‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 224 sur 235 · V. EXPERTS · texte numérisé non relu

V. EXPERTS

Voyons si nous ne pouvons pas mettre également les autres auspices en relation avec les buts de la migration. A cet effet, je prie le lecteur d'oublier pour un instant leur portée religieuse postérieure. S'il s'est convaincu, comme je l'espère, qu'aux temps anciens, elle n'appartenait nullement aux deux auspices déjà signalés, il m'accordera qu'elle peut également avoir été étrangère aux autres, et je n'en demande pas davantage; je désire seulement le prémunir contre cette conclusion fausse : les auspices romains ayant eu, à l'époque postérieure, une signification rituelle, ont dH l'avoir également à l'époque primitive. De mon côté, j'accorde qu'ils ont 2m l'avoir et que la décision du point de savoir s'ils l'ont eue, doit dépendre du poids des motifs jetés, pour ou contre, dans la balance.

Je me tourne d'abord vers l'inspection des viscères [exta) de la victime du sacrifice. Leur interprétation selon les règles de l'art fut, à l'époque postérieure, la mission des haruspices étrusques, qui possédaient à cet égard une discipline très développée. L'institution même appartenait à l'antiquité romaine(377), mais sa première origine va plus loin que Rome ; elle appartenait aux usages que les Italiotes conservèrent de la migration. A la différence des autres Indoeuropéens, ils la gardèrent après qu'elle eut perdu, avec l'établissement à poste fixe, son but calculé exclusivement pour les circonstances de la vie nomade. En quoi consistait cette pratique?

Le peuple migrateur arrive dans une région qui lui plaît. Kestera-t-on? Cela dépend de la salubrité de la région, non seulement pour l'homme, qui peut s'en assurer par l'état de sa santé, mais aussi pour le bétail; on examine donc si l'eau et la nourriture lui conviennent. Il suffisait d'une seule expérience malheureuse, et à coup sûr elles n'ont

{'•'•'•) EmUbquj kit 1. c.j IV, p. 881 : Examen des exta dans tout sacrifice accompli ritu romano.

pas été épargnées pendant une aussi longue route, pour rendre circonspect et faire recourir au moyen que tout peuple primitif connaît sans l'avoir appris. Le bétail du pays est capturé, on l'abat et Ton recherche si les parties nobles: le cœur, le poumon, le foie, les reins sont dans l'état normal; dans l'affirmative on reste, sinon la route continue. L'inspection des viscères avait donc la même valeur pratique que l'observation du ciel; toutes deux décidaient, soit à rester pour un temps prolongé, soit à partir dès le lendemain.

Que l'état des viscères de l'animal autorise à conclure à la qualité de la nourriture et à la salubrité de la région, c'est ce que, d'après Cicéron(378), Démocrite avait déjà remarqué en parlant du sacrifice. Cicéron rejette cette opinion avec raillerie et dédain, comme une sotte lubie de naturaliste cherchant à expliquer naturellement les choses surnaturelles et perdant de vue ce qui saute aux yeux. Si cela était vrai, le foie devrait, chez tous les animaux de la région, être sain ou malade, or il ne l'est que chez quelques-uns. De là résulte l'inexactitude de la conclusion, et il y a ici quelque chose de tout particulier qui ne peut s'expliquer par les lois naturelles. Au point de vue de son époque, Cicéron avait parfaitement raison; on n'avait plus besoin de s'assurer de la salubrité ou de l'insalubrité d'une région par l'état des viscères de la victime sacrificatoire, on était renseigné depuis longtemps. Mais ce n'était nullement l'état postérieur

(S78) Cic. de div., II, 13, 30 : Habièu exterum et colore decîarari censet.... pabuligenus et earum rerum qaas terra procreet, vel tenuitatem, salubritatem etiam aut pestiîentiam extis significari putat. Sur la position prise en général par les stoïques à l'égard de la théorie de la divination à Rome. V. Cicéron ibid., I, 52, 118; ils n'auraient pu eux-mêmes rendre leur opinion d'une manière plus exacte que Cicéron dans ce passage : non intéressé deum singulis pecorum flssis aut avium cantibus, neque enim décorum est, nec dus dignum.

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