VER SACRUM
premier mars ce qui, à toute autre époque, est interdit de la manière la plus sévère? On n'aperçoit aucune raison de cette pratique ; la flamme ne perd pas sa vertu pour avoir duré pendant une année, et on cherche vainement un motif religieux, car à ce point de vue on devrait plutôt s'attendre au contraire à l'exécution rigoureuse du principe de l'éternité du feu de Vesta. L'histoire seule, le souvenir vivant de l'exode des Aryas, qui avait provoqué l'extinction des foyers, peuvent résoudre le problème, et nous apprendre, non seulement pourquoi le feu doit s'éteindre, et justement à cette date fixe, mais aussi pourquoi il doit être rallumé en plein air, et par des jeunes filles. Nous savons que le départ eut lieu au printemps [ver sacrum) , et même au mois de la guerre (mensis martius); le culte de Vesta détermine exactement le jour de l'abandon du sol natal — en réalité ou suivant la tradition, peu importe — au premier mars. Ce que l'on avait fait alors du feu des foyers se retrouve figuré dans le culte de Vesta; ce point de vue nous explique tout ce que ce culte a de surprenant.
Ici encore l'histoire nous fournit la solution. A la vérité, celui qui ne peut s'affranchir de l'opinion préconçue, mais complètement insoutenable, que la physionomie d'une institution romaine à l'époque historique a été également sa physionomie originaire, rejettera bien loin mon explication. En ce qui .concerne les vierges vestales, comme je le ferai plus tard pour les pontifes et les augures, je commence par faire abstraction complète de leur caractère religieux, et je considère la fonction pratique qui leur incombait au moment de la migration. Elle résulte de tout ce qui précède. A chaque étape, les jeunes filles avaient à soigner pour le feu. Les hommes se reposaient, les femmes soignaient leurs enfants ; il ne restait que les filles du feu, comme je pourrais les appeler, qui par une longue habitude avaient acquis l'adresse de faire rapidement du feu. En général, les filles étaient exclues delà troupe émigrante, caries services qu'elles
pouvaient rendre ne valaient pas leur nourriture, et même sous le rapport moral elles auraient constitué un élément dangereux. On fit une exception pour celles-ci, elles gagnaient leur pain. Mais aussi on devait être sûr d'elles, elles devaient promettre de ne point se marier et pour échapper à la nécessité du mariage, elles étaient obligées de s'abstenir de tout commerce charnel. Sans cette précaution, on eût fini par manquer de filles du feu, ou du moins le nombre exigé pour les diverses divisions de l'armée fût devenu insuffisant. On ne les amenait que sous cette condition, et on tenait sévèrement la main à ce qu'elle fût observée. Une fille du feu ne pouvait prendre un époux, ou plutôt cela ne lui était pas possible. Tout oubli est puni ; la maternité lui est interdite, le service en souffrirait ; elle appartient exclusivement à la tâche à laquelle elle s'est vouée.
Ce sont ces filles du feu de la période de migration qui sont devenues plus tard les vierges vestales. A leur caractère autrefois exclusivement pratique s'est substitué plus tard un caractère exclusivement religieux; mais c'est la seule modification, pour tout le reste ces filles se survivaient dans les vierges vestales. Comme celles-ci, elles doivent engendrer le feu en frottant rapidement le bois, opérant en plein air, obligées de rester vierges ; pour les unes comme pour les autres règne la loi du célibat et de la chasteté; toutes deux sont nourries aux frais de l'Etat. Chacun de ces éléments isolés trouve l'explication la plus simple.
D'abord l'extinction du feu au jour du départ; on ne l'emportait point en voyage, car on pouvait le rallumer à tout instant. On ne se munissait pas davantage du foyer de pierres; c'eût été insensé, puisque partout où l'on voulait le rebâtir, on trouvait des pierres à cet effet.
Ensuite l'allumage du feu en plein air : cela se pratiquait ainsi à la halte du soir dès le premier jour de la migra-