‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 109 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

à mon avis volontairement fermer les yeux pour rejeter l'opinion développée ici de l'imitation intentionnelle du poisson. L'homme a infiniment plus appris de l'animal que nous ne le soupçonnons aujourd'hui ; moi-même, outre l'exemple de la colombe que je donnerai plus loin, j'espère pouvoir en citer plusieurs autres dans le cours de cet ouvrage, et je suis convaincu que celui qui voudrait accorder son attention spéciale à ce thème : l'homme à l'école de l'animal, pourrait compter sur un riche butin. Le problème de la navigation aérienne ne sera peut être définitivement résolu que lorsqu'on aura complètement copié l'oiseau dans les airs, comme on a copié le poisson dans l'eau.

Pour le développement de la navigation en Mésopotamie, le voisinage du golfe persique était d'une valeur inappréciable. C'est à lui que la population dut la transition extraordinairement importante de la navigation fluviale à la navigation maritime.

La navigation maritime a commencé partout par le cabotage. Celui-ci partage avec elle l'avantage précieux que le marin y tient toujours en vue la terre où il peut se ravitailler d'eau et de nourriture, se réfugier en cas de nécessité. Elle l'assure en même temps contre le danger de se perdre, toujours à craindre sur la haute mer. Si éloignée qu'elle soit, la côte lui trace sûrement la route, aussi bien que les rives d'un fleuve ; il peut être certain que même de l'endroit le plus éloigné il retrouvera le chemin vers son point de départ. La navigation côtière est presque de la navigation fluviale, mais elle est aussi presque de la navigation maritime. Contre sa volonté, la tempête et les courants peuvent chasser le caboteur dans la haute mer, et même volontairement il se sentira porté à la gagner lorsque la côte lui présente des dangers qu'il n'a pas à y craindre. Placé dans l'alternative de voir son bateau se briser sur des récifs, s'échouer sur des bancs de sable ou de se confier au large,

il préférera ce dernier parti comme le moins dangereux ; une fois qu'il a pris cette résolution, il se convainc bientôt que « la profondeur présente moins de dangers que les hauts fonds(185)». C'est ainsi qu'insensiblement le cabotage conduit à la navigation maritime, et <r du timide caboteur naît un hardi marin (185a) ». C'est ce qui est arrivé au Babylonien.

Les Babyloniens n'auraient pas été le peuple entreprenant qui ne reculait, sur terre, devant aucune difficulté si grande fût-elle, s'ils n'avaient couru le mince risque de passer des bouches de l'Euphrate et du Tigre, dans le golfe persique et de parcourir ses côtes ; pour en douter il faudrait n'avoir aucune notion de ce peuple. Or, une fois embarqués, la connaissance de la haute mer ne pouvait, comme nous l'avons dit, leur rester étrangère. La transition du cabotage à la navigation maritime était inévitable.

Les anciens ne nomment comme navigateurs sur mer que les Phéniciens et non les Babyloniens; c'est grâce à la navigation maritime qu'ils connaissaient les premiers et ce fut de ceux-ci qu'ils l'apprirent eux-mêmes. De leur silence relativement à la navigation maritime des Babyloniens, on a conclu à son inexistence, et c'est à grand tort, comme j'espère le montrer plus loin. A Babylone, bien des choses inconnues ailleurs réclamaient trop l'attention des étrangers, et rien d'étonnant qu'ils aient omis de faire une mention spéciale de cet art dans lequel les Phéniciens tenaient incontestablement le premier rang dans le monde d'alors. Les chroniqueurs étrangers relèvent chez un peuple les traits qui à leurs yeux sont les plus saillants ; un habitant de l'Asie orientale, qui voudrait décrire à ses compatriotes ses impressions de voyage en Europe, ne dirait probablement pas un mot de l'organisation de l'armée en Angleterre, mais

(i85) Breusing, 1. c, p. 1, (185a) Breusing, 1. c.

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