’essayai alors de maitriser mon émotion. Saint-Just ne prit garde à moi. Il me tournait le dos et se mirait dans la glace de sa cheminée, en ajustant avec un soin préeieux, entre deux girandoles chargées de bougies, les plis de cette haute ét large cravate, dans laquelle sa tête immobile était exhaussée comme un ostensoir, suivant l’expression cynique de Camille Desmoulins, et que l’instinct d'imitation des petits-maîtres du temps commençait à mettre À la mode. » N'oublions pas que Saint-Just avait dit : « L’opulence est une infamie ».
Puisque nous en sommes au chapitre de la cravate, consignons
Sous François Il, les hotimes trouvèrent qu'un gtos ventre donnait un air de majesté et les femmes s'avisérent aussitôt qu’il en était de même d’un gros derrière ; on eut de gros ventres et de gros derrières postiches, et cette ridicule mode dura trois ou quatre ans (1).
Les 7ndñches bouüffantes furent imaginées dé imêrhe
pour atténuer la déviation des épaules; la reine Anne |
d'Autriché en voulut de courtes, pour laisser voir ses bräs, qui étaient d'un modelé remarquable. |
Le R; P. Duguüet disait que « les paniers avaient une origine vicieuse, en ce qu'on lés avait portés pour la première fois afin de déguiser des grossesses criminelles. »
L'ingéniosité des femmes à dissimüler. la grossesse alla plus loin; à certaines époques, elles adoptèrent üñ
ici ün détail igñoré : il se rattache à l'origine des cravates, désormais farnéuses, d'un dés plus NEIHAES sociétaires dé notre prenière scène,
L'acteur én question se rencontrait tous les jours sur la platéformé d’un omnibus, aveé ün dé nos hommes dé lettres dés plus syMpathijués, de qui noüs ténons l’historiètte. Celui-ci était älors atteint de Clous däns lé cou, qu'il dissimulait dé soû mieux avéc Une cravaté plüs où moins coquetternent énroulée ; RE ne fut pas sa surprise quand il revit, quelques jours âprès, M. (j’ällais imprimer soû nom) portant sür la scène une cravate absôluient anälogue à Celle qu’il portait lui-même.
Uné istommodité passagèré avait, uné fois de ets donñé naissance à une mode nouvelle. -
(1) Essais historiques sur Parts par Saint-Foix.
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ajustement qui les faisait paraitre toutes enceintes; de la sorte, celles qui l’étaient réellement avaient un excellent moyen de cacher leur état.
C'est sous Charles le Bel que cette mode apparut pour la première fois ; elle devait durer (x).
Vers l’année 130, les fermes ne portaient de ceintures que comme ornement d'étoffe ou d'orfèvrerie, mais non pas serrées à la taille. Ces ceintures, amples,
lâches, étaient posées à la hauteur des hanches, comme
le serait une écharpe tordue. Il était de mode, alors,
chez les dames qui prétendaient être bien mises, de faire saillir le ventre et la ceinture tombait au-dessous du nombril. | | D'extravagances en extravagances, dit l'auteur des Mémoires du peuple français, sous Charles VE, où la houppelande fut la toilette fondamentale des femmes, celles-ci en arrivèrent au point d'adopter la fantaisie la plus bizarre : elles faisaient valoir leur ventre el semblaient toutes enceintes.
Cette mode eut une durée de quarante ans. Elle reparut avec le surcot, à la fin du xv° siècle.
« Le surcot de Bethsabée, dit Racinet, est la robe sans
ceinture, au corsagé lacé, dont la large et longue ouver-
ture, laissant voir la chemise transparente, se prolongeait jusqu’à la naissance du ventre, auquel il donnait le
volume d’une grossesse de quelques mois, comme un.
(1) Curiosités historiques sur les accoucherents, par de D' Wir: KOWSKI, ,
ET
encouragement à la propagation de l'espèce. » Après la guerre de cent ans, il s'agissait de repeupler la France.
Au xvr siècle, la même mode (1) se retrouve à Bâle, comme en témoignent les dessins de Holbein, conservés au Musée de Bâle et qui représentent la grande dame, la dame de noblesse, la bourgeoise et la cabaretière, dans un costume qui accuse fortement la saillie du ventre.
La Palatine, dans sa Correspondance, parle des robes ballantes, imaginées par M" de Montespan pour dissi-
muler ses grossesses.
(1) Voici une pièce du xvr° siècle, qui atteste que cette mode sévissait aussi en France. Elle est extraite des Variétés historiaues el litléraires, d'Ed. FOURNIER, t. IIL, p. 248-9 ;
Deça des dames plus fines Pour leur grossesse cacher
On la voit la rue empescher Portant de larges vasquines ; Là marchent à graves pas, Renforcées par le bas,
Celles qui deux culs supportent Sous les robes quelles portent, Desquels l’un, de chair, la nuit Leur sert à prendre deduict ; L'autre de crins et de bourre Autour leurs fesses embourre.
(P. Le Loyer, La Néphélococugie, ou L’Année des Cocusy comédie ; Abel Langelier, 1579, in-12).
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LA MODE ET LES INFIRMITÉS REA T dr
C'était aller à l'encontre du but : quand elle les revé-
fait, la maîtresse du roi accusait mieux encore l’état où
elle se trouvait, et les courtisans ne s'y trompaient pas.
L'usage de ces robes, dénuées de ceinture et flottant sur le corps, se conserva à la ville. Boursault, qui les raille agréablement, mit les rieurs de son côté en les baptisant des innocentes (1).
En 1716, peu après la mort de Louis XIV, deux dames, «sous le prétexte qu’elles étoient très grasses, et par conséquent très suantes, risquérent les premières à porter des paniers dans leurs chambres, et comme elles n'osaiens pas s’en servir le jour, elles se résolurent à attendre le soir, pour aller à la promenade des Thuilleries ; et pour éviter l'entrée des portes ordinaires, où il ÿ a toujours beaucoup de livrée, elles entrèrent par l'Orangerie.
« Comme ces deux dames étoient très connues à Paris. on s accoutuma peu à peu a leurs paniers, et lorsqu'on leur en parloit, elles répondoient que rien n’étoit plus commode à des femmes grasses et replettes pour avoir de l'air, surtout en cet été où il faisoit extraordinairement chaud (2). »
l1) Une robe de chambre étalée simplement
Qui n’a point de ceinture et va nonchalamment, Pour certain air d'enfant qu’elle donne au visage, Est nommée innocente, et c’est du bel usage.
(Les mots à la mode).
(2) Recueil des différentes modes du temps. A Paris, chez Hérisset, 1729. Cité par Ab. d’Avrecour, Revue rétrospective, pages 82 et 118.
Les bélles dames croÿaient avoir fait scandale ; loin de là. L'innovation fut trouvée charmante, et bientôt toutes lès femmes, « jusqu'aux femmes de chambre et aux cuisinières », eurent adopté la mode dont nos deux extravagantes s'étaient faites innocemment les marraines. À
Les paniers n'étaient, au reste, qu'une réédition des verlugadins, qni n'avaient jamais complètement disparu des pays voisins du nôtre (x).
À peu près de la même. époque datent les tournures, nomtées des criardes, qu'on mettait sous le manteau pour lé faire bouffer davantage. Comme elles étaient en toile gommiée, elles faisaient du bruit au moindre frôlement : dé là leur nom.
Il ÿ eut un singulier préjugé au sujet de l'amas d’étoffe qui chargeait les hanches. On pensait qu'il produisait un échauffement capable de gâter le teint. C’est pour ce motif que M*° de Soubise, qui eut, jusqu’à la fin de sa vie, un soin eéxtrème de sa beauté, ne fut jAmais troussée coïame les autres femmes, « de peur, dit Saint-Simon, de s'échauffer les reins et de se rougir le nez ».
La première grossesse de Marie-Antoinette (1778) avait opéré üme révolution assez heüreuse dans la mode: la
(1) On lit, en effet, dans le Journal de Verdun, à la date d’octobré 1724: « Présentémènt les vertgadins d'Espagne «et dEtale se sont introduits en France sous le nom de paniers; c’est une mode venue au secours de la fausse pudeur.
HA MODE Sr £28 INFIRMITÉS
reine, devenant mère, avait abandonné la sote et les étoffes brochées, pouf porter de la batiste et des lions: la cout et la ville se modelèrent sur elle.
Plus tard, en 1781, lors d’une nouvelle grossesse de Marie-Antoinette, les sympathies féminines pour la reine se manifestérent par l'adoption d'une robe qui faisait paraître enceinte celle qui la portait: l'ajustement à la . Jeanne d'Arc.
Avec un pareil costumé, on avait les seins à peu près nus et là jambe dégagée.
Le costume s'appela le quart de terme, le demiteme, etc., selon la période de grossesse de Marie- Antoinette (1).
C'est également au cours d’une de ces grossesses, que là reine avait perdu une partie de ses cheveux. Cet accident lui fit adopter une coiffure basse, que nos suivantes baptisèrent du nom de coiffure à l'enfant (2).
Cette coiffure consistait en frisures sur le devant, ac-
compagthéés d'un chignon qui rétombait sur la nuque (3).
(1) Curiosités historiques sur les accouchements, de WiTKOWSKkt, (3) A la naissance du duc de Normandie, autrement dit Louis XVI, on porta les bagues à l’enfäntement, composées de l’enchässement d’une pierre centrale dans d’autres pierres formant
Chaton.
(3) Nous lisons, à ce sujet, dans les Mémoires de Fléury, t: 1:
« la reine était à la première époque de sa grossessé dé madame la Dauphine,et, malgré ce qu'on à dit et écrit, bien loin dé comretire des imprudences, élle poussa l'excès de précautiün si loin, du’elle faillit tomber malade de la péur de nuire à son état. On S’én convâincra par ce trait: la mode était alors de surcharger la
tête des femmes de plumes tellement élevées que, lorsqu'elles
Toutes les têtes s’y accomodèrent à l'envi ; elle devint le type des inventions ultérieures qui se succédèrent, sous divers noms, jusqu’au Directoire.
On sait quelle infiuence exerça Rousseau sur son siècle. La redingote dite anglaise, c’est-à-dire une redingote très ouverte, fut adoptée tout d’abord par les jeunes femmes, pour se conformer aux préceptes de Jean-Jacques, qui recommandait aux mères d’allaiter élles-mêmes leurs enfants.
Plus tard, on s’habilla à l'anglaise, sans être nourrice. C'est la robe qu'on mettait pour « tronchiner », c’est-àdire pour faire les longues promenades à pied, recommandées par le docteur Tronchin, un des premiers, sinon le premier qui fit consister presque tout l’art de guérir en des préceptes d'hygiène.
allaient en carrosse, à peine pouvaient-elles s’asseoir ; il leur fallait se courber beaucoup et même celles qui ne voulaient pas gâter l’édifice de leur coiffeur devaient se tenir à genoux.
: « En adoptant ce panache exubérant, la reine contracta peu à peu l’habitude de porter la main aux plumes dont il était composé, soit pour jouer avec, soit pour le faire jouer ; mais aussitôt qu’elle fut convaincue qu’elle était mère, afin d'éviter ce tic qui lui faisait faire au dessus de sa tête des mouvements qu’elle crut dangereux, elle supprima sans miséricorde une parure qu’elle aimait: cette circonstance connue fit même changer la mode des plumes. »
LA MODE ET LES INFIRMITÉS . SSr-
Le grand air, l'exercice, l'occupation, voilà quelles étaient les trois panacées (1) du médecin genevois, « savant comme Esculape et beau comme Apollon ».
Pendant plusieurs semaines, Tronchin fut l’homme de France le plus couru. C'était de la fureur, du fanatisme. Les carrosses encombraïent à ce point la rue où il demeurait, que la circulation en était interrompue.
Les marchands de modes, inventèrent en son honneur, une coiffure qu'elles appelèrent le bonnet à l’inoculation ; ou voyait, sur les rubans qui l'ornaient, un semis de pois, imitant les boutons de la petite vérole.
Tronchin eut la rare fortune d'arriver à son heure. L'abus des drogues avait multiplié les désordres nerveux ; la femme, au sortir du maillot, avait la poitrine enfermée dans une cuirasse qui lui comprimait les organes: il en résultait des malaises, des souffrances que, dans leur impuissance à en deviner la cause, les médecins du temps qualifiaient d’imaginaires. Le mérite de Tronchin fut de supprimer absolument tout médicament et de substituer à l’arsenal desapothicaires des agents physiques et naturels.
La révolution que la Nouvelle Héloïse fit dans le cœur de la femme, les ordonnances de Tronchin l’accomplirent dans ses habitudes, dans sa vie journalière.
Tronchin, aécrit Goncourt, fait sortir la femme de sa paresse et de ses langueurs, presque de sa constitution. Il la force au mouvement, aux fatigues fortifiantes ; illui
(1) «I n’y a jusqu’à présent, écrivait Diderot, que quelques remèdes généraux auxquels on puisse avoir confiance, comme le régime des exercices, la distraction, le temps et la nature. »
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impose de gros ouvrages: il lui fait frotter ses salons, bêcher au jardin, se promener, ceurir, s'exténuer. rend ses membres à l’exereice, son corps à à la liberté, avec ses robes nouvelles baptisées de son nom, portées bientôt dans tout Paris, par les promeneuses appuyées sur de longues cannes, ( tronchinant », comme dit le temps.
La névrose fut-elle définitivement vaineue par le traitement nouveau ? Les vapeurs disparurent-elles à tout. jamais? Elles changèrent simplement de nôm.
Sous le Directoire et les régimes qui lui shopédorent, il fut de bon ton d’avoir des « langueurs ».
Les mondaines de l'époque eurent même la plaisante idée d'accommoder leur coiffure avec la pâleur ou la rougeur de leur teint. ; |
Elles avaient le chapeau des « jours de langueur » et celui des « jours de santé ». :
— «Je suis bien malade aujourd” hui, disait limpéretrice Joséphine ; donnez-moi un chapeau de petite santé, »
Et comme on lui présentait un chapeau pour une santé tout à fait chancelante :
— € Mais fi donc!s exclamait- elle, CrOYez-VOUS que je
vais mourir ) »
On lui apportait un autre Pure qui annonçait plus de santé.
.— “Allons, soupirait-elle d’un ton languissant: vous me trouvez bien robuste! » |
C’est la même Joséphine qui, pour cacher la laideur et l'irrégularité de ses dents, — peut-être aussi pour corriger une haleine trop... embaumée, fit adopter par les dames
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