II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
par eux. C'était le bois. Les dissemblances entre les matériaux employés par les Sémites et les Aryas ont eu leur influence sur la tradition historique autant que sur le développement des deux peuples. Les tablettes de bois du Grec et du Romain se sont pourries (456) ou ont été brûlées, la tablette de pierre du Sémite s'est conservée. Le plus ancien matériel sur lequel on ait jamais inscrit des signes a été la peau de bœuf (p. 29) . A Rome, elle se conserva dans une seule application jusqu'à l'époque historique (p. 30); pour le reste, elle fît place à la tablette de bois(157), tant pour les affaires f58) que pour les usages publics. La tablette se maintint pour les édits du préteur jusqu'à l'époque impériale. A l'origine les lois devaient également être gravées sur des tables de bois ; la première dont l'inscription sur airain soit attestée est la loi des XII tables. Depuis cette époque, il a dû en être de même de toutes, en exécution sans doute de l'axiome caractéristique des Romains que ce qui prétend à une existence durable, comme la loi, se confie à une matière durable ; l'airain, et que ce qui n'a qu'une destinée passagère, comme l'édit du Préteur (durée d'un an) se confie à une matière périssable : le bois. La pierre ne saurait lutter avec l'airain pour la durabilité, et cependant les tables romaines qui nous sont parvenues ne peuvent se comparer à celles des Babyloniens et des Assyriens ni quant à l'importance de leur contenu ni quant à leur antiquité. Aucune ne remonte
(,58) Il ne s'en est conservé quelques unes qu'à Pompéi et dans les carrières des sept montagnes, où la pourriture ne pouvait les atteindre.
(' 57) La circonstance que les Germains ont également gravé leurs runes sur des bâtons de bois, autorise à couclure que l'emploi de cette matière pour écrire était déjà commun aux Aryas d'Europe avant leur séparation.
(,58) Un cas d'application connu de tous les juristes osi fourni par le testament avec sa formule connue : in his tabulis cerisque (Gaius, II, 104) et par la bonorum possessio secundum ou contra tabulas.
plus haut que le septième siècle de la ville. Le motif en est qu'à côté de sa permanence le métal a des propriétés devenues vraiment fatales pour la conservation des tables d'airain de l'antiquité romaine : sa fusibilité et son utilité pour d'autres usages. Ces tables ont été fondues; — que d'antiques lois romaines ne sont pas cachées dans les cloches des églises chrétiennes? combien n'ont pas été employées par les Germains lors des prises successives de Rome, pour en faire des ustensiles, des armes, etc. tandis que les hordes sauvages qui ont rasé Babylone et les autres villes du pays, ont abandonné sur le sol l'inutilisable pierre? Sans valeur, la pierre a été sauvée; la valeur du métal a causé sa perte.
A la vie juridique et à l'histoire politique s'ajoute comme troisième objet dont la pierre nous a gardé connaissance : la littérature. Parmi les trouvailles les plus précieuses qui ont été faites récemment et dont le déchiffrement complet est réservé à l'avenir, se trouve celle de la bibliothèque du roi assyrien Asurbanipal (668-626). C'est extérieurement une gigantesque masse de tablettes de pierre en partie brisées, en partie conservées intactes, dont chacune donne le nom de l'écrivain, la désignation de l'ouvrage, et le numéro des pages, mais elle renferme tout ce que la littérature à cette époque avait produit de remarquable en fait de traités scientifiques (même sur la philologie comparée) et poétiques. Parmi ces œuvres se trouve l'épopée nationale des Babyloniens remontant dans le passé le plus lointain et déjà déchiffrée : le poème héroïque d'Izdubar, avec sa relation du déluge dont je montrerai plus tard l'extraordinaire importance historique (§ 27). A coup sûr, l'étude ultérieure de cette bibliothèque nous procurera des renseignements non moins précieux sur l'histoire, la vie, la pensée, la race des Babyloniens; l'historien et le linguiste se trouvent ici devant des trésors encore inexplorés.