VI PREFACE
avoir réussi à établir le plan d'ensemble et les divisions qu'il comportait, j'avais à revoir la transcription, à vérifier les citations, à combler quelques lacunes, à corriger de légères négligences de rédaction, à couper par ci par là des périodes devenues trop longues. Je me suis néanmoins imposé la plus grande discrétion dans ce travail, bien que Jhering m'ait enjoint, à plusieurs reprises et instamment, d'agir à l'égard de son œuvre posthume comme je le croirais juste, et en particulier d'abréger et de modifier à mon gré. Je crois que le monde a le droit de recevoir la dernière œuvre capitale de Jhering telle qu'il l'a écrite, dût-il subir quelques répétitions et des inégalités de style. J'ai observé une réserve plus grande encore quant au contenu de l'ouvrage, là surtout, naturellement, où je ne pouvais me rallier aux opinions de l'auteur ; il m'aurait paru peu convenable d'exprimer mon dissentiment même sous forme de notes ('). Ceci s'applique aussi aux passages où Jhering se met en contradiction avec des résultats acquis de la science allemande, et à ceux où se fait sentir le défaut de connaissance du droit germanique qu'il regrette lui-même (p. 358). Moins encore pouvait-il m'incomber d'anticiper sur la critique inévitable (à laquelle- Jhering tout le premier fait appel, p. 354); je crois néanmoins pouvoir dès ce moment aller au devant de la contradiction sur un point important.
(*) Toutes les fois que, pour orienter le lecteur, j'ai jugé nécessaire de signaler les lacunes ou la composition successive de l'ouvrage, j'ai placé mes observations entre [ ] .
PREFACE. Vil
Dans son tableau du caractère du peuple fils ary en (Livre I), Jhering admet presque complètement les données de Zimmer Altindisches Leben (1879), et comme celui-ci, il considère la civilisation du Rig-Veda comme l'état aryen primitif. Cette opinion pourra ne pas paraître étonnante aux Romanistes, car la culture des Romains, dès les premiers temps de la royauté, était bien plus avancée que celle des Indiens du Rig-Veda, d'après la conception de Zimmer. Mais il en est autrement des savants qui connaissent le droit allemand. Lorsqu'ils apparurent à la lumière de l'histoire, les peuples germaniques se trouvaient à un degré plus bas pour le développement de l'Etat et du droit que les Indiens du Rig-Veda — même d'après la description de Zimmer — ils devraient donc avoir reculé pendant la migration ce qui, improbable déjà pour les autres rapports (2), est littéralement inadmissible pour les institutions de l'État et du droit et aurait été certainement combattu avec la plus grande vivacité par Jhering lui-même (3). Or, et mon attention a été appelée sur ce point de source très autorisée, les derniers travaux des indianistes considèrent la civilisation du Rig-Veda comme déjà hautement développée, et ne remontant nullement à l'époque aryenne primitive. Que l'on compare notamment ce que disent Pischel et Geldner Vedische Studien, Tome I (1889) p. XXI et XXV, et l'on obtiendra un tout autre tableau que celui tracé par Zimmer,
(J) Comp, à ce sujet Schrader Sprachvergleichung und Urgeschichte, p. 55, 209.
(•) Comp. p. 59, 442, 443 du présent ouvrage.