‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 60 sur 235 · COMPARAISON DE LA CIVILISATION DES ARYAS AVEC CELLE DES SÉMITES · texte numérisé non relu

COMPARAISON DE LA CIVILISATION DES ARYAS AVEC CELLE DES SÉMITES

XVIII. D'après un linguiste dont le jugement fait autorité, le peuple père aryen, à l'époque où le peuple fils se sépara de lui, avait déjà vécu au moins dix mille ans(92). Qu'avait-il produit pendant cette longue période? Abstraction faite de sa langue, produit du premier rang, presque rien. C'était un peuple de pâtres fort arriéré dans les choses de la civilisation extérieure, ainsi que nous l'avons prouvé au livre I. 11 ne connaissait ni l'agriculture, ni le travail des métaux ; il n'avait point d'outils ni d'armes en fer, mais seulement des haches de pierre et des lances de bois; point de monnaie métallique, le bétail la remplaçait. L'emploi de la pierre pour bâtir lui était inconnu, donc pas de maisons de pierre, mais seulement des huttes de bois, de joncs, de paille; pas de villes, mais des villages aux maisons espacées. Il ne pratiquait aucun commerce avec les peuples étrangers qui auraient pu lui apporter leurs produits ; ce qu'il créait lui-même se réduisait à fort peu de chose. Son droit était resté rudimentaire, très imparfait ; même le nom de droit par opposition à usage lui était inconnu. Et pour atteindre cet infime degré de civilisation, il lui avait fallu dix mille ans, tandis que mille auraient parfaitement pu suffire ; — il a vécu neuf mille ans sans sortir de la constante uniformité de sa vie.

A l'époque où, chez les Aryas, elle était encore au berceau, la civilisation parvenait déjà à une brillante floraison dans la plaine qui s'étend entre l'Euphrate et le Tigre. Le mérite de l'avoir implantée dans cette région, d'où elle s'étendit

l") V. ci-dessus p. 23 note 14.

ensuite dansle monde entier, etd'avoir notablement contribué à son avancement, appartient à une race qui plus tard a complètement passé à l'arrière plan dans l'histoire de la civilisation: la race turque, et spécialement à deux peuplades qui avaient échangé leur siège originaire dans les montagnes pour les vallées de la Mésopotamie : les Accadiens au Nord, et les Summériens au Sud(93). Soumis par un peuple d'une autre langue, les Sémites, ils se fondirent en un seul peuple, les Babyloniens. Ceux-ci élevèrent jusqu'au plus haut degré la civilisation sémitique; ce ne fut que plus tard que les Assyriens, les Phéniciens et les Juifs, leurs congénères de race, se séparèrent d'eux. L'histoire primitive des Sémites correspond donc entièrement avec celle des Aryas sous le rapport de la séparation des peuples, et le motif de celle-ci a probablement été le même: le manque de nourriture suffisante pour la population fortement accrue. Nous avons donc à considérer la Mésopotamie comme le sol originaire de la civilisation sémitique, et les Babyloniens comme le prototype de la race sémitique. Nous verrons en son temps ce qu'il peut y avoir de spécial aux Juifs.

Au tableau sommairement esquissé ci-dessus de la civilisation de r Aryas, j'en oppose un autre, tout aussi sobrement tracé, de celle des Babyloniens. Avant même de venir en Mésopotamie, le Summérien avait drainé par des canaux les marécages, autrefois couverts par la mer, s'étendant bien au loin des embouchures de l'Euphrate et du Tigre, et les avait soumis à la charrue, qui fait ici sa première apparition dans l'histoire. Dans les parties hautes du pays compris entre les deux fleuves, jusqu'au Taurus, boisées à

(93) Fritz Hommkl Geschichte Babyloniens und Assyriens. Berlin, 1883, p. 2 s., p. 231 s. Ed. Meyer Geschichte des Alterthums, T. I. Stuttgart, 1884, p. 157. Les preuves linguistiques que Hommel, p. 246, rapporte de l'origine turque des deux peuples me paraissent tout à fait convaincantes.

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