‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 19 sur 235 · II. DEGRÉ DE CIVILISATION · texte numérisé non relu

II. DEGRÉ DE CIVILISATION

rattachent leur connaissance à cet égard au peuple soumis des Açvin, lesquels, d'après le Rigveda, « en semant des grains avec la charrue ont donné beaucoup de bonheur au peuple aryen"5), » et cela est confirmé par la circonstance que l'expression employée dans le Rigveda : vrka (loup c.-à-d. l'animal sauvage, déchirant la terre) ne se retrouve dans aucune des langues filles. Mais la circonstance que l'expression servant à désigner la charrue est commune à toutes les langues filles (,6), montre que les Indo-européens ont appris à connaître la charrue à une époque où ils ne s'étaient pas encore séparés les uns des autres. Ils se servaient pour la désigner de l'expression servant dans la langue mère à désigner la rame; l'idée qui les guidait, c'est que comme la rame divise l'eau, la charrue divise la terre. A côté de cette expression, on rencontre encore chez les Slaves et les Germains plugü, pliuges, pflug, ce qui doit être l'expression au moyen de laquelle le peuple dont ils ont appris l'agriculture désignait lui-même la charrue.

De même que la langue de l'Aryas ne possède point d'expression pour désigner la charrue, de même elle n'en possède aucune pour désigner l'automne; en fait de saisons elle ne distingue que l'été (samâ)(n) et l'hiver (Mma).

(15) Heinrich Zimmer, Altindisches Leben. Berlin, 1879, p. 235.

(16) Grec dpoTpov, lat. aratrum, nord ancien aror, celte (irland.) arathar etplaum orati (pour la charrue à deux roues avec soc en fer qui n'a apparu que plus tard dans les Gaules. Hehn loc. cit., p. 457).

(• 7) Haut allem, anc. sumar, haut allem, moyen sumer, allem, moderne sommer ; de hima: lat. hiems, grec xei^üüv ; pour le printemps et l'automne il n'y a point d'attache dans la langue mère. L'Aryas comptait d'après l'été et l'hiver, ce qui se conserva chez plus d'un des peuples fils. Après l'apparition de l'agriculture seulement s'ajouta l'automne [çarad) et plus tard encore d'autre8 8ai.sons jusqu'au nombre de o et même de6. L'influence des rapports climatériquesdu nouvel habitat du peuple se manifeste ici très clairement. V. sur tout cela Zimmer, loc cit , p. 871, s.

L'automne n'a aucune importance pour les pâtres, rien ne pouvait les porter à distinguer cette saison des autres, puisqu'elle ne leur apporte rien de particulier. Sous les climats chauds, où le bétail hiverne à l'air libre, aucune saison n'a en général, quant à ses occupations, une importance prépondérante; elles sont toutes égales. Mais elles ne le sont point pour le cultivateur; il connaît deux saisons tranquilles, sans occupations : l'été et l'hiver, et deux saisons de travail : le printemps et l'automne, le temps des semailles et celui de la récolte. L'apparition de la désignation linguistique pour l'automne est un signe certain de l'apparition de l'agriculture, son absence chez un peuple à langage perfectionné, comme le peuple aryen, est une attestation certaine de son existence de pâtre. L'automne est le temps de la prospérité, de la joie et des fêtes, un peuple qui le connaît possède aussi pour le dénommer un mot spécial. Les expressions servant à désigner l'automne dans les langues indo-européennes ne datent, leur diversité l'atteste, que du temps qui a suivi la séparation des peuples (*8).

Je rapporterai plus tard (§ 39) à l'occasion du sacrifice votif du ver sacrum, une autre preuve en faveur de l'assertion que les Arjas ne connaissaient point l'agriculture ; l'offrande n'avait pour objet que du bétail. Si l'agriculture avait été connue des Aryas, ces sacrifices auraient dû s'étendre aux fruits des champs qui partout où la terre est cultivée, apparaissent comme objets de sacrifices non sanglants à côté des sacrifices sanglants d'animaux.

(i8) L'Italiote empruntait l'expression pour automne à l'idée de satiété (autumnus de la racine sanscrite av = se rassasier. Vaniczek, Griech. lat. etymolog» Wörterbuch, I, 67, II, 1235), le Germain à celle de récolter, de cueillir [Herbst, d'une racine hard ou carp perdue en germanique, lat. carpere, grec kocottoç fruit). Kluge, Mym. Wörterbuch, p. 133).

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