IV. LES FEMMES
d'admettre qu'il ait pu se trouver alors 170 empoisonneuses voulant tuer leurs maris. Qu'est-ce qui pouvait les engager à échanger leur situation brillante, aux côtés d'un époux considéré, contre le sort misérable d'une veuve? Leur sottise aurait dû égaler leur folie (tout comme chez la mère de l'époque primitive qui empoisonne son enfant au lieu de l'étouffer) si elles avaient voulu former un complot, qui d'avance les exposait au danger d'être découvertes, alors qu'il était si facile de se débarrasser d'un mari dans le plus grand secret.
Ici encore la solution est toute simple : les venena que les matrones préparaient n'étaient pas destinés à faire disparaître les maris, mais à les enchaîner plus fortement : c'étaient des philtres d'amour (vene-num de ven-us, aphrodisiaque); dans leur idée, il ne s'agissait pas de venena mala, mais de venena bona (Tite Live eo loco : ea medicamenta salubria esse) (332), et elles ne refusèrent pas de les expérimenter sur elles-mêmes, ce qui, il est vrai, causa leur mort. Il en est donc du veneficium de ces femmes comme des ^a^axsla de la femme du temps primitif, sauf qu'il est difficile d'admettre qu'il s'agît pour celles-là comme pour celle-ci d'avoir des enfants ; de part et d'autre ce n'était pas la haine, mais l'amour qui guidait leur main.
Les trois motifs de séparation de Plutarque examinés
(35a) Distinction entre venena bona et mala : L. 236 de V. S. (50-16), qui venenum dicit. utrum malum an bonum, nam et medicamenta venena sunt — d'où: lex ita loquitur ; qui venenum malum fecit, Cic. pro Cluent. 54, 148, par analogie avec le dol : qui dolo ma.i.0 etc. L'espèce originaire du venenum est le venenum bonum, et spécialement le philtre ù'&mo\ir{venenum, de Venus); la femme qui les préparait (venefica) pour son mari est devenue plus tard la sorcière et l'empoisonneuse; partout dans la légende, c'est la femme qui a cette spécialité (Midée, Circé), jamais l'homme ; venenum bonum et malum appartiennent, d'après l'histoire, au sexe féminin, et aujourd'hui encore l'empoisonnement est un crime qui lui est propre.
jusqu'ici concernent la fécondité de la femme: les deux premiers trompaient le mari par de fallacieuses apparences (rÉKvujy y xXeiSwv viroßo\yj)9 le troisième (<(>a^axg/a) la provoquait par de coupables moyens. Peut-être est-ce aussi le cas pour le quatrième (/w%£uÔ£7<ray). L'adultère peut être produit par la sensualité, mais ce n'est pas sa seule cause : la femme qui n'a pas d'enfants de son mari, se livre à un autre homme pour atteindre le but dont dépend tout son bonheur et sa position. Il faut se représenter l'opprobre et la misère qui pesaient à l'époque primitive sur la femme sans enfants, pour comprendre qu'on pût se décider à cette extrémité, même en aimant véritablement un époux; ce n'était pas une courtisane qui s'abandonnait, mais un être honnête désirant la maternité pour faire le bonheur de son ménage. Aussi dans ce cas, comme dans les trois autres, le mari doit avoir souvent conservé sa femme, en préférant la grâce au châtiment — ce n'étaient que des égarements de l'amour — tandis qu'il punissait de mort, comme la loi le lui permettait, le dévergondage.
La contrepartie de la stérilité de la femme est le célibat de l'homme. Le bien général réclame que tout citoyen se marie et soigne pour sa descendance ; trouver une compagne, est son affaire ; s'il ne réussit point chez les siens, il peut chercher chez l'ennemi. Le célibataire ne se soustrait pas seulement à ses devoirs envers la communauté, mais il constitue aussi un danger pour l'homme marié; c'est la martre qui se glisse dans le poulailler; telle fut la considération qui porta les Frisons au moyen-âge à ne pas tolérer chez eux le célibat des prêtres. A Rome, le Censeur, au nom de l'État rappelait les célibataires à leurs devoirs (353); un impôt particulier, progressif d'après la fortune (#&? uxorium)
(353) Un censeur alla même jusqu'à les menacer d'amendes jusqu'à ce qu'ils se mariassent. Plut. CamilL 2.