II. CIVILISATION DES ARYÀS ET DES SEMITES
rieuse qu'elle est une des premières précautions qui s'imposent à l'homme dans ces régions; même chez des peuples à la phase la plus infime de la civilisation, on trouve un régime des eaux qui peut étonner l'homme du Nord, et laisse bien loin derrière lui toutes leurs autres institutions (177). Il en est encore ainsi quant à la seconde tâche; partout où l'homme est obligé de se défendre contre les ravages des eaux, p. ex. contre les torrents déchaînés dans les montagnes, ou contre la mer et les fleuves momentanément sortis de leur lit, et répandus dans la plaine. Dans cette occurrence, les digues, les barrages, les régularisations de fleuves, les canaux de décharge destinés à maîtriser le flots ont aussi nécessaires que les conduites qui l'amènent.
En Mésopotamie les deux tâches existaient concuremment, toutes deux tellement urgentes et inévitables que la population ne pouvait absolument pas s'y soustraire. Au commencement de l'année et dans la saison des pluies, les fleuves débordaient et inondaient la vaste plaine; pendant tout le reste de l'année, l'eau manquait et la terre se desséchait. Telle était la situation que la nature avait faite à l'homme. Mais ici encore le Babylonien sut tourner en sa faveur sa disgrâce apparente; il assujettit les fleuves en les obligeant à rester dans leur lit et à lui fournir le contingent
(177) Ainsi dans les parties de l'Asie centrale soumises par les Russes, ceux-ci rencontrèrent un régime des eaux existant depuis des milliers d'années, hautement développé et juridiquement réglé jusque dans les plus minces détails. Son importance ne tarda pas à se montrer sous la domination des vainqueurs. L'administration russe qui supplanta l'administration indigène n'avait pas l'intelligence de cette organisation et la suite de la négligence et de l'absence de lois qui en résulta fut que, selon l'attestation du naturaliste voyageur Middkndorf, dans un espace de deux ans, des districts entiers, dont plusieurs de quarante villages, se dépeuplèrent.
exigé par la saison sèche (478). Cela, il l'obtint d'abord par les digues puissantes dont il les borda, ensuite en les régularisant, spécialement par rétablissement d'un lit artificiel sinueux à la place du lit droit; ceci par des dérivations dans de larges canaux, et des lacs artificiellement creusés d'une telle étendue que sur l'un d'eux la flotte d'Alexandre manqua de périr dans une tempête. Partout se trouvaient des écluses pour barrer ou pour laisser écouler les eaux selon les besoins, et de ces canaux des machines les élevaient jusqu'aux terres situées plus haut. Pour les travaux hydrauliques la brique ne pouvait servir; à sa place on employait la pierre naturelle que l'on faisait venir du dehors (§ 29) et qui ne trouvait point d'utilisation dans les travaux des champs. Les quais des fleuves et les piliers des ponts de Babylone étaient entièrement faits en pierres de taille équarries.
La Mésopotamie était ainsi complètement assurée par ses magistrales constructions hydrauliques contre le double danger qui la menaçait : l'inondation par ses deux fleuves en cas de hautes marées, et la disette d'eau dans la saison sèche. Elles excitaient l'admiration même chez les Égyptiens, leurs seuls rivaux sur ce point dans le monde antique(179). Un réseau serré de canaux, les uns larges, immédiatement alimentés par le fleuve, les autres dépendant des premiers, s'étendait sur tout le pays, faisant profiter de leurs bienfaits jusqu'aux terres les plus éloignées.
(<78) Sur toutce qui suit v. Hirt, Geschichte der Baukunst bei den Alten, I, p. 148-155.
(17V) On ignore si dans leur gigantesque lac Moeris, artificiellement creusé d'après Hérodote, les Égyptiens ont suivi l'exemple des Babyloniens, ou si ce sont ceux-ci qui ont imité les Égyptiens ; pour ma part, je n'hésite point en présence de la priorité prouvée en faveur des Babyloniens par rapport à l'agriculture, à me décider pour la première opinion en ce qui concerne les travaux hydrauliques.